A bout de souffle, made in USA. La belle Coupe du monde de l'équipe de Suisse s'est achevée samedi soir à Kansas City (dimanche à l'aube), face à l'Argentine. Les champions du monde en titre se sont imposés 3-1 après prolongations, grâce à deux buts en toute fin de match de Julian Alvarez et Lautaro Martinez. Alexis McAllister avait lui ouvert le score dès la 10e minute sur un corner tiré par Lionel Messi, mais la Suisse avait su égaliser par Dan Ndoye à la 67e minute. Deux minutes plus tard, la Nati perdait Breel Embolo, expulsé pour un second carton jaune pour le moins évitable.
A dix contre onze pendant une heure (temps additionnel compris), la Suisse a fait ce qu'elle a pu, souvent bien d'ailleurs, calmement et intelligemment. Elle est ainsi la première équipe à qui Lionel Messi n'a pas marqué un but (une série de huit matchs consécutifs entamée en 2022). S'il n'y a qu'un Messi, il lui a manqué la profondeur de banc d'une équipe comme l'Argentine. Sans Embolo, sans Johan Manzambi, la révélation de ce tournoi, blessé avant le huitième de finale contre la Colombie, sans Ruben Vargas sur ce match, lui aussi diminué et resté sur le banc, la Nati n'avait pas les armes. Il lui a aussi manqué un peu d'expérience du très haut niveau, la rigueur et la dureté dans certaines situations et duels.
Lire aussi: Cette équipe de Suisse est mûre pour aller encore plus loinLes quarts de finale, qui opposaient quatre nations établies à quatre outsiders (Maroc, Suisse, Belgique et Norvège), auront donc souri aux ténors. Cette Coupe du monde aura droit à deux demi-finales somptueuses: France-Espagne le 14 juillet à Dallas et Argentine-Angleterre le 15 juillet à Atlanta. Le vainqueur, le 19 juillet à New York, sera un habitué.
Perturbée d'emblée
Que se passe-t-il quand son scénario idéal s'évente au bout de dix minutes? La Suisse, qui avait prévu d'avancer dans le match en tenant le ballon, à la fois pour en priver les Argentins et pour fatiguer une défense qui avait démontré certaines lacunes les matchs précédents, se trouva prise à son propre piège à la suite d'un corner, pratiquement la première incursion argentine dans sa surface. En fait, il y eut deux corners, l'un succédant à l'autre, qui avait déjà failli faire mouche. Les deux fois, Lionel Messi tira fort au premier poteau. Les deux fois, Alexis McAllister fut plus prompt pour dévier le ballon. Sur la seconde, il trouva le petit filet opposé, laissant Gregor Kobel sans réaction.
Notre suivi en continu: En direct, Coupe du monde 2026 – Le jour se lève et un rêve s'envole: battue 3-1 par l'Argentine, l'équipe de Suisse est éliminée aux portes des demi-finalesAu ralenti, il y avait beaucoup de naïveté dans la défense en zone de la Nati. Deux Argentins étaient libres de leurs mouvements sur la ligne des cinq mètres, sans aucun joueur suisse à leur contact. La situation inverse aurait été rigoureusement impossible, les Suisses n'allaient pas tarder à s'en apercevoir.
Obligés d'attaquer davantage, ce qu'ils furent prudemment, ils se heurtèrent, c'est le mot, à la science du duel des Argentins, toujours à la limite du carton mais jamais à celle de la faute. Tirage de maillot, clé de bras, coups d'épaule, obstruction pour «gagner» un coup-franc. La seule véritable occasion suisse, à la 32e minute, une percée côté gauche de Dan Ndoye pour servir Breel Embolo, qui butait sur le gardien Dibu Martinez, avait été permise par deux rares ratés argentins, de Rodrigo De Paul dans son interception sur Ndoye puis par Lisandro Martinez sur Embolo.
