Douze millions d’euros par an, versés sans interruption pendant quinze ans, pour un problème que personne n’a jamais résolu : l’absence de club de football résident au Stade de France. Depuis son inauguration en 1998, la grande enceinte de Saint-Denis n’a jamais accueilli de club professionnel à demeure. Une clause du contrat signé en 1995 obligeait pourtant l’État à compenser financièrement cette vacance auprès du consortium privé chargé de construire et d’exploiter le stade. Résultat : une facture cumulée qui dépasse les 100 millions d’euros, payée par les contribuables pour un équipement dont l’État est pourtant propriétaire.
À retenir
- Pourquoi l’État a-t-il versé automatiquement 12 millions d’euros chaque année pendant 15 ans ?
- Quel pari raté entre deux tours électorales a coûté plus de 100 millions aux contribuables ?
- Comment un contrat de 1995 a transformé l’absence en source de revenus pour les gestionnaires privés ?
Sommaire
- Un pari raté signé entre deux tours de présidentielle
- Cent quatorze millions d’euros de chaise vide
- La fin d’un système jugé illégal
- 2025, la fin d’un système et l’arrivée d’un nouvel exploitant
Un pari raté signé entre deux tours de présidentielle
Signé à la va-vite entre les deux tours de l’élection présidentielle de 1995, le contrat de concession actuel prend fin en juillet 2025 et a fait couler beaucoup d’encre, de frais d’avocats et de deniers publics. Le montage financier confiait la construction, le financement et l’exploitation du stade à un groupement d’entreprises privées, Vinci et Bouygues, pour une durée de trente ans. Le gouvernement français avait fait appel à un groupement d’entreprises privées, Vinci et Bouygues, deux géants du BTP français, établi en 1995, en charge de concevoir, financer, exploiter et maintenir l’infrastructure pendant une durée de 30 ans, soit jusqu’en 2025.
Le problème, c’est que ce modèle reposait sur une hypothèse qui n’a jamais tenu la route. Selon un rapport sénatorial consacré au dossier, ces garanties ont été accordées sur la base d’un modèle d’exploitation « pour partie virtuel » selon la Cour des comptes, reposant en particulier sur l’hypothèse « chimérique » d’établissement ultérieur d’un club résident. : l’État a signé en pariant qu’un grand club parisien viendrait s’installer dans cette enceinte flambant neuve. Le PSG, locataire historique du Parc des Princes, n’a jamais fait le pas. Au lendemain de la coupe du monde, le modèle économique virtuel de l’enceinte s’est rapidement heurté à la réalité d’une absence durable de club résident : compte tenu de la taille de l’enceinte ou de sa localisation, aucun club ne pouvait ni ne voulait rejoindre le Stade de France.
Cent quatorze millions d’euros de chaise vide
La mécanique contractuelle a alors tourné à plein régime, année après année. Conformément au contrat de concession, l’État a donc été redevable, chaque année jusqu’en 2013, d’une indemnité pour absence de club résident, pour un montant cumulé de près de 207 millions d’euros selon certaines évaluations du Sénat, tandis qu’une réponse officielle du ministère des Sports à l’Assemblée nationale avance un chiffre différent : depuis l’ouverture du stade en 1998 et jusqu’à la fin 2012, c’est près de 114 millions d’euros qui auront été versés, toujours après compensation de la redevance. L’écart entre les chiffres s’explique par les méthodes de calcul, mais l’ordre de grandeur reste le même : plusieurs centaines de millions d’euros au total sur toute la durée du contrat, entre indemnité pour absence de club résident et autres compensations.
Cette rente n’était pas un détail comptable. Le rapport sénatorial souligne d’ailleurs que cette indemnité a contribué aux résultats positifs enregistrés par le consortium au cours de « l’âge d’or » de la concession entre 1998 et 2010, représentant 15 % du chiffre d’affaires du gestionnaire. En clair : pendant plus d’une décennie, une part significative des revenus tirés du plus grand stade de France provenait non pas des matchs, des concerts ou de la billetterie, mais d’un chèque automatique signé par l’État pour compenser une chaise vide.
La fin d’un système jugé illégal
Le tournant arrive au début des années 2010. Face à la polémique et à des doutes juridiques sur la légalité de certaines clauses, la ministre des Sports de l’époque décide de couper le robinet. La ministre des sports annonce que l’État allait stopper le versement de l’indemnité de 12 millions d’euros par an à l’exploitant du Stade de France, une indemnité pour absence de club résident mise en place en 1996 avec l’exploitant du stade. Elle ne mâche pas ses mots sur les ondes, jugeant que « c’est beaucoup pour le budget du sport (…) l’État a tenu son engagement contractuel jusqu’à aujourd’hui, mais il est grand temps de revoir ces clauses ».
Un accord est trouvé avec Vinci et Bouygues pour purger les clauses les plus problématiques. L’État n’aura pas à verser d’indemnité pour absence de club résident pendant quatre ans, de la saison sportive 2013-2014 à la saison 2016-2017, ce qui représente une économie annuelle substantielle pour le budget des sports. Ce compromis sécurise surtout la suite du contrat jusqu’à son terme prévu en 2025, mais la facture globale reste, elle, définitivement encaissée par le consortium.
2025, la fin d’un système et l’arrivée d’un nouvel exploitant
Le contrat de 1995 arrivait à échéance cet été, avec une clause de sortie très symbolique : plus aucune indemnité pour absence de club résident ne figurera dans le nouveau montage. Ce dédommagement financier ne sera plus d’actualité pour les futurs propriétaires ou locataires de l’enceinte. Après une procédure d’appel d’offres lancée en 2023, marquée par plusieurs recours juridiques du consortium sortant, c’est finalement le groupe d’événementiel GL Events qui a été désigné attributaire. Après 30 années de gestion par le binôme Vinci et Bouygues, l’enceinte de Saint-Denis sera désormais exploitée par le groupe d’événementiel GL Events Venues, le nouveau contrat de concession ayant été signé le 16 juin 2025 et débutant le 5 août.
Le Stade de France change donc de gestionnaire pour les trente prochaines années, sans club résident à l’horizon mais aussi, cette fois, sans clause pour le regretter. L’histoire retiendra qu’un des symboles sportifs les plus visibles de la France, théâtre de la finale de la Coupe du monde 1998 et de plusieurs finales de Ligue des champions, aura fonctionné pendant un quart de siècle sur un montage financier bâti autour d’un club fantôme. Reste à voir si le nouvel exploitant parviendra, lui, à faire de cette absence durable une force plutôt qu’un point faible budgétaire.
Sources : sportbuzzbusiness.fr | franceinfo.fr


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