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L’ambiance était tendue à Mirabel, mardi, lors du passage de l’équipe du projet de train à grande vitesse (TGV) Alto au centre culturel Jean-Laurin, pour une rencontre d'information locale.
On est là pour se défendre. Pour éviter qu'ils prennent nos terres, encore une fois, s'insurge Françoise Drapeau-Monette, visiblement toujours aussi combative à 88 ans. La résidente de Mirabel a connu les grandes expropriations pour la construction de l'aéroport au tournant des années 1970. Aujourd'hui, elle est venue se battre contre un autre projet fédéral : le TGV, connu sous l'étiquette d'Alto.

La rencontre d'information d'Alto à Mirabel a été organisée in extremis au début de février, en réaction aux pressions politiques locales, pour finalement être accueillie par un cortège de tracteurs et de klaxons.
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
J'ai été expropriée en 1969 pour rien, on le sait aujourd'hui... l'aérogare est démolie, déplore Mme Drapeau-Monette, qui s'est impliquée plusieurs années dans le comité représentant les milliers de familles expropriées de l'aéroport de Mirabel. Elle dit craindre un fiasco similaire avec le projet d’Alto, même si les surfaces expropriées seraient moindres.
Là, si le tracé passe sur une terre, avec les deux voies ferrées, les talus, la clôture, le train qui passe à 300 km/h… on ne pourra plus traverser vers le restant de la terre. Ça ne marchera pas!
Le projet Alto en bref
Train à grande vitesse sur voies réservées entre Québec et Toronto, allant jusqu’à 300 km/h
Mandat du gouvernement pour sept stations au total, incluant Trois-Rivières, Montréal, Laval, Ottawa et Peterborough
Prix « compétitifs » par rapport à l’autobus et à l’avion
Début des travaux en 2030 (Montréal-Ottawa), coût estimé d’au moins 60 milliards $
Annonce d'un tracé conventionnel d'ici la fin de l'année
Source : consultations publiques de l’équipe Alto
Mirabel rural, Mirabel commercial
Parmi les centaines de citoyens et d'agriculteurs venus manifester, un sentiment se dégage : ce train, il n’est carrément pas pour eux. Et ce, même si Alto ajoutait une gare dans la région, précise Françoise Drapeau-Monette. Qu’est-ce que tu veux que je fasse dans ce train-là, moi? Aller à Ottawa? ironise la militante de 88 ans.
C’est à partir de là, mardi, que la vision des agriculteurs a divergé de celle de la quarantaine d’élus de la région qui ont profité du passage d'Alto pour tenir une conférence de presse conjointe. Pour eux, le TGV est le bienvenu, tant que le projet est gagnant-gagnant.

La mairesse de Mirabel, Roxanne Therrien, a tenu une conférence de presse dans la salle adjacente à la séance d'information d'Alto.
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Il faut une gare à Mirabel, un des plus grands pôles aéronautiques du Québec, a exigé la mairesse Roxanne Therrien, entourée de ses collègues élus des Laurentides. C’est la première condition que ces derniers imposent au gouvernement fédéral – l’autre étant que le tracé emprunte les terres inutilisées de l’aéroport, pour éviter le plus d'expropriations possibles. Nous ne voulons pas d’un train qui passe en coup de vent sur notre territoire, on veut pouvoir en profiter [...] C'est pourquoi mes équipes techniques préparent un croquis qu’on va déposer bientôt, directement à Ottawa.

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Le reportage d’Andréane Williams
Trois positions à concilier
Magalie Noiseux-Laurin est directrice générale d’Écoute Agricole, un des rares organismes qui œuvrent en santé mentale auprès des agriculteurs. En ce moment, on voit beaucoup d’agitation sur les réseaux sociaux et on reçoit plus d’appels à ce sujet. [...] Il faut comprendre, on rouvre une cicatrice, alors les gens ont les émotions à vif, dit-elle.

Magalie Noiseux-Laurin tenait à être présente pour mieux comprendre le contexte dans lequel sont plongés ses bénéficiaires et pour entendre la vision d'Alto.
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Du côté d’Alto, on assure que l’expropriation ne sera utilisée qu’en dernier recours. Pour faire le tracé, on donnera la priorité aux emprises existantes – autoroutes, lignes électriques, chemins de fer actuels – si elles sont assez larges et si leur courbure permet des vitesses élevées. Alternativement, le tracé visera les lignes de lot, entre les terres, selon le vice-président aux communications d'Alto, Philippe Archambault. Aujourd’hui, on consulte les gens. C’est pour ça qu’on présente un corridor aussi large que 10 kilomètres : on ne veut pas arriver avec un tracé défini et [les] mettre tout de suite devant le fait accompli.
Ici, particulièrement, notre objectif, c’est de faire les choses différemment, de ne pas répéter l’histoire. De prendre le temps avant que les décisions finales soient prises.
Ajouter une huitième gare au projet serait toutefois difficile, d’abord parce que cela réduirait la vitesse du service, mais aussi parce que le mandat reçu du gouvernement, c’est sept gares, pas plus, selon M. Archambault.
Les élus de la région ont donc du pain sur la planche pour convaincre à la fois le gouvernement fédéral et les agriculteurs qui souhaitent voir le projet annulé. C’est sûr que peu importe où le train va passer, les agriculteurs vont être contre. Et je les comprends, a concédé la mairesse Roxanne Therrien lorsqu'on l'a interrogée sur le refus catégorique d'une partie de sa population.

Les familles d'agriculteurs présentes à la manifestation sont catégoriques : le projet de TGV doit être annulé.
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Alto prévoit poursuivre sa première phase de consultations jusqu’à la fin de mars dans les localités traversées par le corridor préliminaire, puis revenir pour une deuxième phase à l’automne, avec un corridor d’étude un peu plus précis. La société prévoit annoncer un tracé conventionnel – d’une emprise d’environ 60 mètres de large – d’ici la fin de 2026.


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