Le nouveau maire de Venise, Simone Venturini, a annoncé le 19 juin 2026 vouloir multiplier par dix la taxe d'entrée dans la Cité des Doges certains jours de forte affluence, la faisant passer de 5 à 50 euros. La mesure, encore au stade de la proposition, devra obtenir l'aval du gouvernement italien.
Faudra-t-il bientôt payer 50 euros pour visiter Venise ? C'est ce que propose Simone Venturini, le nouveau maire de la ville. Quelques semaines après son entrée en fonctions, il a annoncé sa volonté de porter la taxe d'entrée pour les touristes à la journée à 30, voire 50 euros lors des pics d'affluence.
La taxe, introduite en 2024 et fixée entre 5 et 10 euros, n'a pas produit les effets escomptés. Le nouveau maire entend changer de braquet.
Jusqu'à 50 euros par personne pour visiter Venise ?
Le dispositif actuel prévoit une contribution de 5 euros pour les visiteurs qui réservent au moins trois jours à l'avance, et de 10 euros pour ceux qui s'acquittent de la taxe dans les jours précédant leur visite. En 2026, cette contribution d'accès s'applique sur 60 jours, du 3 avril à fin juillet.
C'est précisément ce plafond que Simone Venturini souhaite revoir à la hausse. "Si elle se situe aujourd'hui entre 5 et 10 euros, ma proposition est de la porter à 30, voire 50 euros certains jours", a déclaré le maire, cité par le Corriere della Sera. Il s'agit pour l'heure d'une proposition : la contribution d'accès a été instaurée par décret municipal, mais son plafond est fixé par la loi nationale italienne. Une hausse jusqu'à 50 euros devra donc obtenir l'aval du gouvernement de Rome, ce qui rend le calendrier d'application incertain.
Le responsable du budget municipal, Michele Zuin, a appuyé cette proposition en soulignant l'absence d'effet dissuasif de la tarification actuelle : "Il n'y a pas beaucoup de différence entre 5 et 10 euros. Si c'était plus important, l'effet serait différent", a-t-il indiqué à la presse italienne, relayé par Euronews.
Les chiffres donnent raison à ce constat. Sur les 42 premiers jours d'application de la taxe en 2026, 514.710 contributions ont été encaissées. Parmi elles, 268.207 ont été réglées au tarif plein de 10 euros — soit davantage que les 245.503 visiteurs ayant opté pour le tarif préférentiel de 5 euros, selon les données du quotidien Il Gazzettino. La première année d'application avait généré 2,4 millions d'euros de recettes pour la municipalité, sans pour autant faire baisser la fréquentation.
Qui serait concerné par cette hausse ?
La contribution d'accès ne concerne pas tous les visiteurs de la lagune. Elle vise exclusivement les touristes qui ne passent pas au moins une nuit à Venise. Les personnes qui réservent un hébergement sur place en sont exemptées, tout comme les résidents de la région de Vénétie et les enfants de moins de 14 ans.
Le conseil municipal évalue par ailleurs la possibilité d'étendre la taxe à davantage de jours dans l'année, voire à l'ensemble des 365 jours. Pour le maire Venturini, "le droit d'entrée est actuellement le seul outil efficace pour contrôler le nombre quotidien de visiteurs".
Le surtourisme à Venise : une crise structurelle
Venise reçoit entre 25 et 30 millions de visiteurs par an. Son centre historique, lui, ne compte plus que 47.652 habitants permanents — contre plus de 170.000 dans les années 1950. Une population qui fond d'environ 780 personnes par an, selon Le Temps. Les loyers explosent, les commerces de proximité cèdent la place aux boutiques de souvenirs, et les habitants fuient vers la terre ferme.
La taxe d'entrée avait été présentée, en 2024, comme une première mondiale : jamais une ville touristique n'avait osé faire payer l'accès à son centre historique. Instaurée sur 29 jours la première année, elle a été étendue à 54 dates en 2025, puis à 60 jours en 2026. À chaque élargissement, le même constat : les flux ne diminuent pas.
D'autres villes européennes confrontées au même défi
Venise n'est pas seule face à cette pression. Barcelone a annoncé la suppression de ses 10.101 licences d'hébergement touristique d'ici novembre 2028, interdisant à terme les locations de courte durée dans son centre-ville.
Amsterdam, de son côté, a banni les visites guidées dans son célèbre Quartier Rouge dès 2020, avant d'y interdire la consommation de cannabis sur la voie publique en 2023. Dubrovnik, en Croatie, limite depuis plusieurs années le nombre de navires de croisière autorisés à accoster simultanément dans son port.
Face à ces tentatives dispersées, la proposition vénitienne tranche par son ambition. Porter le droit d'accès à 50 euros serait une première mondiale. Si Rome valide la mesure, Venise pourrait devenir le modèle que d'autres capitales touristiques attendent pour franchir le pas à leur tour.


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