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Au Venezuela Sarah Knafo légitime un acte de piraterie : dommage !

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Nous aimons beaucoup Sarah Knafo et lui souhaitons tout le succès possible dans sa conquête de la mairie de Paris, puisqu’elle vient de se déclarer candidate au 20 h ce soir. Elle sera de loin la meilleure sur les rangs pour gérer la capitale et la sauver du naufrage financier. Mais aussi brillante et intelligente soit-elle, elle se trompe sur le Venezuela. Et voici pourquoi, en toute sympathie.

Sarah Knafo n’apprécie guère la contradiction et perd son sourire quand on dénonce le raid des forces spéciales américaines sur Caracas. En fait, elle cautionne un acte de piraterie, qui n’avait nullement pour but de sauver un peuple des griffes de son bourreau comme elle le pense, mais de piller les richesses d’un pays souverain selon le vieux principe de la loi du plus fort.

« Je suis sidérée des réactions politiques à la capture de Maduro. De la droite à l’extrême gauche, j’ai entendu parler de droit international pour un homme qui a fraudé les élections, enfermé ses opposants, affamé son peuple et accueilli le Hezbollah et l’Iran sur son sol » nous dit-elle.

Il ne s’agit pas de défendre un tyran qui a ruiné son pays et qui a les mains rouges du sang de ses victimes. Nul ne conteste que Maduro est un criminel de la pire espèce. Le problème est que si on légitime l’usage de la force comme règle régissant dorénavant les rapports entre nations, c’est non seulement la porte ouverte à tous les actes de piraterie pour agresser et piller les peuples les plus faibles, mais c’est surtout un passeport pour la troisième guerre mondiale. Car ce que vise Trump, c’est la mise à l’écart de la Chine et de la Russie de tout le continent américain, depuis l’Alaska jusqu’à la Terre de feu.

Or, chacun sait que le Venezuela est un allié de Moscou et de Pékin à divers degrés. La Chine y a investi des dizaines de milliards remboursables en pétrole. Est-ce à dire que Xi Jinping peut faire une croix sur son argent ?

Le raid de la Delta force au Venezuela est une agression contre un pays souverain dans le seul but de faire main basse sur ses 300 milliards de barils de pétrole, les premières réserves du monde devant l’Arabie. Narcotrafic et sauvetage de la population ne sont que prétextes au hold-up. Un « détail » que Sarah Knafo n’évoque même pas !

Avec de tels comportements de pirate abusant de sa force, ne nous étonnons pas si la haine des peuples du Sud global ne cesse de monter contre cette arrogante Amérique et cet Occident dominateur qui règnent sans partage.

On aimerait savoir ce que pense Sarah Knafo des intentions de Trump de faire du Canada le 51e membre des États-Unis ou de s’emparer du Groenland contre l’avis de 85 % de ses habitants qui refusent de devenir américains.

« Qu’a fait le droit international pour le peuple vénézuélien depuis 1999 ? 8 millions de Vénézuéliens ont été forcés de fuir leur pays, a rappelé Sarah Knafo. C’est ça, le droit ? Le droit est censé protéger les peuples contre la tyrannie, pas protéger les tyrans contre les peuples. J’ai entendu le mot de « souveraineté », qui a été galvaudé. Ce mot vient du peuple, qui est l’autorité suprême ». Et d’ajouter : « La souveraineté ne signifie pas offrir le droit à un narco-dictateur de nuire au reste du monde, de menacer nos intérêts en transformant son propre pays en exportateur de drogue, en plaque tournante de la cocaïne qui inonde le monde et empoisonne notre jeunesse. »

Rappelons que les élites occidentales sont les premières à réclamer leur dose de cocaïne. Le volet narcotrafic n’est certainement pas ce qui motive Donald Trump. Quant à voler au secours du peuple, chacun sait que la Maison-Blanche n’est pas une entreprise de bienfaisance ni une ONG humanitaire.

Si Trump veut en finir avec le narcotrafic, qu’il commence par régler leur compte à la Colombie puis au Mexique.

Et si le droit international devient synonyme de devoir d’ingérence et implique aux nations qui le respectent d’éliminer tous les despotes de la planète afin de sauver toutes les populations menacées, la liste des interventions musclées va être longue.

Autre point essentiel : si le Venezuela ne possédait pas de pétrole mais détenait l’arme nucléaire, Trump se serait bien gardé de jouer les Rambo.

Qu’il aille donc capturer Xi Jinping pour protéger les Ouïgours ou qu’il lance un raid contre Kim Jong Un pour libérer le peuple nord coréen de la dernière dictature stalinienne. Et pourquoi ne pas rétablir le pouvoir blanc à Pretoria puisque les Blancs d’Afrique du Sud sont devenus indésirables dans leur pays ?

En fait, la géopolitique répond à des règles complexes où chaque cas est un cas particulier.

Sarah Knafo approuve-t-elle l’invasion de l’Irak, lancée par Bush Jr suite à un odieux mensonge d’État, affirmant que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive ?

Sarah Knafo approuve-t-elle le bombardement de la Libye au prétexte que Kadhafi persécutait certaines populations du pays ?

Toutes ces ingérences occidentales contre des pays producteurs de pétrole n’ont fait que semer le chaos au Moyen-Orient en liquidant des dictateurs qui étaient un rempart contre l’islamisme. On en voit le résultat. Une invasion migratoire incontrôlée et un terrorisme décuplé.

Sarah Knafo approuve-t-elle le bombardement de Belgrade en 1999, par une armada de 1000 avions au prétexte (absolument faux) que les Serbes pratiquaient un génocide de la population albanaise du Kosovo ?

En revanche, on est en droit de légitimer l’intervention de Poutine en Ukraine, parce que les populations russes du Donbass sont persécutées par Kiev depuis 2014 et que celles-ci ont appelé Moscou à l’aide. Qu’en pense Sarah Knafo ? Poutine est-il un agresseur en allant sauver les Russes du Donbass ?

De même pour Israël. Ce pays est en guerre depuis 1947 et lutte pour sa survie contre l’Iran, le Hamas, le Hezbollah et les pays arabes qui ne reconnaissent toujours pas son droit à l’existence. Dans ce cas précis, les frappes d’Israël contre ses ennemis sont de la légitime défense, bien réelle.

Car il n’est plus question de se protéger contre les narcotrafiquants mais contre ceux qui veulent rayer Israël de la carte. C’est un combat existentiel que mène Israël.

Ce ne sont là que quelques exemples qui montrent que l’usage de la force est parfois légitime pour des raisons de survie, mais ne doit absolument pas devenir l’arme unique qui régit les rapports entre nations. Ce serait un retour au XIXe siècle et à la diplomatie de la canonnière qui a causé tant de massacres.

Jacques Guillemain

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