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Le Canada va se doter d'un fonds souverain, le premier du genre à l’échelle fédérale. Ce type de comptes d’investissement, détenus par l’État, sont généralement alimentés par les excédents budgétaires d’un pays. Mais Ottawa se dirige vers un 19e déficit budgétaire consécutif, alors d’où viendra l’argent?
Dans son annonce, lundi, le premier ministre Mark Carney indiquait que son gouvernement allait y injecter une dotation initiale de 25 milliards de dollars sur trois ans. Les détails sur la provenance de cette somme devraient se trouver dans la mise à jour économique, qui sera présentée plus tard mardi.
Le Fonds pour un Canada fort permettra de financer, en partenariat avec le secteur privé, des projets d’envergure au pays. Le premier ministre y voit un compte national d'épargne et d'investissement qui pourra soutenir les générations futures de Canadiens.
Qu’est-ce qu’un fonds souverain?
Un fonds souverain est une réserve financière détenue par un État et investie dans des actifs financiers, que ce soit des actions boursières, des obligations ou des biens immobiliers.
En général, on y a recours lorsqu'un pays dispose de fonds excédentaires. Plutôt que de conserver cet argent à la banque centrale ou de le dépenser pour soutenir l'économie du pays, un fonds souverain permet d'investir et d'en tirer un rendement.
Les fonds souverains varient considérablement dans leur fonctionnement et leurs objectifs. La Kuwait Investment Authority, par exemple, a été créée à partir des recettes pétrolières. Son but : diversifier l'économie du pays, qui dépend fortement de ses exportations d'énergie.
Le fonds souverain GIC de Singapour, en revanche, a été créé à partir de ses réserves de change, détenues sous forme de devises étrangères et d’or. L’idée est de préserver le pouvoir d'achat du pays.
Mais ils ont tous un objectif en commun : prélever des fonds supplémentaires et les investir à l'échelle nationale afin d'en tirer un bénéfice pour le pays.

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Est-ce une première au Canada?
Il s’agit d’une première à l’échelle nationale. Par contre, l’Alberta dispose d’un tel fonds depuis les années 1970.
Le Fonds du patrimoine – Alberta Heritage Savings Trust Fund, en anglais – a été créé en 1976 pour percevoir une partie des recettes de l'industrie pétrolière et gazière de cette province, avec un investissement initial de 1,5 milliard de dollars.
L'objectif est d'assurer le meilleur rendement possible de ces redevances pétrolières pour les générations actuelles et futures d'Albertains. À la fin de l’année dernière, ce fonds a atteint une valeur de 31,9 milliards de dollars.
Le gouvernement de Doug Ford a aussi mis sur pied, cette année, le Fonds d’investissement du compte Protéger l’Ontario, doté de 4 milliards de dollars, afin d’attirer des investissements privés stratégiques, de sécuriser ses chaînes d’approvisionnement et de soutenir les travailleurs ontariens.
Qui va financer ce fonds?
Ottawa va y injecter 25 milliards de dollars sur trois ans, dans un premier temps, sans préciser d’où le gouvernement va tirer cette somme-là.
Questionné à ce sujet, le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, n’a pas répondu directement, mais a indiqué que la situation budgétaire relativement solide du gouvernement fédéral sur la scène internationale lui permettrait d’emprunter à des taux avantageux.
C'est l'une des particularités de ce fonds : normalement, un pays crée un fonds souverain avec l'argent tiré de ses excédents budgétaires, selon Brett House, professeur d'économie à la Columbia Business School. Le Canada a des dettes, pas de l'argent en surplus, dit-il.

Brett House est professeur d'économie à la Columbia Business School à New York et ancien économiste en chef adjoint de la Banque Scotia.
Photo : Banque Scotia
Ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose, selon Bernardo Bortolotti, directeur général du Transition Investment Lab à l'Université de New York. Il affirme que, tant que le pays gagne plus grâce à ses investissements qu'il ne dépense en intérêts sur cette dette, investir dans un fonds souverain est judicieux.
Les particuliers peuvent-ils y participer?
Autre détail inhabituel : ce fonds souverain sera ouvert aux Canadiens, qui pourront y investir directement. L’économiste Brett House explique qu’ailleurs dans le monde, ce genre de comptes d’investissements ne sont pas ouverts aux particuliers. Ce sont généralement les gouvernements seuls qui prennent leurs propres liquidités excédentaires et les investissent dans ces fonds.
Au contraire, le gouvernement affirme que le Fonds pour un Canada fort permettra aux citoyens canadiens ainsi qu’aux investisseurs étrangers d’y participer directement par le biais d’un nouveau produit d’investissement destiné au grand public.
Il n’est pas encore clair s’il sera plus avantageux d’investir dans ce fonds souverain ou dans d’autres instruments de placement, tels que les obligations ou les fonds négociés en bourse. Le gouvernement affirme toutefois que cette option financière serait facilement accessible aux Canadiens partout au pays et que leur investissement initial serait protégé.

Le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, affirme que la bonne cote de crédit du Canada lui permet d'emprunter à des taux avantageux.
Photo : La Presse canadienne / Christinne Muschi
Les obligations émises par le gouvernement – un autre type de placement – sont des titres de créance à revenu fixe qui seront remboursés à une date déterminée. Beaucoup d’entre elles offrent un taux d’intérêt garanti. Les obligations sont généralement sûres, comparées aux actions boursières, où les rendements dépendent de la performance d’une entreprise.
M. House estime qu'il sera intéressant de voir quel type de garantie les investisseurs recevront sur leurs rendements, ce qui a des implications très différentes sur le fonctionnement de ce fonds pour les Canadiens. Il se demande aussi combien de temps il faudra attendre avant de réaliser des gains.
Qui va gérer le fonds souverain?
Le Fonds pour un Canada fort sera géré par une nouvelle société d'État. Son PDG et son conseil d'administration fonctionneront indépendamment du gouvernement fédéral.
Ces fonds pourraient poser problème s'ils sont investis en fonction d'objectifs politiques à court terme plutôt que dans le but de générer des bénéfices pour le pays à long terme, nuance M. Bortolotti.
C'est pourquoi, selon lui, l'indépendance entre les gestionnaires du fonds et le gouvernement sera essentielle. Tout dépendra de la gouvernance, des règles et de la direction du fonds lui-même, dit-il.
John Ruffolo, fondateur et associé de la firme torontoise Maverix Private Equity, partage cet avis. Sans gestion adéquate, le Canada risque de voir ce fonds se transformer en une caisse noire du gouvernement, affirme-t-il.
Il souligne, par contre, que le pays dispose d'excellents exemples de bonne gestion avec le Régime de pensions du Canada et la Caisse de dépôt et placement du Québec. Il estime que le fonds souverain devrait être géré de manière similaire à ces entités afin d'assurer son succès.

John Ruffolo estime que le Canada compte plusieurs exemples de « bas de laine » bien gérés, dont la Caisse de dépôt et placement du Québec.
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
À quoi servira cet argent?
Ce fonds permettra de financer divers projets d’un bout à l’autre du pays, mais on ignore toujours lesquels d’entre eux bénéficieront de ces investissements.
Dans son annonce, lundi, le gouvernement a évoqué des projets d’infrastructure, de technologies, de l’industrie manufacturière, de l’exploitation minière et du secteur énergétique. M. Carney a précisé que les investissements iraient au-delà des secteurs du pétrole et du gaz naturel.
L’économiste Brett House estime que le fonds devrait investir dans des projets qui ont eu du mal à attirer des investissements privés et qui, sans cela, risquent de ne recevoir aucun financement.
Avec les informations de CBC


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