Lire aussi: Face à l'Argentine de Lionel Messi, la Suisse joue sa place dans l'histoire de la Coupe du MondePour le reste, l'Argentine contrôlait sans trop de problèmes une équipe de Suisse trop timorée et trop imprécise pour venir l'inquiéter. Messi? On ne l'avait plus guère vu depuis la séquence des corners. Il se rappela à notre souvenir juste avant la mi-temps, période marquée par passablement de fautes et de palabres, pour se plaindre auprès de l'arbitre des fautes commises par les Suisses. La minute suivante, Embolo écopait d'un carton rouge pour un contact en retard sur Leandro Paredes.
Les Argentins ne s'exposent pas
Murat Yakin ne changeait rien à la mi-temps, mais c'est la mi-temps qui changeait, peu à peu. Après un contre de Nahuel Molina qui oubliait de servir Julian Alvarez seul devant le but, la Nati se créait enfin de vraies occasions de but. Dan Ndoye était bien servi par Embolo, mais légèrement hors-jeu (50e), Embolo plaçait deux coups de tête sur des centres (63 et 65e) et Granit Xhaka décocha une frappe lointaine mais précise, difficilement stoppée par Martinez (65e). Se relevant, le gardien argentin exhorta le public à donner de la voix. Il avait senti le danger.
La minute suivante, Dan Ndoye sollicitait le une deux avec Ricardo Rodriguez et se présentait côté gauche mais sur son pied droit, face au gardien argentin. Le Vaudois ne ratait pas la cible et offrait une égalisation longtemps inespérée (67e 1-1).
Lire aussi: «La Suisse est une très bonne équipe», prévient Lionel Scaloni, qui lui a Messi, «le meilleur joueur du monde chaque fois qu’il le décide»L'euphorie helvétique ne dura que deux minutes. A la 69e minute, Leandro Paredes était enfin averti pour une faute sur Embolo. Sauf que le Bâlois avait clairement simulé, alerta la VAR. L'arbitre, le Portugais João Pinheiro, alla voir, annula le carton à Paredes et sanctionna Embolo d'un carton jaune. Rouge, puisque c'était le deuxième. Dur, mais logique. Logique, mais bête. La question de la conformité réglementaire d'une intervention de la VAR pour une telle situation promet de faire débat et on pourra dire que ce genre de déconvenue n'arrive jamais à l'équipe d'Argentine, mais sans doute parce que les joueurs argentins savent ne pas s'exposer à ce genre de risque.
La prolongation, un répit
En pleurs, Breel Embolo était raccompagné au vestiaire par Johan Manzambi, et l'on se disait alors que l'équipe de Suisse était sérieusement déplumée offensivement. Il fallait tenir, arriver aux prolongations et aviser ensuite. Par ses changements, Murat Yakin modifiait la structure de son équipe, en 5-3-1 défensivement, avec charge pour les nouveaux latéraux, Miro Muheim et Silvan Widmer, d'essayer d'amener de la vitesse en contre.
L'Argentine, qui n'avait visiblement pas envie de pousser la plaisanterie trop loin, accéléra et l'on revu Messi en fin de match, auteur d'un tir enroulé du pied droit qui ne passa pas loin du poteau de Kobel, qui avait quelques minutes plus tôt gagné un face-à-face avec l'octuple Ballon d'or. La dernière occasion du temps réglementaire, à la... 100e minute, échéait au défenseur Lisandro Martinez, qui manquait le cadre d'une demi-volée.
Attendues comme une délivrance, les prolongations n'étaient qu'un répit. A dix, la Suisse se repliait devant ses buts, avec beaucoup de concentration, et contenait agréablement bien des Argentins qui peinaient à accélérer. Restait le cas Messi. Jashari souvent, Amdouni parfois, le prenaient intelligemment et réduisaient son influence. Mais il suffit toujours d'une fois, d'un coup de génie. Il ne vint pas du pied gauche de Messi, mais du pied droit de Julian Alvarez, qui décocha de l'extérieur de la surface, une merveille de frappe brossée. Inarrêtable pour Gregor Kobel. Ce n'était pas la 117e minute comme à Sao Paulo en 2014, mais la 113e et ça faisait toujours aussi mal. Dans les dernières secondes, Lautaro Martinez scellait le score final sur un contre (3-1).


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