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Cadmium : l’usage de ce métal qui empoisonne la moitié des Français pourrait être débattu à l’Assemblée

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Un Français sur deux a accumulé trop de cadmium dans son organisme, révèle l’Agence nationale de sécurité sanitaire. Ce mardi, les chefs de groupe de l’Assemblée nationale vont décider si une proposition de loi visant à limiter ce métal cancérogène dans les engrais agricoles sera enfin examinée en juin.

«J’ai perdu ma mère d’un cancer du pancréas à 58 ans, seulement trois mois après le diagnostic.» Il y a six jours, Alexandre, 25 ans, lançait une pétition pour alerter sur un contaminant encore peu connu du grand public : le cadmium, un métal lourd présent dans notre alimentation via les engrais phosphatés utilisés en agriculture. Le texte a déjà recueilli plus de 5000 signatures, d’autres, lancées en parallèle, en cumulent plusieurs dizaines de milliers.

Ce mardi 12 mai, les chefs de groupe de l’Assemblée nationale doivent décider si une proposition de loi visant à réduire la teneur en cadmium des engrais agricoles sera inscrite à l’ordre du jour de la semaine transpartisane du 1er juin. Déposé en décembre 2025 par les députés Benoît Biteau (Les Écologistes) et Clémentine Autain (L’Après), le texte a déjà été adopté à l’unanimité en commission des affaires économiques et rassemble le soutien d’une centaine de parlementaires de tous bords.

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L’enjeu est sanitaire autant que politique. En mars 2026, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a confirmé qu’un Français sur deux présentait une exposition au cadmium supérieure aux seuils toxicologiques de référence. Présent dans les céréales, le pain, les pâtes ou les pommes de terre, ce métal lourd s’accumule progressivement dans l’organisme. Il est classé «cancérogène certain» par le Centre international de recherche sur le cancer depuis 2012. Le Figaro fait le point.

Qu’est-ce que le cadmium ?

Le cadmium est un métal lourd naturellement présent dans les sols, mais dont la concentration a fortement augmenté avec l’usage massif d’engrais phosphatés en agriculture. Absorbé par les plantes au fil de leur croissance, il se retrouve ensuite dans des aliments consommés quotidiennement : pain, pâtes, riz, céréales ou pommes de terre.

Sa particularité est qu’il s’élimine très lentement de l’organisme. Une fois ingéré, il s’accumule progressivement, notamment dans les reins et les os. Classé «cancérogène certain» par le Centre international de recherche sur le cancer depuis 2012, le cadmium est associé à des atteintes rénales, à l’ostéoporose et à une augmentation du risque de plusieurs cancers, notamment du poumon, du rein, du sein, de la prostate et du pancréas.

Pourquoi les Français sont-ils particulièrement exposés ?

Les Français comptent parmi les populations les plus exposées au cadmium en Europe. Selon les données sanitaires disponibles, leurs niveaux d’imprégnation sont trois à quatre fois plus élevés que ceux observés en Belgique, au Royaume-Uni ou en Italie.

Cette situation s’explique notamment par la réglementation française sur les engrais phosphatés, parmi les plus permissives d’Europe. La France autorise jusqu’à 90 mg de cadmium par kilo d’engrais, quand l’Anses recommande depuis 2021 un plafond de 20 mg/kg. Cette différence tient en partie à la dépendance française aux phosphates importés du Maroc, naturellement plus riches en cadmium.

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Quant aux sols déjà contaminés, les chercheurs de l’Inrae estiment que leur dépollution reste, à ce stade, difficilement envisageable à grande échelle. Des techniques existent, mais elles sont peu compatibles avec une exploitation agricole en activité. À court terme, la réduction de la teneur en cadmium des engrais apparaît donc comme le principal levier d’action.

Que dit l’Anses ?

Dans un rapport publié le 25 mars 2026, l’Anses dresse un constat jugé «préoccupant» : près d’un adulte sur deux dépasse les valeurs toxicologiques de référence pour le cadmium. Selon l’agence sanitaire, l’exposition débute dès les premières années de vie, y compris pendant la grossesse, puis augmente progressivement avec l’âge. Chez les enfants de moins de 3 ans, 36 % dépassent déjà ces seuils. Chez les non-fumeurs, l’alimentation représente plus de 80 % de l’exposition au cadmium.

L’Anses estime que, sans évolution des pratiques, «des effets néfastes sont probables pour une part croissante de la population». Elle recommande d’agir «dès que possible» sur la teneur en cadmium des engrais phosphatés. Au-delà des enjeux sanitaires, le coût économique pourrait aussi être important. Une évaluation européenne attribue au cadmium près de 23 % des cas d’ostéoporose chez les femmes de plus de 55 ans, avec un coût lié aux fractures pouvant atteindre 2,6 milliards d’euros en France.

Où en est la proposition de loi ?

Le texte porté par Benoît Biteau et Clémentine Autain prévoit un abaissement progressif de la teneur autorisée en cadmium dans les engrais phosphatés : 40 mg/kg à partir de 2027, puis 20 mg/kg en 2030, conformément aux recommandations de l’Anses.

Adoptée à l’unanimité en commission des affaires économiques en février, la proposition de loi est soutenue, selon Le Monde, par une centaine de parlementaires issus de plusieurs groupes politiques, parmi lesquels l’ancien ministre de la Santé Yannick Neuder (LR), ainsi que par plus de 100.000 signataires de pétitions citoyennes. Malgré cela, elle n’a toujours pas été examinée dans l’hémicycle.

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Toujours selon le journal, lors de la semaine transpartisane du 11 au 13 mai, le texte figurait en septième et dernière position à l’ordre du jour, ce qui réduisait fortement ses chances d’être débattu faute de temps. L’ordre de passage étant fixé par un vote pondéré des présidents de groupe, la proposition a simplement recueilli moins de soutiens que les autres textes en discussion. Ce mardi, la conférence des présidents doit décider si elle sera inscrite à l’ordre du jour de la semaine parlementaire du 1er juin.

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