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Il dort 4 heures par nuit depuis toujours : la science vient de comprendre pourquoi son corps ne réclame jamais le sommeil manquant

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Quatre heures de sommeil chaque nuit, toute sa vie, sans jamais ressentir la moindre fatigue. Ce profil, longtemps considéré comme une anomalie ou un mythe entretenu par des personnalités qui se vantent de « dormir peu », a enfin une explication génétique solide. Une équipe de l’université de Californie à San Francisco (UCSF), dirigée par la chercheuse Ying-Hui Fu, a identifié un variant du gène ADRB1 responsable de ce phénomène chez certaines familles. Publiée dans la revue Neuron, cette découverte explique pourquoi le corps de ces « petits dormeurs naturels » ne réclame jamais la dette de sommeil qu’un dormeur normal accumulerait avec le même rythme de vie.

Le point de départ de l’étude ? Une famille sur trois générations, tous dormant naturellement très peu, sans porter la mutation du premier gène du sommeil court identifié quelques années plus tôt (DEC2). La percée est survenue quand les chercheurs ont identifié une famille comprenant trois générations successives de dormeurs naturellement courts, dont aucun ne portait la mutation DEC2. Les scientifiques ont alors utilisé le séquençage génétique et une technique appelée analyse de liaison pour passer au crible le génome familial. Leurs efforts ont révélé une mutation d’une seule lettre dans un gène appelé ADRB1 qui, comme la mutation de DEC2, était associée au sommeil court naturel.

À retenir

  • Pourquoi certaines personnes défient les lois biologiques du sommeil depuis leur naissance
  • Le secret génétique caché dans 4 lettres d’ADN qui change tout
  • Une mutation si rare qu’elle pourrait transformer la médecine du sommeil

Sommaire

  1. Une mutation qui rend le cerveau plus difficile à endormir
  2. Pas de dette de sommeil, ni de fatigue cachée
  3. Une mutation rare, mais un espoir thérapeutique bien réel

Une mutation qui rend le cerveau plus difficile à endormir

Concrètement, le variant identifié touche le récepteur bêta-1 adrénergique, une protéine impliquée dans de nombreux processus biologiques essentiels. La mutation ADRB1 modifie l’acide aminé 187 du récepteur bêta-1 adrénergique, remplaçant une alanine par une valine. Un détail technique qui change tout : les scientifiques ont comparé la protéine mutée à la protéine normale et ont découvert qu’elle se dégradait plus facilement.

Pour comprendre les conséquences de cette dégradation accélérée, l’équipe a créé des souris porteuses de la même mutation, puis a observé leur cerveau grâce à l’optogénétique, une technique qui permet d’activer des neurones précis à l’aide de la lumière. Les chercheurs ont découvert que le gène ADRB1 était fortement exprimé dans le pont dorsal, une région du tronc cérébral impliquée dans la régulation du sommeil, et ont utilisé l’optogénétique pour stimuler les neurones du pont exprimant ADRB1. Résultat ? Ces neurones favorisant l’éveil, porteurs de la version mutée, étaient plus facilement activés que leurs homologues normaux. Mieux encore, le ratio entre neurones favorisant l’éveil et neurones favorisant le sommeil penchait fortement en faveur des premiers chez les souris porteuses de la mutation ADRB1. le cerveau de ces individus est littéralement câblé pour rester éveillé plus longtemps et se réveiller plus facilement, sans que cela ne coûte quoi que ce soit en qualité de récupération.

Pas de dette de sommeil, ni de fatigue cachée

C’est là que réside la vraie surprise de l’étude. Chez un dormeur classique, réduire son temps de sommeil de deux ou trois heures par nuit finit toujours par se payer : concentration en berne, immunité affaiblie, risques cardiovasculaires accrus. Rien de tout cela chez les porteurs du variant ADRB1. Bien qu’ils dorment moins, les dormeurs naturellement courts ne souffrent d’aucun des effets néfastes associés à la privation de sommeil. Leur corps ne cumule aucune dette à rembourser, contrairement à la grande majorité de la population.

Ying-Hui Fu rappelle d’ailleurs à quel point la privation de sommeil silencieuse touche une majorité de gens sans qu’ils s’en rendent compte. « Aujourd’hui, la plupart des gens sont chroniquement privés de sommeil. Si vous avez besoin de huit à neuf heures mais que vous n’en dormez que sept, vous êtes en privation de sommeil », explique-t-elle. Et les conséquences ne sont pas anodines : cela a des conséquences bien connues sur la santé à long terme, avec un risque accru de maladies cardiovasculaires, de cancer, de démence, de problèmes métaboliques et d’affaiblissement du système immunitaire. Le contraste est saisissant : ce que subit le commun des mortels en dormant « seulement » sept heures au lieu de huit, les porteurs du variant ADRB1 l’ignorent complètement en dormant quatre à six heures toute leur vie.

Autre curiosité relevée par l’équipe de l’UCSF : ces dormeurs courts semblent aussi mieux armés psychologiquement. Les dormeurs courts ont tendance à être exceptionnellement optimistes, plus énergiques, et de meilleurs multitâches. Ils ne souffrent également pas du décalage horaire. Un profil presque enviable, à condition de ne pas y voir un objectif à atteindre à coups de réveils forcés : ce n’est pas une discipline, c’est une loterie génétique.

Une mutation rare, mais un espoir thérapeutique bien réel

Rassurons tout de suite les insomniaques chroniques ou les couche-tard qui rêveraient de « débloquer » ce gène : la mutation reste extrêmement rare. Dans la population humaine, il s’agit d’une mutation rare, avec une incidence de 4,028 pour 100 000 selon la base de données Exome Aggregation Consortium. Elle a toutefois été retrouvée dans un nombre croissant de foyers depuis la publication initiale : ce gène muté a désormais été identifié dans plus de 50 familles.

ADRB1 n’est d’ailleurs pas un cas isolé. C’était le deuxième gène du sommeil court identifié par l’équipe de Ying-Hui Fu, après DEC2 découvert une décennie plus tôt. Le sommeil court naturel familial est un trait mendélien dans lequel les individus n’ont besoin que de 4 à 6 heures de sommeil par nuit pour se sentir bien reposés, et l’équipe a identifié des mutations dans quatre gènes différents chez des humains présentant ce trait. Un catalogue génétique qui s’étoffe et qui pourrait, à terme, déboucher sur des applications bien concrètes. Fu elle-même l’envisage : des recherches supplémentaires sur la régulation du sommeil et de l’éveil pourraient contribuer au développement de nouveaux médicaments bénéfiques pour la santé. Reste à savoir si l’on pourra un jour reproduire artificiellement les effets d’ADRB1 sans en payer le prix ailleurs, car la nature n’offre jamais un tel avantage sans contrepartie cachée, même si celle-ci reste, pour l’instant, introuvable chez ces familles étudiées depuis plus de dix ans.

Sources : ajmc.com | cell.com

L'équipe Sciencepost

Rédigé par L'équipe Sciencepost

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