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"Une fenêtre de vulnérabilité" : comment la réduction du stock de munitions américain pourrait arranger la Chine

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Non seulement le shérif ne veut plus être shérif, mais en plus il possède de moins en moins de cartouches dans son pistolet". C'est avec cette métaphore que Joseph Henrotin, directeur de recherche au sein du Centre d'Analyse et de Prévision des Risques Internationaux (CAPRI), résume la perte d'influence géopolitique américaine résultant de l'amenuisement des stocks de munitions.

Plusieurs médias américains ont récemment fait part – témoignage d'officiels et d'experts à l'appui – de la situation préoccupante des stocks d'armement. Certains évoquent une division par deux des munitions, quand d'autres soulignent la réaffectation de matériel militaire depuis l'Europe et l'Asie vers les États-Unis.

Dans une note publiée le 31 juillet dernier, le Centre des études stratégiques et internationales (CSIS) se penche sur les raisons du manque de munitions actuel. "Le problème immédiat n'est pas l'argent, mais bien le temps", pointent les auteurs du texte, rappelant qu'une fois le contrat de livraison signé, il faut entre deux et quatre ans pour recevoir les munitions. Entamé par la guerre en Iran, le stock d'armes des États-Unis mettra donc des années – même en cas de production industrielle accélérée – avant d'être reconstitué. "D'ici là, il y a une fenêtre de vulnérabilité", avertit le CSIS.

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L'état du stock américain

À quel point les armureries du Pentagone sont-elles vides ? "Environ 13 000 cibles ont été frappées" dans le cadre du conflit qui oppose les États-Unis à l'Iran, évalue Joseph Henrotin. Pour attaquer Téhéran, Washington dispose d'un arsenal varié : missiles Tomahawk, bombes à guidage GPS (JDAM), missiles de précision longue portée (PrSM)… Pour se défendre face aux nombreux drones Shahed iraniens, l'armée américaine dispose d'une série de munitions : systèmes antimissiles (Patriots et THAAD) et missiles portatifs (Stinger) notamment.

D'après le CSIS, les États-Unis ont consommé la moitié de leur stock de trois munitions (Patriots, THAAD et PrSM), depuis le début du conflit avec l'Iran en février dernier. Pour les autres munitions, environ un tiers des inventaires est parti en fumée. La situation la plus préoccupante concernerait les missiles Patriots, dont 600 unités ont déjà été livrées à l'Ukraine pour se défendre face à l'envahisseur russe. Également utilisés par les États-Unis pour neutraliser les tirs iraniens, leur stock est passé de 3 100 avant le conflit avec l'Iran à 800 actuellement. Cependant, note le CSIS dans son analyse, cette baisse importante n'est pas due aux livraisons à l'Ukraine, qui ont été compensées.

Joseph Henrotin juge préoccupant l'état des stocks américains d'armes défensives : "Si leur gamme de munitions est large, ils ont négligé historiquement la défense anti aérienne". En conséquence, l'armée se retrouve obligée de lancer des missiles Patriots, coûteux, pour neutraliser les hordes de drones kamikazes envoyés par l'Iran, plus accessibles financièrement.

"Le risque vient de potentielles futures guerres, particulièrement avec la Chine, mais potentiellement aussi avec la Russie ou la Corée du Nord", avance le CSIS.

Une force de dissuasion diminuée

Les États-Unis, jusqu'ici première puissance militaire mondiale, bénéficient d'une force de dissuasion par rapport à leurs adversaires. Pour autant, lit-on encore dans la note du CSIS, leurs stocks de munitions ont été réduits au début du 21e siècle, alors qu'ils étaient surtout utilisés dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, et non pour des conflits majeurs, comme c'était le cas durant la Guerre froide.

Le rapport de domination américain s'affaiblit aussi parce que l'administration Trump n'a toujours pas réussi à prendre le dessus sur le régime iranien. Les pays alliés des États-Unis s'inquiètent de la réduction du stock de munitions et "pourraient trouver, à travers la Chine, un autre protecteur, réellement capable de les protéger", estime Joseph Henrotin.

La Chine renforcée, la Russie mitigée

Deux nations en particulier observent le conflit entre l'Iran et les États-Unis d'un œil attentif : la Chine et la Russie. Selon celui qui est aussi chargé de recherche au sein de l'Institut de Stratégie Comparée (ISC), c'est bien la Chine qui sortirait "vainqueur" de l'amenuisement des armureries de l'US Army. En cas d'attaque de Pékin sur Taïwan, la capacité de réponse américaine serait affectée. Moscou, qui achète des armes à Téhéran, voit ses livraisons réduites, même si les stocks iraniens se portent mieux que les stocks états-uniens, selon le directeur de recherche du CAPRI.

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L'impact de la culture de la technologie

Un autre facteur explique les problèmes de production qu'affronte pour le moment la Défense américaine : la culture de la technologie. Sujet qui, à l'époque, était l'objet de la thèse de Joseph Henrotin. "La techno-progression compétitive suppose de vouloir toujours la meilleure technologie, ce qui frappera plus vite, plus loin et plus précisément". Une vision largement partagée au sein du Pentagone, qui demande beaucoup de temps et d'argent. "La techno-régression compétitive, à l'inverse, repose sur un modèle de fabrication de masse plus traditionnel, moins coûteux". Cette doctrine semble avoir été embrassée par l'Iran, qui "avec sa capacité de génération de masse arrive à saturer les missiles intercepteurs Patriots et THAAD".

Cette voie d'un armement guidé par la technologie, empruntée par Washington, est, selon Joseph Henrotin, à l'origine de l'opération Epic Fury lancée avec Israël pour rapidement mettre le régime des mollahs à genoux. "Côté américain, la qualité de l'armement crée des représentations d'efficacité, qui ont une incidence sur les décisions politiques. Comme on estime disposer des meilleurs avions, pilotes et armes, on a l'impression que la guerre sera une promenade de santé."

Une doctrine qui ne s'est pas vérifiée dans le cas de la guerre en Iran, et qui fait fi selon lui des paramètres structurants de la stratégie militaire : objectif, timing, capacité de production industrielle, planification… Cinq mois après l'entrée en guerre des États-Unis face à l'Iran, le flou subsiste encore autour de ces différents facteurs.

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