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«True North: Canadian Myths and Black Power»: la mémoire retrouvée

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« Les étudiants sont une boussole morale. Ils sont la mesure de l’humanité de notre société. Ils sont toujours à l’avant du questionnement de la répression », croit Michèle Stephenson. Dans True North: Canadian Myths and Black Power, la réalisatrice revient notamment sur les événements qui ont mené à l’émeute raciale de l’Université Sir George Williams : en 1969, plus de 400 étudiants et militants occupent les laboratoires informatiques de l’université montréalaise pour dénoncer le racisme d’un professeur blanc. La répression qui s’ensuit — violente, orchestrée par le gouvernement canadien et la police de Montréal — s’inscrit ainsi dans un moment charnière du mouvement mondial pour la libération noire. « Le Canada, et donc Montréal, fait partie de cette longue lignée de mouvements étudiants, et c’était très important qu’on voie ça », ajoute-t-elle.

Pour Michèle Stephenson, les ondes de cet événement continuent assurément de se propager. Le mouvement étudiant propalestinien d’aujourd’hui se situe, de fait, dans le prolongement du travail amorcé à Sir George Williams, tout comme sa propre génération avait manifesté contre l’apartheid sud-africain sur les campus universitaires. « Tout ça, c’est le résultat de décennies et de décennies de travail », indique la cinéaste. Née en Haïti, exilée dès sa première année de vie avec sa famille engagée contre le régime Duvalier, elle grandit dans les Cantons-de-l’Est avant de faire son cégep à Montréal, puis d’étudier à McGill et à l’Université Carleton, à Ottawa. Le Québec, elle le connaît de l’intérieur, et ne pas avoir appris à l’école les contributions noires aux droits de la personne l’a privée d’une relation différente avec le pays et la province. « C’est une histoire noire canadienne si riche qui m’a été volée », affirme-t-elle.

Carrefour mondial

En octobre 1968, quelques mois avant l’affaire Sir George Williams, Montréal accueille le Congrès des écrivains noirs à McGill, considéré comme la plus grande conférence du mouvement Black Power tenue hors des États-Unis. Les grandes voix de la diaspora noire s’y retrouvent pour débattre du sens du pouvoir noir et des luttes à mener. C’est dans ce terreau intellectuel et politique que germent les idées qui alimenteront l’occupation de Sir George Williams. Montréal, ville de tensions raciales et de bouillonnement politique, est un carrefour du militantisme noir mondial. L’histoire officielle s’en souvient pourtant peu. True North naît alors de cette volonté, que Michèle Stephenson décrit comme « un travail de réarchivage pour interrompre le silence et les espaces vides qui existent ». Le documentaire apparaît rapidement pour la cinéaste comme un processus de guérison. « J’ai vécu beaucoup d’émotions, de la colère à la joie et tout ce qui est au milieu. Voir nos corps représentés dans ces images, ça a été vraiment très touchant », explique-t-elle.

Toutes ces archives que l’on retrouve dans True North ont demandé un travail de recherche colossal, qui s’est étendu sur plusieurs années. Dans les fonds de l’Office national du film, l’équipe découvre un jour un dossier simplement intitulé « les Noirs ». « C’est une catégorisation paresseuse, un peu raciste. Mais ça nous a donné encore plus de force de vraiment bien approfondir nos recherches. Parce que, dans ce dossier, on a trouvé plein de choses intéressantes qui ont fini par être dans le film. C’est à ce moment qu’on s’est rendu compte que le travail qu’on faisait était nécessaire », souligne Michèle Stephenson.

Tout est politique

La forme du film est elle-même un geste politique. « On a décidé de tout faire en noir et blanc. On a décidé de garder le N-word [mot en n], et c’était une décision très intentionnelle. Pour moi, il fallait respecter non seulement l’époque, mais aussi la façon dont nos participants s’exprimaient », précise la cinéaste. Quant à la structure du film, il ne faut pas s’attendre à quelque chose de classique, bien entendu. « Nos participants, c’est une voix collective. Il n’y a pas un ou une protagoniste et des sous-personnages », ajoute-t-elle. True North est également l’occasion de rendre hommage à plusieurs figures du 7e art. Parmi elles, The Terror and the Time (1978) de Rupert Roonaraine, documentaire sur la lutte d’indépendance guyanaise de 1953, construit comme un poème. « Il y a plusieurs niveaux dans ce film, qui parle par exemple de décolonialité. Les images sont absolument époustouflantes. C’est vraiment quelque chose de très beau », relève-t-elle.

Ces étudiants qui ont occupé Sir George Williams en 1969 représentaient, d’après Michèle Stephenson, « une menace à la mythologie, à la propagande des institutions qui [étaient] au pouvoir ». Les tactiques de répression qu’ils ont subies, elles, se répètent, et True North s’inscrit dans cette lignée historique de résistance éducative. « Ça pourra donner aux membres de la prochaine génération la force de voir qu’ils ne sont pas seuls, qu’il y a quelque chose qu’on peut apprendre de ça et peut-être même mieux comprendre ces mécanismes auxquels on doit s’adapter pour continuer la lutte », confie la cinéaste. Et de renchérir : « On n’apprend pas ça à l’école, ces histoires de résistance. On doit faire nous-mêmes ce travail. » Les leçons à tirer du film sont nombreuses et, promet-elle, pourront toujours « servir d’inspiration ».

Ces militants à l’aune de leur vingtaine en 1969 que l’on rencontre dans le documentaire sont toujours là, à Montréal. « Ils font leur vie. Ils ont passé un moment difficile, mais ils continuent leur travail. Chacun d’eux a été très, très traumatisé par l’expérience. Les voir présentement vers la fin de leur vie, ça aussi, ça donne de la force », conclut Michèle Stephenson.

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