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À la Nasa, la “nounou des astronautes” est belge : ”Je suis avec eux au moment où ils sont le plus fragiles”

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Le lieu de travail du Belge Stéphane Ghiste figure sans doute parmi les plus cinématographiques du monde. Il apparaît dans d'innombrables films et fut le cadre de nombreux blockbusters : First man, Apollo 13, Armaggedon, Transformers Dark of the Moon

Notre compatriote dispose en effet de son bureau au Lyndon B. Johnson Space Center de la Nasa à Houston, Texas, États-Unis. Cet endroit même qui abrite l'historique "Mission Control Center", qui géra les missions Apollo vers la Lune et où aboutit le cri d'alarme "Houston, we have a problem" des astronautes d'Apollo 13. Actuellement, c'est depuis son jumeau modernisé qu'est surveillée, par exemple, la station spatiale internationale 24 heures sur 24 ou que sont gérées les nouvelles missions lunaires du programme Artemis.

Un rêve réalisé

Les immenses infrastructures, constituées de 100 bâtiments sur 66O hectares à Clear Lake, accueillent des milliers d'employés. Dont Stéphane Ghiste. "C'était franchement un rêve. On se rend compte en arrivant ici qu'on est au centre du vol spatial habité. Je me réjouis tous les jours. J'adore venir au bureau, je ne blague pas. Je suis là quotidiennement, alors que je pourrais travailler de chez moi !", confie notre compatriote, qui a décoré son office avec un drapeau belge et l'album de Tintin Objectif Lune en anglais, que les employés de la Nasa peuvent donc voir plein cadre lors de ses visioconférences. Je n'en suis pas gêné ! J'ai acheté une collection de Tintin Destination Moon, et je les distribue dès que je peux ! Quand je suis ici, je me dis que sur le site, il y a environ 10 000 personnes, et il y a deux Belges : l'astronaute Raphaël Liégeois et moi !"

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Le futur astronaute belge Raphaël Liégeois et M. De Croo découvrent la NASA à HoustonLe futur astronaute belge Raphaël Liégeois et M. De Croo découvrent la NASA à Houston

En effet, si cet Eupenois de 56 ans a quitté la Belgique il y a quatre ans pour les États-Unis, ce n'est étonnamment pas pour travailler à l'agence spatiale américaine (la Nasa), mais à l'Agence spatiale européenne, l'Esa. À la demande de l'ancien astronaute belge et patron du Centre européen des astronautes Frank De Winne, il est devenu l'agent de liaison de l'Esa… à la Nasa. Concrètement, le Johnson Space Center est le centre responsable des vols habités pour la Nasa. Sur place, Stéphane Ghiste a notamment pour mission de représenter l'Agence spatiale européenne au sein du programme Artemis.

Le départ de Raphaël Liégeois vers l'ISS reporté d'au moins six mois: des "raisons opérationnelles" invoquées

Le physicien de l'UCLouvain, qui a notamment travaillé dans plusieurs entreprises spatiales avant d'arriver à l'Esa, porte donc la "voix de l'Europe" dans les réunions "de haut niveau" qui servent à développer ces missions de retour sur la Lune, dont les Européens sont partenaires. Si la station en orbite lunaire Gateway que l'Europe aidait à construire a été annulée pour viser plus directement l'alunissage, les discussions "stratégiques" portent à présent sur la participation des Européens à une future base à construire sur le sol lunaire. Dans le même temps, un astronaute européen, Luca Parmitano, vient d'être sélectionné pour faire partie du prochain vol du programme Artemis. "C'est super, c'est extraordinaire qu'on ait réussi à mettre Luca sur cette mission. Ce n'était pas gagné d'avance, il a fallu se battre. Mais c'est un signe que la Nasa nous reconnaît, nous Européens, comme partenaire à part entière, pour notre savoir-faire et pour notre professionnalisme. Luca a exactement le profil pour être pilote sur cette mission-là."

Qui est le premier astronaute européen à faire partie du programme lunaire de la Nasa ?

