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Un ingénieur du Saguenay installé à Bahreïn, au Moyen-Orient, a vu son quotidien être bouleversé par la guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran. Charles Dumont se trouvait dans son appartement, à quelques pas des explosions, lorsque le conflit a éclaté le 28 février dernier
La guerre qui se déroule au Moyen-Orient peut sembler lointaine, mais, pour un ingénieur d'ici, le conflit armé résonne encore.
Jusqu'à la semaine dernière, Charles Dumont était au centre de l'action, à Bahreïn, un petit État insulaire du golfe Persique situé entre l'Iran, l'Arabie saoudite et le Qatar. Il a finalement réussi à revenir en lieu sûr il y a quelques jours par ses propres moyens.
Ingénieur chez STAS, un fabricant d’équipements spécialisés dans l’industrie de l’aluminium à Saguenay, il se trouvait depuis deux mois au Moyen-Orient dans l'espoir de démarrer un nouveau bureau local pour se rapprocher de leurs clients les plus importants.
Ma mission était d'assurer une présence locale au Moyen-Orient, confie-t-il au micro de l'émission Place publique.
Il était loin de se douter que la guerre opposant les États-Unis et Israël à l'Iran allait changer ses plans.
À 400 mètres du chaos
Alors qu’il profitait d’une journée de congé dans son appartement situé à Manama, la capitale du pays, il entend un missile iranien frapper la base américaine. À peine 400 mètres le séparent de l’explosion.
Bruit inimaginable, tout a tremblé. Il y avait le bruit comme tel, mais aussi la vibration dans le sol. Je vis au 17e étage d'un édifice, donc l'édifice a tremblé sous la force de l'explosion. C'était le premier missile qui a touché la base militaire, se remémore-t-il.
Il s’agissait de frappes menées en guise de représailles aux premiers bombardements en Iran lancés par les États-Unis et Israël.

Il a quitté le Barheïn en catastrophe après les premiers tirs de missiles
Photo : Radio-Canada / Marc Landry
Ça arrivait directement de l'Iran. [...] On les voyait passer au-dessus de notre tête à environ, je vous dirais, peut-être un 20 à 30 mètres au-dessus de notre tête. On avait bien le temps des voir, raconte-t-il avec un calme olympien.
S'en sont suivi trois autres missiles dans le même après-midi, précise-t-il.
À cet instant, il est habité par toute une gamme d’émotions. La surprise, évidemment.
Le son, la puissance de l'explosion, ce que la télé ne nous rend pas quand on voit des images d'un peu partout à travers la planète, laisse-t-il tomber.
Ça a été un peu la folie furieuse dans le petit quartier de Juffair, poursuit-il. Parce qu'il y a énormément de monde qui vit dans ce lieu-là. Et c'était les autos qui fuyaient, les piétons qui fuyaient, le mix des deux dans les rues.
Déplacement forcé
Devant le chaos, les citoyens ont dû être déplacés. Les forces civiles les ont dirigés dans des autobus qui les ont amenés dans un premier camp.
L’ingénieur aboutit en soirée dans un premier campement peu sécuritaire, avant d’être relocalisé à l’ouest du pays, dans une école de Hamad Town, en compagnie d'environ 5000 personnes.
Je n'aime pas beaucoup la proximité des gens. Et là on était servi.
Incapable de supporter ces conditions, le lendemain, il commande un taxi pour retourner à Jaffair et planifier son retour au Québec.

Le conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran résonne jusqu'à Bahreïn.
Photo : Gracieuseté de Maxime Poulx
Mes collègues de Stas se sont mis à m'appeler. Ils m'ont inscrit sur le site de l'ambassade, puis comme réfugié. Ils ont fait des téléphones pour m'aider, dit-il.
La seule issue pour lui, prendre la route. Pas question d’attendre l’aide d’Affaires mondiales Canada ou de l'ambassade du Canada. Petit problème, son visa est expiré.
Heureusement, il sillonne la région depuis plusieurs années et a des contacts. Une collègue locale l’aide à trouver rapidement une voiture et un chauffeur afin qu’il puisse obtenir un nouveau visa d'urgence, avant de se rendre jusqu’à l’aéroport de Riyad, en Arabie saoudite.
Rendu là-bas, il déniche un vol vers Amman, en Jordanie et puis, d'Amman, il s’envole pour Montréal. Son billet d’avion lui a coûté 6000 $.
Un marché important
Charles Dumont espère que les tensions qui secouent le Moyen-Orient depuis une dizaine de jours vont ralentir rapidement, notamment parce que la région a un poids important dans le marché de l’aluminium. Beaucoup des clients de l'entreprise québécoise sont situés au Moyen-Orient.
Au Saguenay on produit environ 1 million de tonnes d'aluminium, là-bas, une seule usine en produit 1,6 million de tonnes, dit-il, pour mettre les choses en perspective.

L'usine STAS est implantée à Chicoutimi. (Archives)
Photo : Radio-Canada / Roby St-Gelais
Il affirme que Stas continue d’assurer des services pour ses clients sur place, mais que les conditions rendent le travail de l’entreprise québécoise très difficile.
On n’est pas capable actuellement d'expédier du matériel là-bas. Des gens nous appellent pour des pièces de rechange, donc il faut être imaginatif, trouver des chemins pour que le matériel se rende.
Des impacts au Canada
La paralysie du détroit d'Ormuz a notamment provoqué l'arrêt de production d'une aluminerie au Qatar. Selon Jean Simard, PDG de l'Association de l'aluminium du Canada, les États-Unis sont directement affectés alors que 20 % de leur aluminium provient du Moyen Orient.
Une fois qu'on tient compte des exportations totales possibles du Canada, il va manquer quand même l'équivalent de ce que le Moyen-Orient exportait, souligne M. Simard.

Le président de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard
Photo : Radio-Canada / Aude Garachon
Le Canada ne peut produire plus pour le marché américain puisque les alumineries fonctionnement à pleine capacité. Toutefois, selon Jean Simard, le Canada bénéficie d'un meilleur prix pour son métal, ce qui rend les exportations vers les États-Unis plus rentables qu'avec l'Europe, malgré des tarifs punitifs de 50 %.
De retour à la maison
De retour dans le confort de son bercail, Charles Dumont admet qu’il a laissé derrière lui une partie de son cœur au Moyen-Orient.
On se sent tout le temps un petit peu triste de laisser les gens avec qui on travaille et avec qui on développe des liens qui, eux autres, ne peuvent pas s'en aller.
Aujourd'hui, il tombe de la neige, mais c'est le pire qu'on peut vivre ici.


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