Une porte dérobée depuis les appartements privés du président. Un couloir qui ressemble à l’entrée d’une cave de maison bourgeoise. Puis des portes blindées, un escalier, et l’un des lieux les plus protégés de la République. Le PC Jupiter, poste de commandement antiatomique enfoui sous le palais de l’Élysée, n’est pas une légende ou un décor de thriller. C’est une infrastructure opérationnelle, activée chaque semaine, depuis laquelle le président de la République peut ordonner le déclenchement de l’arme nucléaire française.
À retenir
- Un abri antiaérien de 1940 transformé en cerveau nucléaire : comment et pourquoi ?
- 280 m² sans fenêtres décrit comme un « terrier de la peur » : l’intérieur du PC Jupiter
- D’un rituel annuel à une utilisation quasi-hebdomadaire : l’évolution radicale du bunker présidentiel
Sommaire
- Un abri né en 1940, transformé en cerveau de la dissuasion
- 280 m², sans fenêtre, qui ressemblent à un sous-marin
- Le rituel nucléaire de chaque investiture
- Du Covid à l’Ukraine : un usage désormais hebdomadaire
Un abri né en 1940, transformé en cerveau de la dissuasion
À l’origine, le bunker fut construit pour le président Albert Lebrun sous l’aile Est du palais en 1940, durant la drôle de guerre. Un abri antiaérien, rien de plus. La France n’avait pas encore la bombe. L’idée d’un commandement nucléaire depuis ce sous-sol n’existait pas. C’est Valéry Giscard d’Estaing qui va tout changer, avec une motivation assez stupéfiante : construit en 1940, ce bunker de 280 m² a été transformé en poste de commandement stratégique en 1978 par Valéry Giscard d’Estaing, après que l’ancien président eut constaté, non sans inquiétude, que les outils de déclenchement de l’arme nucléaire se trouvaient dans une simple armoire en fer au rez-de-chaussée du palais. Une armoire en fer. Pour le feu nucléaire. Le PC Jupiter naît de ce vertige.
Construit sous la présidence d’Albert Lebrun en 1940, cet abri antiaérien a été réaménagé en 1978 par Valéry Giscard d’Estaing, puis rénové en 2015. Son nom, lui, ne doit rien au hasard : Jupiter, dieu romain de la foudre, maître du tonnerre. Difficile de trouver symbole plus explicite pour un lieu conçu pour survivre à l’apocalypse et la déclencher.
280 m², sans fenêtre, qui ressemblent à un sous-marin
Ce poste de commandement, équipé de moyens de communications et de protection, permet au président de la République et à ses conseillers de gérer les situations de crise et de rester en contact en toutes circonstances avec les autres entités gouvernementales, les centres de commandement militaire et les gouvernements étrangers. Sur le papier, c’est sobre. Dans les faits, le lieu est oppressant.
Ce poste de commandement comprend plusieurs bureaux, dont un pour le président, un autre pour le Premier ministre, un troisième pour le ministre des Armées et une salle de transmission où sont données les instructions nucléaires. Une salle de réunion, où sont organisés les conseils de défense, s’y trouve également. Il dispose de deux petites consoles numériques et de deux grands écrans de télévision au mur. Les murs y sont gris fer, et le sol est décoré par une moquette bleue. Tous ceux qui ont visité le PC Jupiter évoquent des ressemblances avec un sous-marin, décrivant une enfilade de petites pièces, très étroites, sans fenêtres. Valéry Giscard d’Estaing, pourtant son architecte institutionnel, le qualifiait lui-même de « terrier de la peur ».
La protection ne se limite pas au béton. Le bunker fonctionne comme une cage de Faraday : un système qui bloque toute interférence extérieure et rend les discussions absolument ininterceptables. Aucun téléphone portable n’y fonctionne. Tout ce qui se passe en conseil de défense est soumis au secret le plus strict. Tous les documents sont détruits à la fin des réunions. Ce qui se dit là reste là, par construction.
Et s’il fallait fuir ? Un tunnel de 700 m relie l’installation à la Seine. Une issue de secours pensée pour permettre une évacuation discrète, loin des regards, en cas de menace directe sur le palais.
Le rituel nucléaire de chaque investiture
Le PC Jupiter n’est pas uniquement un refuge. C’est aussi le théâtre d’un rituel qui se répète à chaque passation de pouvoir, dans la plus grande discrétion. Lors de chaque investiture présidentielle, le nouvel élu descend dans ce bunker pour la « présentation de la posture » des forces nucléaires. Au-delà de son rôle de salle de réunion sécurisée, le PC Jupiter conserve sa vocation originelle : c’est depuis ce lieu que le président peut ordonner l’activation de la force de dissuasion nucléaire française. Ce cérémonial, parmi les plus solennels de la passation de pouvoir, se déroule en principe en tête-à-tête avec les responsables militaires.
Un épisode resté dans les mémoires illustre la gravité de ce moment. Le président sortant remet un médaillon en or qui contient les codes nucléaires nécessaires à l’activation de la sacoche nucléaire et du PC Jupiter. Lors de la passation avec François Mitterrand, ce dernier glissa le médaillon dans sa poche et l’oublia dedans ; le costume étant parti chez le teinturier dans la soirée, un motard de la police nationale dut le récupérer. La dissuasion nucléaire française, un instant, avait failli partir au pressing.
Le PC Jupiter est par ailleurs relié directement aux forces armées. Il est relié au centre de planification et de conduite des opérations (CPCO) de l’état-major des Armées, situé dans le sud-ouest de la capitale. Et pour les situations où le président ne peut pas rejoindre le bunker, la sacoche nucléaire est une sacoche contenant le dispositif nécessaire à la mise à feu de l’arme nucléaire s’il ne se situe pas à portée du poste de commandement Jupiter. C’est un élément central de la force de dissuasion nucléaire française. La sacoche est constamment portée par un aide de camp et fait partie des secrets les mieux gardés de la République.
Du Covid à l’Ukraine : un usage désormais hebdomadaire
Longtemps, le PC Jupiter ne servait qu’en dernier recours. Sous le général de Gaulle, les conseils de défense se tenaient une ou deux fois par an, réservés aux affaires nucléaires ou de contre-espionnage les plus graves. Sous Emmanuel Macron, le rythme a changé du tout au tout. Ces réunions se sont intensifiées, notamment en raison de la crise du Covid-19. En 2020, pas moins de 40 conseils ont ainsi été organisés. Ces dernières années, des conseils sont organisés presque chaque semaine.
Le PC Jupiter a été mobilisé lors des moments les plus critiques de la présidence Macron : la participation française aux frappes en Syrie en 2018, la gestion de la crise des Gilets jaunes, les innombrables conseils de défense durant la pandémie de Covid-19, puis l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février 2022. Le bunker d’une autre époque est devenu la salle de crise permanente d’un monde qui s’est remis à trembler.
Mais l’espace a ses limites. Le manque de place dans cette pièce de 10 mètres sur 30 a parfois fait remonter le conseil de défense au rez-de-chaussée de l’Élysée. Pour y remédier, depuis 2026, la salle Vega, du nom de code donné au président depuis 2017, a été aménagée au deuxième sous-sol à la place de l’ancienne salle de cinéma créée par Georges Pompidou. Le PC Jupiter reste le poste de commandement opérationnel, tandis que cette nouvelle salle absorbe les grandes réunions de gestion de crise. Deux espaces souterrains, deux fonctions complémentaires, sous le même palais doré que les touristes photographient depuis la rue du Faubourg Saint-Honoré.
Sources : cnews.fr | laminute.info


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