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Le garage est fermé depuis cinq ans. Postes Canada ne livre plus le courrier à domicile depuis décembre. Les plafonds coulent, les ascenseurs tombent en panne et les locataires luttent à coups de bombes anti-cafards au 500, chemin Dawes, situé dans le quartier East York de Toronto.
C’est pour mettre fin à de telles conditions de vie que le conseil municipal de Toronto votera sur la motion EX29.14 : Sévir contre les mauvais propriétaires de la mairesse Olivia Chow lors de la rencontre s'amorçant aujourd'hui.
Dans une lettre déposée au Comité exécutif le 9 mars 2026, Mme Chow est catégorique : Je ne tolérerai pas les propriétaires de taudis dans la ville de Toronto.
Six mesures à venir
La motion prévoit six mesures concrètes : doubler les agents RentSafeTO, la création d'une base de données publique des infractions, des enquêtes proactives sur tous les immeubles d’un propriétaire problématique et surtout l’action corrective.
Quand un propriétaire refuse d’entreprendre des réparations, la Ville le fera elle-même et enverra la facture avec les impôts fonciers.
Le cas du 500, chemin Dawes, visité des dizaines de fois par les services municipaux sans résultat, est l’élément déclencheur

La mairesse Olivia Chow a visité l’édifice en personne afin de constater l’ampleur du problème, en juillet 2025. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui
Pour Ryan Endoh, membre de la Dawes ACORN Tenants' Association, parajuriste agréé et résident du 500, chemin Dawes depuis près de 11 ans, cette initiative est un très grand pas dans la bonne direction.
Mais il ne mâche pas ses mots sur la situation actuelle : Je pense que cela frise même la négligence criminelle.
Quant à la propriétaire de son immeuble, Carolyn Goodman, il croit que le but du jeu est de récolter le plus d’argent possible et d’en faire le moins possible .
Il raconte avoir discuté avec des locataires qui ont tenté de l’appeler directement. Elle répond aux appels, mais, dès qu’on soulève un problème, elle promet d’en parler à son équipe, qui dit n’être au courant de rien, soit elle raccroche tout simplement .
L’industrie se distancie des mauvais acteurs
Tony Irwin, président de la Fédération des fournisseurs de logements locatifs de l’Ontario (FRPO), reconnaît que la province a un parc locatif vieillissant entraînant des problèmes, mais admet que le cas du 500, chemin Dawes semble bien plus grave qu’une simple usure normale.
S’il reconnaît l’existence de mauvais acteurs, il prend ses distances. Ce n’est pas représentatif de l’industrie dans son ensemble. Je ne peux concevoir aucune circonstance où un membre de mon association se retrouverait dans cette situation, affirme-t-il.
Il appuie les actions correctives dans ce cas précis, mais met en garde : C’est quelque chose qui devrait être utilisé dans des cas extrêmes. S’il n’y a pas de garde-fous, cela pourrait devenir subjectif.
Mais quand on aborde la détérioration des relations entre locataires et propriétaires, les deux camps s’affrontent.
Pour Tony Irwin, les tensions sont exacerbées par la situation économique, mais aussi par les problèmes croissants de santé mentale et de toxicomanie post-pandémie que le personnel n’est pas formé à gérer. Il préconise la construction de nouveaux logements pour redonner du choix aux locataires.
Ryan Endoh rejette cette explication. Il affirme que le problème réside dans la financiarisation agressive du logement.
Il dénonce un système spéculatif, passé d’un modèle public à un modèle fondé sur l’extraction maximale de revenus des classes laborieuses, des étudiants et des nouveaux arrivants, qu’il juge fondamentalement exploiteur et arrivé à un point critique.
La Ville de Toronto : un propriétaire irréprochable?
Pendant que Toronto pointe les mauvais propriétaires du privé, Walied Khogali Ali, coprésident de la Regent Park Neighbourhood Association, rappelle que la Ville est elle-même propriétaire de 58 000 logements sociaux par le biais de la Société d’habitation de Toronto (TCHC).
Selon lui, cette dernière n’est pas un meilleur propriétaire. La Ville a la responsabilité de veiller à ce que cette société agisse en bon propriétaire. Or, dans de nombreux cas, ce n’est pas le cas. Elle manque à ses obligations, souligne-t-il.
L’association dénonce une escalade dramatique des expulsions à la TCHC (plus du double en deux ans selon leurs données), touchant surtout les populations vulnérables : locataires noirs, autochtones, mères célibataires et aînés.
De plus, même si Toronto agit, ses pouvoirs restent limités. Les villes sont des créatures de la province, rappelle-t-il. Sans modifications législatives à Queen’s Park, les vrais leviers de pouvoir échappent à la Ville.
À l’approche du vote, Ryan Endoh lance aux élus : Le temps où l’on se contentait d’observer, de documenter et d’y aller à tâtons est révolu.


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