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Sous une montagne du désert du Nevada dorment 8 km de tunnels percés pour accueillir les déchets nucléaires du pays, vides et abandonnés depuis 2011

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Sous une crête aride du désert du Nevada, à une centaine de kilomètres de Las Vegas, s’enfonce un réseau de galeries qui n’a jamais vu passer le moindre conteneur radioactif. L’équipe Bechtel SAIC a collecté et analysé des données sur environ 8 miles (13 kilomètres) de tunnels d’essai et 450 forages creusés dans la montagne pour étudier la roche, la circulation de l’eau et le risque sismique. Quinze milliards de dollars engloutis, quatre décennies de travaux, et un tunnel principal qui traverse Yucca Mountain de part en part sans jamais avoir accueilli le moindre gramme de combustible usé.

Le chiffre revient dans tous les rapports officiels. En 2011, le Government Accountability Office a estimé que près de 15 milliards de dollars avaient été dépensés pour le développement d’un dépôt de déchets nucléaires. Une autre estimation, plus large, chiffre la facture réelle du projet à 19 milliards de dollars une fois intégrés les frais juridiques et administratifs accumulés au fil des batailles judiciaires. Le résultat physique de cette débauche de moyens tient en une image assez vertigineuse : à une centaine de miles de Las Vegas, en plein désert, se trouve un trou de 19 milliards de dollars, le coût pour se battre autour de ce tunnel d’essai de huit kilomètres et le construire.

À retenir

  • Combien a vraiment coûté ce tunnel souterrain aux contribuables américains ?
  • Pourquoi quatre décennies de travaux se sont terminées sur un abandon politique brutal ?
  • Quel secret géologique du Nevada a fait échouer un projet d’une telle envergure ?

Sommaire

  1. Quarante ans de forages pour une impasse
  2. Un dossier clos dans la douleur judiciaire
  3. Que reste-t-il de Yucca Mountain aujourd’hui ?

Quarante ans de forages pour une impasse

Tout commence en 1982. Le Congrès américain vote le Nuclear Waste Policy Act, qui impose au pays de trouver un site unique pour enterrer définitivement les déchets les plus dangereux issus des centrales nucléaires civiles et des programmes militaires. Neuf sites dans six États sont d’abord passés au crible, puis trois retenus pour des études poussées. En 1987, un amendement législatif tranche le débat en écartant tous les concurrents au profit du seul Nevada, un choix motivé par l’éloignement des grandes villes, l’aridité du climat et une géologie jugée stable.

La montagne elle-même a un intérêt scientifique réel. Yucca Mountain est composée de tuf volcanique, une roche formée de cendres compactées éjectées par des éruptions il y a des millions d’années, et la couche spécifique choisie pour héberger le dépôt se situe environ 280 mètres sous le sommet de la montagne. Une roche dense, peu poreuse, censée limiter la circulation de l’eau et donc la migration de la radioactivité vers les nappes phréatiques. Sur le papier, tout semblait cohérent. Dans les faits, chaque étape a traîné, buté sur des recours, ralenti par des changements d’administration.

Le Department of Energy dépose finalement une demande de licence en 2008 auprès de la Nuclear Regulatory Commission, l’organisme censé autoriser la construction définitive. Deux ans plus tard, coup de théâtre : l’administration Obama retire purement et simplement cette demande. En janvier 2010, le président Obama, le secrétaire Chu et le Department of Energy décident de retirer avec préjudice la demande de licence et de mettre un terme unilatéral au processus imposé par la loi. Le sénateur démocrate du Nevada, Harry Reid, alors chef de la majorité au Sénat, a pesé de tout son poids politique pour obtenir cet arrêt.

Un dossier clos dans la douleur judiciaire

La fermeture ne s’est pas faite en douceur. Plusieurs États, dont Washington et la Caroline du Sud, ont porté plainte pour forcer la reprise du processus, arguant que l’abandon de Yucca Mountain retardait des opérations de décontamination cruciales sur d’autres sites nucléaires. Un panel de trois juges a jugé la plainte prématurée tant que la commission n’avait pas statué définitivement, puis en septembre, la NRC a autorisé l’administration Obama à poursuivre la fermeture du site controversé. Le point final administratif tombe donc en 2011, année où le compteur des dépenses se fige officiellement autour de 15 milliards de dollars.

Ce chiffre ne dit pourtant pas tout de la facture réelle payée par les Américains. Les compagnies nucléaires et leurs clients ont versé plus de 40 milliards de dollars dans le Nuclear Waste Fund via des prélèvements sur les factures d’électricité, un fonds censé financer la construction du dépôt et qui continue d’exister alors que le tunnel dort, vide, sous la montagne. Une partie de cet argent a fini par générer des intérêts, dépensés en frais de justice : le gouvernement fédéral a en effet été condamné à indemniser les compagnies électriques pour les coûts de stockage temporaire qu’elles doivent supporter faute de dépôt final. Ironie du sort, ne pas construire coûte aussi cher que construire.

Que reste-t-il de Yucca Mountain aujourd’hui ?

Le site n’a pas totalement disparu des radars politiques. Sous le premier mandat de Donald Trump, plusieurs budgets présidentiels ont tenté de relancer les crédits nécessaires à la reprise de l’instruction, sans jamais convaincre le Congrès. Un revirement spectaculaire survient en 2020 : le président poste sur les réseaux sociaux un message assurant au Nevada que son administration allait « respecter » sa position, ce qui met fin au projet.

Depuis, l’administration américaine a changé de logiciel. Plutôt que de rouvrir le dossier du Nevada, elle mise désormais sur une approche décentralisée. Washington pousse une nouvelle vision de « campus d’innovation du cycle de vie nucléaire » disséminés dans le pays, qui recycleraient l’essentiel du combustible usé, réduisant le besoin d’une décharge souterraine massive. Une quinzaine d’États étudieraient sérieusement l’implantation de ces sites hybrides, mêlant enrichissement, retraitement et stockage. Le Nevada, de son côté, continue de suivre le dossier avec méfiance : ses élus locaux redoutent qu’une nouvelle formule serve, au fond, à faire revivre discrètement l’ancien projet.

Reste une question que peu de rapports abordent frontalement : que faire des huit kilomètres de galeries déjà creusées si aucun déchet n’y entre jamais ? Certaines études, dont celle du GAO publiée en septembre 2011, ont examiné des usages alternatifs pour le site, de la recherche géothermique aux essais scientifiques souterrains. Pour l’instant, aucune de ces pistes n’a dépassé le stade de l’hypothèse. La montagne reste ce qu’elle a toujours été depuis quinze ans : un tunnel parfaitement creusé, parfaitement inutile, et parfaitement symbolique de l’incapacité américaine à trancher la question de ses déchets nucléaires.

Sources : cbsnews.com | nevadacurrent.com

L'équipe Sciencepost

Rédigé par L'équipe Sciencepost

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