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Vénus tourne à l’envers : une catastrophe cosmique pourrait enfin expliquer pourquoi

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Sur Vénus, le Soleil se lève à l'ouest et se couche à l'est. La planète tourne dans le sens opposé à celui de la plupart des autres planètes du Système solaire et si lentement qu'une journée y dure plus longtemps qu'une année, et cette rotation hors norme intrigue les astronomes depuis des décennies. 

Vénus photographiée par la sonde Akatsuki. © Jaxa, DamiaBouic

Vénus aurait été habitable jusqu'à un grand bouleversement il y a 715 millions d'années

Avec ses 450 °C et ses pluies d'acide sulfurique, Vénus paraît être un enfer. Mais des simulations climatiques suggèrent depuis un moment que la planète a pu être un temps habitable, avec un ou des océans importants, jusqu'à il y a 715 millions d'années. Avec des températures clémentes, elle aurait alors pu abriter la vie. Voilà de quoi intéresser les exobiologistes qui cherchent à préciser la notion de zone d'habitabilité. Vénus n'est en effet d'ordinaire pas considérée comme étant dans cette zone.... Lire la suite

Souvent présentée comme la jumelle infernale de la Terre, Vénus possède pourtant de nombreux points communs avec notre Planète. Son diamètre est proche de celui de la Terre, sa masse comparable et sa composition essentiellement rocheuse. Mais là où la Terre est devenue un monde habitable, Vénus a évolué vers un environnement extrême, recouvert d'une atmosphère dense de dioxyde de carbone et soumis à des températures de surface dépassant les 460 °C, où même le plomb pourrait fondre.

La sonde Parker de la Nasa, lancée pour étudier le Soleil, a capturé des images de la surface vénusienne depuis l'espace. © Nasa’s Goddard Space Flight Center, YouTube

Sa rotation constitue l'une de ses caractéristiques les plus mystérieuses : alors que la plupart des planètes tournent dans le même sens que leur révolution autour du Soleil, Vénus effectue une rotation dite rétrograde. Plus étonnant encore, un jour vénusien dure 243 jours terrestres, contre seulement 225 jours pour son année. Autrement dit, la planète met plus de temps à tourner sur elle-même qu'à effectuer une orbite complète autour du Soleil : une journée vénusienne dure plus longtemps qu'une année !

Depuis plusieurs décennies, les chercheurs tentent de comprendre l'origine de cette anomalie. Parmi les explications avancées figurent les effets des marées gravitationnelles exercées par le Soleil, l'influence de son atmosphère exceptionnellement massive ou encore les conséquences d'une ou plusieurs collisions géantes survenues durant la formation de la planète.

Une jeune Vénus percutée par un corps de la taille de la Lune ou de Mars

Pour tester cette dernière hypothèse, une équipe menée par Cédric Gillmann, de l'École polytechnique fédérale de Zurich, a réalisé une vaste série de simulations numériques de collisions entre une proto-Vénus et différents corps célestes. Il a présenté son étude lors de l'Assemblée générale 2026 de l'Union européenne des géosciences (EGU), qui suggère qu'un impact géant survenu pendant les prémices du Système solaire pourrait être à l'origine de cette singularité grâce à des simulations qui ont exploré de nombreuses configurations : masse de l'impacteur, vitesse de collision, angle d'impact ou encore vitesse de rotation initiale de Vénus.

Certains scénarios impliquent des objets représentant jusqu'à 10 % de la masse terrestre, soit des corps comparables à la Lune. Dans plusieurs cas, ces impacteurs frappent la jeune planète à des vitesses supérieures à une vingtaine de kilomètres par seconde, libérant une énergie colossale. Leurs résultats montrent qu'un large éventail de collisions est capable de produire une planète présentant des caractéristiques proches de celles observées aujourd'hui.

Les impacts frontaux sur une Vénus peu ou pas rotative, mais aussi certaines collisions obliques avec des corps plus massifs, conduisent à des états compatibles avec sa rotation actuelle extrêmement lente.

Les simulations révèlent également que ces impacts génèrent relativement peu de débris en orbite : la majeure partie de la matière éjectée resterait à l'intérieur de l'orbite synchrone de la planète avant de retomber à sa surface. Cette caractéristique pourrait expliquer pourquoi Vénus ne possède aujourd'hui aucun satellite naturel, contrairement à la Terre dont la Lune est probablement née d'un impact géant.

Une hypothèse crédible, mais pas encore définitive

Les chercheurs se sont également intéressés aux conséquences internes de ces collisions. Dans les scénarios les plus « forts » ou énergétiques, le choc engendre un immense océan de magma à la surface et fait fondre une large fraction du manteau. Une quantité considérable d'énergie est aussi transférée jusqu'au noyau de la planète, dont la température peut atteindre plusieurs milliers de degrés.

Cette chaleur supplémentaire alimente ensuite de puissants mouvements de convection à l'intérieur de Vénus pendant des dizaines de milliers d'années. Ces effets finissent toutefois par s'estomper : d'après les simulations, après quelques centaines de millions d'années, l'évolution thermique d'une Vénus ayant subi un impact géant devient difficile à distinguer de celle d'une planète n'ayant jamais connu un tel événement.

Cédric Gillmann, planétologue à l'École polytechnique fédérale de Zurich, discute de la possibilité d'un impact passé avec la planète Vénus pour expliquer son étrange rotation. © Bruce Dorminey, Cédric Gillman

L'intérêt principal de l'étude réside en fait surtout dans sa capacité à expliquer certaines propriétés orbitales et rotationnelles de la planète. Les résultats montrent qu'un impact géant pourrait simultanément rendre compte de deux caractéristiques majeures de Vénus : sa rotation extrêmement lente et l'absence de satellite naturel.

Pour autant, l'énigme est loin d'être résolue. Depuis plusieurs années, d'autres travaux suggèrent que la rotation actuelle de Vénus pourrait résulter d'un mécanisme plus progressif. Les marées gravitationnelles exercées par le Soleil et, surtout, les marées atmosphériques générées par son épaisse enveloppe gazeuse pourraient avoir ralenti, puis inversé la rotation de la planète au fil du temps. Dans ce scénario, aucun impact géant n'est nécessaire.

Très tôt dans son histoire, Vénus a-t-elle pu posséder de l'eau liquide ? Rien n'est moins sûr. © Vanit่jan, Adobe Stock

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La nouvelle étude ne réfute pas ces hypothèses concurrentes, mais montre plutôt qu'une collision géante constitue une explication physiquement plausible, capable de reproduire plusieurs caractéristiques observées aujourd'hui. Les futures missions vers Vénus, qui doivent étudier sa structure interne, sa géologie et son histoire thermique avec une précision inédite, pourraient permettre de départager ces différents scénarios.

Si cette hypothèse se confirme, la rotation étrange de Vénus apparaîtra peut-être comme la cicatrice encore visible d'une catastrophe survenue il y a plus de 4 milliards d'années. Un événement qui aurait suffi à séparer durablement le destin de deux planètes pourtant presque jumelles : la Terre et Vénus.

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