Parmitano, ancien pilote de l'armée italienne, a déjà commencé son entraînement à Houston. Le Johnson Space Center est en effet le camp de base des astronautes et leur "stade d'entraînement", que ce soit les astronautes de la Nasa ou ceux des agences étrangères partenaires comme l'Esa. Dans le cadre de son travail, notre compatriote est aussi en quelque sorte le point de référence pour les astronautes européens en entraînement sur place. Si les astronautes de l'Esa réalisent leur entraînement de base à Cologne, celui destiné à une mission spécifique se fait à Houston. C'est pour cette raison que Raphaël Liégeois, qui doit voler vers la Station spatiale internationale courant 2027, est actuellement au JSC, doublant ainsi le contingent belge sur place…

Logistique bien rodée

Auprès des astronautes européens, Stéphane Ghiste joue un peu la "nounou", ou le "grand frère". Il a tout d'abord pour mission d'assurer la logistique : garantir que les Européens fraîchement débarqués disposent d'un logement et un moyen de déplacement ou encore que l'entraînement soit bien organisé, car les astronautes ne doivent pas perdre de temps avec les petites mésaventures de la vie quotidienne… "Ils restent ici quelques semaines et nous voulons qu'ils se consacrent à 100 % à la préparation de leur mission. Ces astronautes sont habitués à voyager, mais le Texas, c'est très particulier. La difficulté est de s'adapter au plus vite à l'environnement, car au niveau de l'humidité et la chaleur, ici, c'est la folie ! Mais aussi à leur emploi du temps, car l'entraînement, intellectuel et physique, est extrêmement intensif. Il y a des séances où ils sont immergés dans l'eau d'une piscine jusqu'à 7 heures d'affilée, dans un scaphandre inconfortable…"

Qui est Sophie Adenot, qui précédera notre compatriote Raphaël Liégeois dans l'espace?

Dans ce contexte, le job de Stéphane Ghiste demande aussi de la souplesse : "Par exemple, quand Sophie (Adenot, astronaute française, NdlR) était en entraînement, tout d'un coup, l'Élysée a souhaité une communication avec elle juste avant son départ vers la Station spatiale internationale… Mais elle suivait encore son programme d'entraînement ! Et on ne va pas dire non à l'Élysée ! Il a donc fallu gérer cela en pratique."

Oreille attentive et position neutre

Mais de par sa position et son parcours, le Belge peut aussi être la personne de confiance et prêter une oreille attentive aux préoccupations de ses "protégés". Tout d'abord, il occupe un rôle neutre dans un environnement compétitif : il n'est ni un prof, ni un juge qui évalue les capacités des astronautes. "Avec des gens comme moi, ils se sentent à l'aise parce qu'il n'y a pas de compétition, cadre Stéphane Ghiste. J'ai été instructeur durant de longues années, à Cologne, pour les "rendez-vous et docking" et il est vrai qu'après chaque entraînement, nous faisions un débriefing avec l'astronaute et nous en parlions aussi entre nous. Pour l'astronaute, il y a donc ces questions : vont-ils en parler à quelqu'un à l'échelon supérieur ? Cela va-t-il influencer ma sélection ? Il y a certes un peu de cela, mais ce n'est en fait absolument pas systématique. Mais pour l'astronaute, c'est dur. Ici, je n'ai pas ce rôle, mais avec mon passé d'instructeur, je connais leurs difficultés, comme le fait qu'ils sont loin de leur famille. Lorsque celle-ci vient les visiter à Houston, c'est très important. Nous avons même des budgets qui sont consacrés à ces séjours car ils sont vraiment nécessaires. De manière générale, les astronautes peuvent se confier à moi, souffler, ou on peut simplement aller boire un verre à la fin de la journée !"

Ce qui est d'autant plus aisé avec Raphaël Liégeois, vu les points communs dus à l'origine belge. "En général, les gens pour manger le midi restent à la cantine, avec l'air conditionné. Malgré la chaleur, Raphaël et moi, nous sommes les deux seuls qui sortent au soleil !"

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Autre aspect qui peut favoriser de bonnes relations avec les astronautes : Stéphane Ghiste n'éprouve aucun sentiment de jalousie à leur égard. "Je n'ai jamais rêvé ou voulu être astronaute, même si je les admire ! Ils n'ont pas froid aux yeux !" L'agent de liaison les voit néanmoins à leur plus vulnérable : à leur retour de mission spatiale. Il fait en effet partie de l'équipe qui rapatrie les astronautes tout juste atterris pour les emmener au Centre européen des astronautes à Cologne, où ils passeront leurs tests médicaux et suivront leur réadaptation à la pesanteur. "Je les vois quelques minutes après l'atterrissage, dans l'avion vers l'Allemagne. Ils ont passé six mois dans la Station, ils sont assez faibles, ils savent à peine marcher droit ! D'autre part, il y a ce contentement, car la mission est réussie et il y a la perspective de revoir la famille et les amis. Ce sont les meilleurs moments, où ils sont les plus accessibles. Nous vivons ensemble ces moments intenses, où ils sont un peu plus fragiles. On partage quelque chose."

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