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Les Atikamekw n’ont pas seulement la langue autochtone la plus vivante au pays (95 % d’entre eux la parlent), c’est également la seule nation autochtone au pays à avoir une encyclopédie en ligne dans sa langue, Wikipetcia, depuis bientôt 10 ans.
Après plusieurs années dans l'incubateur Wikimédia, Wikipetcia a été mise à la disposition du public en 2017.
Neuf ans plus tard, le projet se porte très bien. Il y a actuellement 2078 articles en atikamekw, en plus de nombreuses photos.
L’encyclopédie en ligne est toujours alimentée principalement par les élèves de l’école secondaire de Manawan, où le projet a vu le jour en 2013, grâce à une heureuse coïncidence.
La chercheuse en linguistique allemande Nastasia Herold, qui effectuait un séjour dans la communauté pour son mémoire de maîtrise, a proposé à l’enseignant d’informatique de l’école, Luc Patin, un projet pédagogique afin que les élèves rédigent du contenu pour Wikipetcia en atikamekw. L’enseignant s’est enthousiasmé pour l’idée.
Mais il a dit : "On va le faire comme il faut au lieu de que ce soit n'importe quoi, n'importe comment". Il fallait bien établir les règles, raconte Thérèse Ottawa, qui fait partie du projet depuis le début.

Thérèse Ottawa, Anthony Dubé et Alexandre Nequado, partenaires de Wikipetcia.
Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin
Anthony Dubé a pris la relève de Luc Patin. Il explique qu’un comité a été créé. C'est comme un genre de CA de Wikipetcia, note-t-il. Ce sont eux qui prennent les décisions, pas la maison mère de Wikimédia Canada.
L’enseignant a appris aux élèves à rédiger du code, à insérer des images et à utiliser des références.
Quant aux règles, il a bien spécifié aux élèves qu’on ne peut pas mettre des mensonges ni même des rumeurs, précise-t-il. Il faut que ce soit vérifiable. Par contre, les sources orales sont acceptées.
Dès leur première année, les jeunes ont écrit une centaine d’articles sur des thèmes liés à leur culture, leur territoire, leur communauté, la faune et la flore. Aucune information concernant les cérémonies ou les plantes médicinales ne peut être publiée, une demande du Conseil de la nation atikamekw.
Les 8400 membres de la nation atikamekw habitent principalement Manawan, Wemotaci et Obedjiwan, dans leur territoire traditionnel de Nitaskinan, dans la vallée de la rivière Saint-Maurice.
Documenter et enrichir

L'encyclopédie en ligne Wikipetcia contient plus de 2000 articles en atikamekw.
Photo : Capture d'écran/Wikipetcia
Les élèves sont également encouragés à prendre des photos pour documenter l’histoire de la communauté. Parce qu’au départ, il n’y avait pas d’images réellement représentatives de Manawan, note Alexandre Nequado, collaborateur de Wikimédia Canada.
C'était des photos de journalistes qui venaient quand il y avait un drame. Ils montraient un village délabré avec des enfants dans la rue, puis des voitures abandonnées sur le bord du chemin.
Le comité a lancé un concours de photographie pour inciter les élèves à embellir l’encyclopédie et documenter la vie sur le territoire. De plus, le projet a reçu des images du documentaire Les six saisons attikameks du cinéaste Pierre Dinel.
Les rédacteurs ont également puisé dans la collection de l’historien Gilles Ottawa, qui avait souligné, avant son décès en 2013, qu’il voulait les rendre disponibles au plus grand nombre de personnes possible.
En fait, explique Anthony Dubé, Wikipetcia, c'est comme un espace disque, une clé USB très grosse et c'est gratuit.

Thérèse Ottawa est responsable de la coordination de Wikipetcia Atikamekw Nehiromowin et membre du CA de Wikimédia Canada.
Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin
Écrire en atikamekw est un exercice ardu pour les jeunes. Ils le parlent, mais pas aussi bien qu'avant, explique Thérèse Ottawa. La langue atikamekw commence à baisser un petit peu dans chaque communauté.
C’est un obstacle de plus pour nous autres. Vu qu'on était de tradition orale, l'écrit c'est différent.
En outre, certains mots plus techniques n’ont pas d’équivalents en atikamekw. Il a fallu consulter les aînés pour trouver des termes décrivant ces nouvelles réalités.
Éventuellement, les administrateurs voudraient ajouter des contenus audio, pour permettre aux internautes d’écouter les textes en atikamekw, ainsi que des vidéos.
On veut que les jeunes entendent ce qui est écrit et qu'ils puissent reproduire les mots, indique Anthony Dubé.
Même s’il y a eu une baisse de participation depuis la pandémie, les jeunes demeurent enthousiastes. Il y a des finissants qui voulaient rester à l’école et doubler leur année pour continuer le projet, raconte M. Dubé. Il leur a expliqué qu’ils pouvaient continuer de contribuer même après leur graduation.


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