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Pour la première fois de mémoire d’homme, le Canada est dirigé par deux personnalités d’envergure internationale. Élevée au rang de gouverneure générale, la célèbre juriste internationale Louise Arbour arrive au bon moment pour soutenir Mark Carney, le premier ministre le plus internationaliste depuis Lester B. Pearson. Ce tandem devrait former une véritable arme de séduction massive au service de la diplomatie canadienne à un moment où le Canada est attaqué par son principal partenaire économique et militaire, les États-Unis, et où le système international vacille sous les coups répétés des grandes puissances.
Banquier d’affaires à Londres, à Tokyo, à New York et à Toronto, Carney s’est révélé au grand public lors de la crise financière de 2008-2009, où il a aidé à stabiliser l’économie mondiale alors qu’il occupait le poste de gouverneur de la Banque du Canada. En 2012, il est le premier étranger à devenir gouverneur de la Banque d’Angleterre, poste qu’il a occupé durant sept ans. Il était de toutes les rencontres internationales et s’intéressait même aux changements climatiques, au point d’être nommé envoyé spécial du secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU) sur cette question. Il s’est colletaillé avec les grands, ceux qui sont maintenant devenus ses interlocuteurs. Bientôt, la rumeur a couru : voudrait-il remplacer Justin Trudeau, dont le gouvernement se désintégrait chaque jour ?
Il a fait le saut au début de 2025 et a obtenu un mandat populaire aussi franc qu’inattendu en avril de la même année. Aussitôt élu, il a pris le bâton de pèlerin afin de redonner au Canada sa place sur la scène internationale, place perdue sous Harper et Trudeau. Ses périples ont culminé avec le discours à Davos en janvier, cette année, où il est devenu une star mondiale de la diplomatie en dénonçant ceux qui s’obstinent à détruire l’ordre de l’après-guerre.
Là où Carney reste un homme du sérail, plutôt effacé, Louise Arbour a un tout autre caractère. Au collège, elle a dirigé un journal où elle s’est fait remarquer pour son irrévérence. Elle a suivi un parcours de juriste et s’est engagée dans des affaires liées à des violations des droits de la personne. La décennie des années 1990 va lui permettre de se révéler au monde. Les conflits éclataient partout, et les droits de la personne y étaient massivement bafoués : Bosnie-Herzégovine, Rwanda, Kosovo, Somalie, etc. La communauté internationale cherchait une réponse par la création d’instances internationales de justice. Le moment Arbour est arrivé.
En 1996, elle est nommée procureure générale du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie et pour un tribunal similaire sur le Rwanda. Une tâche colossale qui enjambait deux continents. Les grandes puissances lui ont mis des bâtons dans les roues : elles traînaient les pieds pour livrer les criminels. Arbour a donné de la voix publiquement. Le 27 mai 1999, alors que l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) était engagée dans une délicate négociation avec le président serbe Slobodan Milošević, dont l’armée massacrait les Kosovars, Louise Arbour a lancé un mandat d’arrêt contre lui. Aussitôt, les grandes puissances ont craint que sa décision ne mette en danger le processus de paix.
Il n’en sera rien. La paix a été signée et, deux ans plus tard, le gouvernement serbe a arrêté Milošević et l’a remis au Tribunal. Grâce à son courage, Arbour venait de montrer que la justice internationale pouvait fonctionner. Il s’en est suivi des dizaines d’arrestations de criminels.
Avec de telles feuilles de route, Arbour et Carney ont l’occasion de redonner au Canada une voix sur la scène internationale et la réputation nécessaire pour y arriver. La dernière fois que cela s’est produit, c’était avec le tandem Chrétien-Axworthy, de 1996 à 2000. Le Canada était alors au cœur d’une politique internationale qui mettait l’accent sur la sécurité humaine. C’est aussi la dernière fois que le Canada a été élu membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Avec Harper et Trudeau, il a connu ses pires défaites pour l’obtention de ce siège depuis son adhésion à l’ONU, la communauté internationale ayant rejeté la candidature canadienne au profit de la Norvège ou de l’Irlande.
Carney a déjà un plan qu’il expose lors de chaque voyage à l’étranger : renforcer la cohésion nationale et l’économie interne afin d’affronter la compétition mondiale, placer les puissances moyennes au centre du jeu international parce qu’elles disposent d’atouts que les grandes ne peuvent ignorer. Le moment est là, il faut le saisir.
Il y a dix jours, les ambassadeurs, chefs de mission et consuls généraux du Canada à l’étranger étaient réunis à Ottawa pour parler politique étrangère. Ils espèrent beaucoup de Carney et d’Arbour. Ils sont disposés à pousser à la roue malgré les réductions des budgets consacrés à la diplomatie et à l’aide au développement. Ils attendent du nouveau tandem des résultats.


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