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Le docu-spectacle Urgences rurales 360, qui allie les arts du cirque au documentaire pour dépeindre la réalité du système de santé en région, est en tournée dans l'Est-du-Québec. Les artistes du Cirque Les 7 doigts de la main se sont inspirés de rapports de recherches menées dans des hôpitaux en milieu rural.
L'un des initiateurs du projet, le docteur Richard Fleet, explique que la pièce présente les iniquités qui persistent pour les patients en région, iniquités qui ont documentées dans ces études.
Nos études, qui portent sur plus de 300 urgences rurales au Canada, ont démontré qu'il y a vraiment un écart dans l'accès aux médecins spécialistes dans les régions rurales [par rapport] aux régions urbaines, expose-t-il.
Il donne en exemple l'accès à l'équipement d'imagerie médicale, qui peut paraître un service de base dans des milieux urbains, soutient-il, et qui permet de poser des diagnostics rapidement pour des conditions médicalement urgentes, comme accident cérébro-vasculaire, une embolie pulmonaire ou un traumatisme crânien.

Le spectacle traduit en art 15 ans de recherche effectuée dans les urgences rurales au Québec.
Photo : Gracieuseté : Urgences rurales 360
Il ajoute que les personnes qui subissent un accident dans une région rurale au Québec ont trois fois plus de chances de mourir que ceux qui se blessent dans des régions urbaines.
Richard Fleet soutient que l'objectif du spectacle est de présenter les résultats de cette étude autrement, avec pour objectif d'informer et de faire bouger les décideurs.
On crée un spectacle qui vise finalement à soutirer l'émotion, l'engagement des participants [...] afin qu'on puisse changer les choses, ajoute le docteur.
Après 15 ans de recherche et plusieurs publications scientifiques et présentations dans les congrès, on n'a pas beaucoup réussi à faire bouger l'aiguille sur le plan de l'amélioration de l'accès aux soins dans les régions.
Le spectacle, mis en scène par Patrick Léonard, comprend des numéros de cirque contemporain accompagné d'un narrateur qui présentent des témoignages, des reconstitutions de cas réels et des projections visuelles, pour dévoiler la réalité humaine qui se cache derrière les données scientifiques recueillies.

Les quatre artistes interprètent sur scène différents cas répertoriés dans des urgences rurales pendant la recherche.
Photo : Gracieuseté : Urgences rurales 360
Le spectacle a été créé en collaboration avec, entre autres, le Hub d'Innovation en médecine rurale, le Centre de recherche sur le potentiel humain (HUPR) et la doctorante Julie Théberge.
Un spectacle pour refléter une réalité
À la fin de la représentation, les spectateurs sont invités à échanger sur leur vécu en lien avec le système de santé en région.
Il y a des gens qui expriment un peu leur inquiétude, leur désarroi, parfois. Ils veulent passer des messages aussi aux décideurs, mais aussi, les gens nous partagent beaucoup de solutions.
Il y a beaucoup de solutions qui sortent de là qui vont être très utiles à [transmettre] à l'ensemble des milieux ruraux. Donc, il y a beaucoup d'espoir en même temps. Ce spectacle-là est aussi fait pour donner de l'espoir aux gens, puis rendre hommage aux régions rurales et aux professionnels qui travaillent [dans les établissements ruraux], ajoute le docteur Fleet.
En entrevue à l'émission Bonjour la Côte vendredi matin, Réal Poulin, infirmier à la retraite et résident de Rivière-Saint-Jean, en Minganie, a abondé dans le même sens. Il a assisté au spectacle et soutient s'être reconnu dans la performance des artistes qui incarnait les conditions de travail plus difficiles dans les établissements de santé en région éloignée.

Des dispensaires, comme le CLSC de Rivière-Saint-Jean en Minganie, offrent des services de santé dans des municipalités éloignées des hôpitaux. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau
M. Poulin indique que les questions des distances à parcourir pour recevoir des soins et le manque de couverture du réseau cellulaire ont été abordées lors de la représentation.
On a une seule route, la route 138. Donc, on est un petit peu dépendants des aléas de la température, souligne-t-il.
L'infirmier à la retraite ajoute que les spectateurs ont profité de l'occasion pour relater leurs expériences vécues, notamment en lien avec les services offerts par des dispensaires sur la Côte-Nord et le fait qu'ils aimeraient avoir accès à plus de services. Il ajoute que les spectateurs ont exprimé le souhait que ces lieux de soins soient maintenus.
Il y en a beaucoup de gens malades qui vont quitter la région parce qu'ils sont trop fragiles au niveau de la santé. Puis, ils veulent se rapprocher des grands hôpitaux.
Le préfet de la MRC de la Haute-Gaspésie, Sylvain Tanguay, prenait aussi part à la discussion. Il affirme avoir trouvé intéressant de voir les initiatives qui étaient portées par les gens des services de santé, les paramédicaux, et l'unité qu'il y a entre les différents travailleurs de la santé.
C'est un spectacle qui nous amène à réfléchir, mais aussi, à nous inquiéter d'une certaine façon.
Il soutient que de nombreux spectateurs ont réagi avec inquiétude devant certaines données, entre autres celles reliées à l'accès rapide à un examen d'imagerie médicale.
On disait que, lors d'un AVC, par exemple, en région rurale, les gens ont comme 25 % plus de chances de ne pas s'en sortir, décrit Sylvain Tanguay.
J'ai appris que ça prend beaucoup de solidarité en région pour maintenir nos services de santé et qu'il faut être présent et qu'il faut vraiment se mobiliser pour apporter de l'aide et du soutien aux travailleurs de la santé, ajoute le préfet.

Des citoyens des Basques se sont mobilisés dans les derniers mois pour réclamer le maintien de l'ensemble des services à l'hôpital de Trois-Pistoles. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Francois Gagnon
L'une des membres du Comité de vigie pour la sauvegarde de l'urgence de Trois-Pistoles, Josiane Plamondon, participait elle aussi à la table ronde de Bonjour la Côte vendredi matin.
Elle a expliqué qu'un contingent est organisé pour que des membres de la communauté des Basques se rendent au Bic où le spectacle était présenté vendredi soir.
Josiane Plamondon rappelle que des citoyens se mobilisent depuis plus d'un an maintenant pour conserver l'ensemble des services aux urgences de Trois-Pistoles et de Pohénégamook.
Devant cette mobilisation, le Centre intégré de santé et de services sociaux du Bas-Saint-Laurent a confirmé en février le maintien de ces services.
Habiter en région c'est une forme de résistance. Puis, dans les Basques, ça fait vraiment partie de notre ADN de protéger, de se battre pour conserver nos acquis.
Ce sont des réalités que l'on vit en région. Puis, étant donné qu'il y a une partie cirque et une partie documentaire, pour nous, c'est important que nos réalités soient entendues et qu'on puisse en parler avec le docteur Fleet, qui fait de la recherche depuis 15 ans sur cette réalité-là de l'accès aux soins de santé en région, conclut-elle.
Le spectacle Urgences rurales 360 poursuit sa tournée au Bas-Saint-Laurent après s'être arrêté sur la Côte-Nord et en Gaspésie. Il sera présenté au Théâtre du Bic vendredi soir et au Centre culturel Léopold-Plante de Pohénégamook lundi.


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