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La grande majorité des étudiants juifs ayant répondu à une enquête commandée par le gouvernement canadien à la fin de l’année dernière ont déclaré avoir été victimes d’antisémitisme ou en avoir été témoins sur leur campus.
Avant que le gouvernement Carney ne supprime le poste d’envoyé spécial chargé de la lutte contre l’antisémitisme, la dernière personne à avoir occupé cette fonction avait commandé une enquête auprès de 900 étudiants juifs afin de recueillir leurs témoignages sur leurs expériences sur le campus.
Cette enquête, publiée mercredi par le ministère du Patrimoine, a révélé que plus des deux tiers des personnes interrogées estimaient que leur université ne prenait pas l’antisémitisme au sérieux et n’offrait pas un environnement sûr aux étudiants juifs.
Un cinquième des personnes interrogées a signalé des actes de violence physique à l’encontre de Juifs sur le campus.
« Tout groupe qui signale que 95 % des personnes interrogées ont soit subi, soit été témoins d’incidents de ce type est confronté à un phénomène systémique », a souligné Jack Jedwab, président de l’Association d’études canadiennes, lors d’une conférence de presse mercredi sur la colline du Parlement.
L’association a mené cette enquête en novembre et décembre derniers auprès de participants recrutés par l’intermédiaire de groupes universitaires juifs.
Les personnes interrogées ont indiqué que les propos antisémites provenaient non seulement d’autres étudiants, mais aussi du corps enseignant. Certaines ont rapporté qu’un enseignant leur avait demandé de justifier les actions militaires israéliennes à Gaza ou leur avait dit que la place des Juifs était en Pologne.
Près de la moitié des personnes interrogées ont dit se sentir poussées à partager leurs opinions sur Israël avec d’autres étudiants, tandis qu’un tiers a indiqué ressentir une pression pour se conformer aux opinions d’un professeur sur le Moyen-Orient. Tout autant ont rapporté qu’un professeur « abordait les Juifs, le judaïsme, Israël ou le sionisme d’une manière sans rapport avec le cours », précise l’enquête.
L’enquête n’a pas porté sur les expériences liées aux campements de protestation en soutien aux Palestiniens qui ont vu le jour en réaction aux images effroyables des bombardements israéliens sur la bande de Gaza.
Les Nations unies et Ottawa affirment qu’Israël a tué des civils et restreint l’acheminement de l’aide humanitaire essentielle au cours de cette guerre, qui a débuté par l’attaque brutale du Hamas contre Israël en octobre 2023.
Critique de l’enquête
Un groupe d’universitaires, majoritairement juifs, appelle Ottawa à inciter les universités à mieux faire respecter les codes de conduite existants et à recenser les incidents de discrimination.
« Les professeurs enseignent essentiellement aux gens ce qu’ils doivent penser et non comment penser, ce qui sape le projet universitaire et le monde académique. C’est pourquoi, en réalité, ce que nous réclamons, c’est un renforcement de la liberté académique », a expliqué Cary Kogan, professeur à l’Université d’Ottawa et cofondateur du Réseau des universitaires canadiens engagés.
Le groupe Independent Jewish Voices a critiqué cette enquête, affirmant avoir « de sérieuses réserves quant à la méthodologie, au cadrage et au processus consultatif ». Il estime que les recherches visant à orienter les politiques des universités et du gouvernement doivent être capables de distinguer l’antisémitisme avéré des divergences politiques.
« Le rapport formule des affirmations générales à l’échelle nationale à partir d’un échantillon autosélectionné et non pondéré », a observé Nir Hagigi, membre du groupe, dans un communiqué de presse. Les expériences décrites par les personnes interrogées méritent d’être entendues, mais elles ne peuvent pas être automatiquement généralisées à tous les étudiants juifs ou à tous les campus canadiens. »
Martha Piper, ancienne présidente de l’Université de Colombie-Britannique, a énoncé que les universités pouvaient s’inspirer des travaux menés par le passé pour éradiquer la discrimination à l’encontre des personnes homosexuelles ou noires, en veillant à ce que les politiques existantes soient appliquées afin de protéger les étudiants juifs.
Ottawa pourrait superviser ce travail, a-t-elle ajouté, et publier une déclaration publique avertissant les universités et le corps enseignant que le gouvernement ne tolérera aucune forme de haine sur les campus.
Cette enquête a été commanditée par Deborah Lyons, l’ancienne envoyée spéciale chargée de la lutte contre l’antisémitisme. Le gouvernement a supprimé son poste et l’a intégré à un conseil consultatif général sur l’inclusion, qui a été largement critiqué par des groupes représentant les Juifs et d’autres minorités.
L’ancien sénateur Marc Gold est le représentant juif au sein de ce conseil consultatif. Lors de la conférence de presse de mercredi, il a déclaré ne pas pouvoir s’exprimer au nom du groupe et a refusé de répondre aux critiques concernant le changement d’approche du gouvernement.
« Nous apprenons à nous connaître et nous apportons notre contribution à un plan de travail, a-t-il dit. Nous prenons très au sérieux cette tâche cruciale et nous ferons de notre mieux pour aider le gouvernement à faire ce qu’il doit faire, à savoir travailler avec ses homologues. »
M. Jedwab a indiqué qu’une autre enquête menée par Léger auprès de non-juifs, portant sur les perceptions de l’antisémitisme, serait publiée dans environ deux mois.
Le rapport publié mercredi indique que cette étude à venir « montre que la majorité ne considère pas comme antisémites plusieurs formes de ciblage des Juifs, notamment le boycottage des commerces détenus par des Juifs en raison de leurs liens supposés avec Israël et les manifestations devant les lieux de culte juifs ».


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