Il y a moins d’une vingtaine d’années, le fluazinam obtenait son autorisation de mise sur le marché dans l’Union Européenne. Pourtant, une étude antérieure avait conclu à de possibles effets négatifs sur le développement du cerveau. Il y a peu, de nouveaux travaux ont permis de démontrer que ce produit n’aurait jamais du être autorisé au sein de l’UE. Il s’agit là d’un véritable scandale impliquant les agences d’évaluation européennes et l’un des plus importants laboratoires privés du continent.
Une étude neurotoxique volontairement dissimulée
Rappelons tout d’abord que le fluazinam est un fongicide agricole, que l’on utilise principalement de manière préventive, afin de protéger certaines cultures contre des maladies causées par des champignons microscopiques. On l’applique particulièrement sur les pommes de terre, la vigne, les oignons et les arboricultures fruitières, notamment les pommiers.
En 2008, le fluazinam obtient son autorisation de mise sur le marché dans l’Union Européenne et intègre pleinement le monde de l’agriculture. Cependant, le fabricant japonais ISK Biosciences Europe oublie volontairement de soumettre une étude neurotoxique aux autorités, lors de la validation de l’autorisation et processus de renouvellement en 2009. Durant les années suivantes, l’UE a finalement obtenu l’étude mais a validé les conclusions du fabriquant sans réellement analyser les données en profondeur.
Crédit : Albaugh Crop Protection
Une substance autorisée à tord depuis vingt ans
Menée par le laboratoire européen privé Huntingdon Life Sciences, l’étude en question date de la période 2003-2005. L’objectif était d’évaluer l’impact du fluazinam sur le développement cérébral de fœtus de rats pendant la gestation. Or, les résultats avaient mis en évidence des effets néfastes majeurs sur le développement du cerveau. Pourtant, les conclusions présentées aux régulateurs européens ont laissé entendre qu’aucune différence statistique significative n’avait été observée, ce qui a finalement conduit à l’autorisation du produit.
Sans surprise, il s’agit ici d’un véritable scandale révélé par des scientifiques de l’Université de Stockholm (Suède). Ceux-ci ont publié une contre-expertise sur la plateforme Zenodo et un communiqué de presse le 2 juillet 2026. Les auteurs disent avoir démontré l’existence d’une manipulation frauduleuse des résultats par l’industrie.
Après avoir retravaillé les données brutes de l’étude d’origine, les chercheurs ont découvert une diminution du poids du cerveau et des altérations structurelles chez les jeunes rats. Autrement dit, la contre-expertise a confirmé que le fluazinam provoquait des effets neurotoxiques graves altérant le développement cérébral. En conclusion, l’UE aurait dû analyser correctement les données et refuser d’approuver la substance en 2008 et évidemment, son renouvèlement en 2009.
Vers une interdiction du fluazinam ?
Alors qu’actuellement, le fluazinam fait à nouveau l’objet d’une évaluation pour décider du renouvellement de son utilisation, les chercheurs suédois ont reçu le soutien de plusieurs ONG. C’est notamment le cas de Pesticide Action Network Europe, la responsable scientifique et politique Angeliki Lyssimachou ayant appelé à la suspension de tous les produits contenant du fluazinam avant leur future interdiction, des propos relayés par le quotidien The Guardian.
Enfin, cette affaire relance le débat sur le manque d’indépendance des agences d’évaluation européennes – comme l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) – mais également, à propos de la dépendance systémique vis-à-vis des études que les fabricants eux-mêmes leur fournissent. L’ONG Pesticide Action Network Europe a d’ailleurs réclamé un audit complet de toutes les autres études réglementaires effectuées par le laboratoire Huntingdon Life Sciences, dans le secteur de l’agrochimie en Europe.


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