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L’Université de Moncton a annoncé que ses drapeaux ont été en berne du 3 au 5 mars afin d'honorer la mémoire de Hanane Bouchemal, une étudiante qui a perdu la vie lors d'un accouchement par césarienne au Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont.
Originaire d'Algérie, Hanane Bouchemal était étudiante en sociolinguistique au campus de Moncton et laisse dans le deuil son époux Hamaoui Goudi et leurs deux enfants.
Hamaoui Goudi partage que leur famille avait pris la décision de quitter l’Algérie et venir s’installer au Nouveau-Brunswick parce que le rêve d’Hanane Bouchemal, qui étaient enseignante de français au primaire, était d’obtenir un diplôme universitaire canadien.
C’était son rêve absolu d’avoir son diplôme et, en même temps d’agrandir la famille. On a décidé d'avoir un deuxième bébé, malgré ses études à côté, chose qui s’était très très bien passée, commente son époux.
Il raconte que tout se passait bien quand sa femme a été prise en charge par l’hôpital pour accoucher, le 27 février.
On a passé toute la nuit à l’hôpital, son processus d’accouchement était normal , dit-il. Il n’y a pas eu de complication ni de rien du tout jusque vers 3 heures du matin. Il y a eu un contrôle du gynécologue. Ils ont remarqué que son col se fermait au lieu de continuer à s’ouvrir.

Le Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont à Moncton. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Guy LeBlanc
Peu de temps après, la décision est prise avec le consentement de la famille de procéder à une césarienne.
On a parlé, moi et ma femme, on s’est dit : "si c’est la meilleure décision à prendre, si c’est la manière la plus sécurisante et plus safe pour le bébé et pour elle, faut le faire, raconte-t-il.
L’intervention a commencé vers 6 h. Hanane Bouchemal a été admis dans le bloc opératoire pendant la césarienne.
Je la rassurais. Je lui parlais, poursuit M. Hamoui Gouidi. Et d’un coup, elle a perdu connaissance.
Alerté, le personnel dans le bloc opératoire a demandé à Hamaoui Goudi de quitter la salle. Il dit avoir ressenti à ce moment que quelque chose n’allait pas.
Il y avait le code bleu qui avait été déclenché et les médecins commençaient à courir, relate-t-il. Ce que je craignais est arrivé.
Le bébé a survécu, mais pas elle.
Avant la tragédie, Hamaoui Goudi raconte que lui et sa femme s'étaient rendus à l'hôpital à trois reprises en raison de fausses contractions qui venaient et partaient. Il témoigne que le personnel du CHU Dumont a fait un excellent travail.
Ils étaient trop bien avec elle, ils nous ont vraiment pris en charge, assure-t-il. Tout s’est bien passé pendant neuf mois, jusqu’au dernier jour. Ce qui est arrivé est arrivé.
Ma femme c’est une femme très très très courageuse. C’était le pilier de notre famille. C’était elle, notre maison.
Hamaoui Goudi assure être bien entouré. Ses proches sont venus le rejoindre des États-Unis et de Montréal.
C’est grâce à eux que je tiens le coup, dit-il.
La communauté universitaire en deuil
Les étudiants et le corps professoral du Département d’études françaises de l’Université de Moncton sont en deuil.
C’est un choc pour tous. Je pense beaucoup aux étudiants, parce que Hanane avait vraiment tissé des liens avec tout le monde. Tout le monde l’appréciait beaucoup, témoigne la professeur de sociolinguistique au Département d’études françaises de l’Université de Moncton, Isabelle LeBlanc.
Elle décrit Hanane Bouchemal comme une femme intelligente, courageuse, profondément humaine, douce et généreuse.

Le pavillon des arts de l'Université de Moncton où Hanane Bouchemal poursuivait ses études de maîtrise. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
La dernière communication qu’Isabelle LeBlanc a eue avec son étudiante, c’était par courriel, la semaine dernière. Hanane lui demandait un court délai pour remettre des corrections sur son ébauche de projet de thèse, puisque ses contractions venaient de débuter.
Elle avait produit un excellent travail. Elle avait juste quelques corrections à faire. Juste avant son accouchement, elle avait travaillé super fort.
Pour moi, ça a été vraiment un choc d’apprendre qu’une jeune femme était décédée de complications d’un accouchement dans un hôpital au Canada, a expliqué Mme LeBlanc lors d'une interview mardi. Je n’étais pas consciente que ça pouvait encore arriver. C’est une tragédie.
C’était quelqu’un de vraiment doux et de dédié à sa famille et à ses études, dit pour sa part Dominique Boucher, étudiante à la maîtrise en sociolinguistique et collègue de classe d’Hanane. Je vais vraiment ressentir qu’elle n’est plus là.
La mortalité maternelle au Canada
Conformément à la Loi sur l’accès et la protection en matière de renseignements personnels sur la santé, le Réseau de santé Vitalité n’a pas fourni de précisions sur les circonstances entourant le décès de Hanane Bouchemal lors de l’intervention chirurgicale.
Le nombre de décès annuel à l’accouchement répertorié au réseau n’a pas non plus été divulgué.
Le Réseau de santé Vitalité offre ses sincères condoléances à la famille et aux proches. Nos pensées accompagnent toutes les personnes touchées par ce deuil, a indiqué Vitalité dans une déclaration envoyée par courriel.
Selon les données les plus récentes de Statistique Canada, le taux de mortalité maternelle au Canada survenant pendant la grossesse ou dans les 42 jours suivant l’accouchement en 2024 était de 9,30 décès par 100 000 naissances vivantes.
La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC) note pour sa part que le taux de mortalité maternelle a augmenté depuis les années 1990, qui était alors de 5,1 décès par 100 000 naissances.
Au cours des dernières années, des médecins ont aussi dit s'inquiéter que le Canada sous-estime les décès maternels dans ses données.

La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada milite pour un système canadien d’enquête confidentielle sur la mortalité maternelle, afin d'améliorer les statistiques sur les décès maternels au pays. (Photo d'archives)
Photo : Associated Press
La SOGC travaille afin de mettre en place une stratégie systématique pour prévenir la mortalité maternelle au Canada, puisque qu'une partie de ces décès pourrait être évitée, selon elle.
L’organisme estime qu'il est important d’instaurer un système d’enquête confidentielle sur la mortalité maternelle au Canada et une stratégie systématique afin de permettre une meilleure collecte des données.
Chaque décès de maman est un de trop si on pouvait l’éviter. Les rapports d’autopsie doivent être partagés avec les sociétés savantes qui feront des outils de travail pour éviter ces décès, a indiqué la directrice générale de la SOGC, la Dre Diane Francoeur, dans un courriel envoyé à Radio-Canada.
Six provinces canadiennes participent aujourd'hui à la mise en œuvre de ce processus de revue des décès maternels, soit la Colombie-Britannique, l'Alberta, le Manitoba, l'Ontario, Terre-Neuve-et-Labrador et la Nouvelle-Écosse.


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