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À partir de janvier 2028, Sony cessera officiellement la production de jeux physiques pour PlayStation, marquant la fin de l’ère du support disque. L’usine de Thalgau, en Autriche, pivotera vers la fabrication de microlentilles optiques. Cette transition stratégique, confirmée par la direction de Sony DADC, s’inscrit dans une dématérialisation croissante du marché vidéoludique mondial.
La reconversion industrielle de l’usine de Thalgau
Le site de Thalgau, en Autriche, constitue le dernier bastion de la production de disques en propriété exclusive de Sony. Selon les déclarations de Dietmar Tanzer, président de Sony DADC, rapportées par ORF Salzberg, l’usine produit actuellement 600 000 disques par jour, dont la moitié est dédiée à PlayStation. Cependant, la production de supports optiques pour jeux vidéo ne représentera plus que 10 % de son volume total d’ici 2028.
Photo: KorbenPour anticiper cette obsolescence, Sony a investi 30 millions d’euros dans la reconversion de ses 300 employés vers la fabrication de microlentilles optiques. Cette technologie, destinée notamment au secteur automobile — comme pour des clignotants projetés sur l’asphalte — marque un changement de cap radical. Une vidéo interne de décembre 2024 montre que le site avait déjà entamé des tests pour cette nouvelle activité.
Photo: Polygon.comLe choix de transformer ce site industriel reflète une réalité économique plus vaste : le coût logistique du stockage, de l’expédition et de la gestion des stocks de disques physiques est devenu un poids financier face à la montée en puissance des plateformes de téléchargement. Sony DADC, qui a longtemps servi de pilier à la distribution physique mondiale, adapte ses capacités de production pour répondre à une demande industrielle où la précision optique remplace le stockage de données sur polycarbonate.
Une transition numérique contestée par la communauté
L’annonce de l’arrêt des disques physiques a provoqué une onde de choc parmi les joueurs. Une consultation menée par la chaîne YouTube Digital Foundry, citée par ixbt.games, a révélé que 86 % des 48 000 participants estiment que les supports physiques restent essentiels. Seulement 14 % des votants ont soutenu l’idée que « le format numérique est l’avenir ».
Cette frustration se traduit par une hausse notable du piratage. Comme l’indique Polygon, les recherches en ligne pour le « jailbreak » de PS5 ont augmenté de 20 % en 24 heures suite à l’annonce. Certains utilisateurs, exprimant leur mécontentement, ont multiplié des commentaires virulents, certains déclarant même :
For more on this story, see Sony arrête la production de jeux physiques et ferme des boutiques numériques.
« Qui ici, après la dernière semaine de Playstation, essaie littéralement de commettre un seppuku ? » a écrit un utilisateur sur une vidéo traitant des options de jailbreak. (Traduit de l’anglais)
Cette réaction épidermique souligne la fracture entre la stratégie des entreprises et les attentes des collectionneurs. Le support physique, au-delà de sa fonction de stockage, est perçu comme une garantie de propriété, permettant la revente, le prêt entre amis et une indépendance vis-à-vis des serveurs de mise à jour ou des catalogues en ligne susceptibles d’être retirés à tout moment.
L’impact sur le marché et la pérennité des jeux
Mat Piscatella, analyste chez Circana, souligne que ce virage était inévitable en raison de la baisse constante des ventes physiques depuis la fin des années 2000. Pour lui, cette décision marque une rupture psychologique plus qu’économique.
Photo: Video Games Chronicle« C’était inévitable que cela arrive un jour », a déclaré Piscatella. Il ajoute que si Microsoft suit une voie similaire avec son projet Helix, Nintendo pourrait rester le seul constructeur à maintenir des supports physiques pour la durée de vie de la Switch 2.
Parallèlement, la fermeture annoncée du PlayStation Store sur PS3 et PS Vita pour juillet 2027, rapportée par Korben, renforce les inquiétudes sur la conservation du patrimoine numérique. Des communautés d’archivistes, comme l’équipe de l’émulateur RPCS3, se mobilisent pour sauvegarder des titres qui risquent de disparaître définitivement. La dépendance aux serveurs de Sony, qui promet un accès « dans un avenir proche » sans garantie ferme, alimente le sentiment chez les joueurs qu’ils ne possèdent plus réellement les jeux qu’ils achètent, mais qu’ils en louent simplement l’accès.
L’histoire du jeu vidéo a été marquée par plusieurs transitions technologiques majeures : le passage de la cartouche au CD-ROM, puis du CD au DVD et au Blu-ray. Chaque étape a été justifiée par une capacité de stockage accrue et une réduction des coûts de production. Toutefois, la transition vers le tout-numérique est la première à remettre en question le concept même de possession matérielle. Alors que les services d’abonnement et les boutiques en ligne deviennent les seuls points d’accès, la pérennité des jeux dépend désormais entièrement de la maintenance des serveurs par les éditeurs. Cette situation place les institutions de préservation culturelle et les passionnés dans une position délicate, où la survie d’un titre dépend de la volonté commerciale de l’entreprise qui le distribue.
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Louis Girard - Tech
Journaliste scientifique, spécialisé en innovation, intelligence artificielle et environnement.


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