Vous est-il déjà arrivé de ressentir un malaise profond en observant une vidéo de couloirs interminables, déserts et tapissés d’une moquette jaune délavée ? Bienvenue dans les « Backrooms ». Loin d’être de simples vidéos amateurs, ces espaces numériques génèrent une fascination inédite. Une nouvelle étude de l’Université de Lancaster révèle que nous assistons à la naissance d’un « tourisme noir paraterrestre » : une exploration de mondes virtuels où la peur et la curiosité se mélangent pour créer une expérience de présence bien réelle, sans jamais quitter son écran.
Ce que vous allez apprendre
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Pourquoi nous sommes attirés par des espaces numériques vides et angoissants.
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Le concept de « tourisme noir paraterrestre » : une exploration au-delà de la géographie.
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Comment la culture numérique redéfinit notre sentiment d’appartenance à un lieu.
Le tourisme noir à l’ère numérique
Le tourisme noir traditionnel nous pousse à visiter des sites historiques chargés de tragédies ou de souvenirs macabres. Les « Backrooms », en revanche, ne possèdent aucune trace physique : elles existent uniquement dans les limbes d’Internet. Ce sont des espaces construits collectivement par des communautés engagées qui partagent des récits, des journaux intimes fictifs et des vidéos troublantes. L’étude souligne que ces lieux ne sont pas des simulations de la réalité, mais des destinations à part entière, autonomes et malléables.
Contrairement aux lieux physiques, les Backrooms sont des zones « paraterrestres » — le préfixe « para » désignant ici ce qui se situe en marge, ou au-delà, du familier. Ces environnements numériques parviennent à simuler une ambiance immersive et angoissante, déclenchant des émotions intenses chez des internautes qui n’ont pourtant aucun risque physique. C’est la preuve que notre cerveau peut se sentir « présent » et engagé dans une aventure, même lorsque l’environnement est purement pixélisé.
La puissance de l’exploration collective
Ce qui rend ces espaces si captivants, c’est leur dimension participative. Les « voyageurs aux légendes » ne sont pas de simples spectateurs ; ils sont les architectes de ces mondes. En partageant du contenu créatif, ils alimentent une mythologie commune qui donne du sens à l’absurde et à l’incertitude. Cette dynamique transforme Internet : il n’est plus seulement un outil de communication ou une bibliothèque d’informations, il devient un territoire.
Cette tendance, portée par l’attention grandissante du public — illustrée notamment par le récent film produit par A24 — montre que ces imaginaires autrefois relégués aux recoins obscurs du web entrent désormais dans la culture populaire. L’ambiguïté et l’inconnu, autrefois associés à des lieux lointains ou dangereux, sont devenus une denrée culturelle que l’on explore confortablement depuis son canapé, modifiant radicalement notre perception du risque et de l’aventure.
La fin de la destination géographique fixe
La conclusion de ces travaux, publiés dans les Annals of Tourism Research, est sans appel : la notion de « destination » a changé. Elle ne désigne plus un point fixe sur une carte GPS, mais une expérience numérique malléable. Nous ne voyageons plus vers des lieux ; nous nous connectons à des environnements construits et partagés. Cette mutation soulève des questions fascinantes sur notre besoin d’ambiguïté et sur notre capacité à ressentir de l’appartenance dans des mondes dématérialisés.
En somme, les Backrooms ne sont pas juste une mode internet. Elles représentent une nouvelle forme d’exploration humaine où l’espace ne définit plus la présence. Que ce soit pour confronter ses peurs ou pour participer à la création d’un mythe partagé, l’internaute moderne trouve dans ces vides numériques ce que les anciens cherchaient dans les terres inconnues : le vertige de l’inexploré.


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