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Si Donald Trump invite le MMA à la Maison Blanche, ce n’est pas juste qu’il adore les sports de combat

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International 14/06/2026 08:30 Actualisé le 14/06/2026 09:19

Pour ses 80 ans, le président américain a fait installer un octogone dans les jardins de la Maison Blanche. Une opération très politique.

La cage de MMA installée sur la pelouse de la Maison Blanche pour les combats du 14 juin 2026, jour du 80e anniversaire de Donald Trump.

WIN MCNAMEE / Getty Images via AFP

La cage de MMA installée sur la pelouse de la Maison Blanche pour les combats du 14 juin 2026, jour du 80e anniversaire de Donald Trump.

EN BREF Donald Trump célèbre ses 80 ans en organisant des combats de MMA à la Maison Blanche.
En choisissant ce sport, le président vise les jeunes électeurs masculins qui se sont éloignés de lui depuis sa réélection.
L’événement qui coïncide avec le « flag day » suscite des critiques pour des soupçons de conflits d’intérêts liés à des investissements dans l’UFC.

Pour ses 45 ans en mai 1962, John F. Kennedy a eu droit au très sensuel « Happy birthday Mr. President » chanté par Marilyn Monroe au Madison Square Garden de New York. Ce dimanche 14 juin, Donald Trump fait dans un tout autre style. Pour ses 80 ans, il a choisi d’accueillir sur la pelouse de la Maison Blanche des combats de MMA, ce sport de combat ultra-violent dont il est friand. Un événement dont le coût est évalué à 60 millions de dollars et qui a poussé Emmanuel Macron à décaler « gentiment » le G7 qui s’ouvrira lundi à Evian.

Pourquoi le MMA, un sport confidentiel il y a encore une vingtaine d’années mais qui a connu un essor fulgurant ? Interrogé en mai par le Time Magazine, le président américain a simplement répondu « et bien, j’adore ça ». De fait, sa passion pour les sports de combat ne date pas de son arrivée au pouvoir. Il a d’abord été fan de catch dans les années 1980, autorisant la fédération internationale à louer le Trump Plaza à Atlantic City pour ses combats. En 2007, une célèbre vidéo le montre même en train de se battre avec Vince MacMahon, président de la fédération, dans une « bataille des milliardaires ».

Au début des années 2000, Trump s’est découvert une autre passion : le MMA. À cette époque, 36 États américains l’interdisaient et le sénateur de l’Arizona John McCain faisait mouche en le comparant à un « combat de coqs entre humains ». Mais le puissant patron de l’UFC (la principale organisation de MMA) Dana White s’est lié d’amitié avec Donald Trump, fasciné par la discipline après avoir vu un combat en février 2001. L’homme d’affaires et de télé a, dans la foulée, permis à la fédération d’installer des cages dans son casino Taj Mahal d’Atlantic City, sortant ce sport de la quasi-clandestinité.

Redorer son image

25 ans plus tard, le MMA est devenu ultra populaire, et un octogone surnommé « The Claw » (« la griffe ») a été monté sur la pelouse sud de la Maison Blanche. Une arche métallique recouverte d’un immense drapeau américain cache la résidence présidentielle, et des gradins où sont attendus quelque 4 500 invités ont été installés. Sept combats sont prévus, dont l’un avec le Français Ciryl Gane (à partir de 2 heures lundi, heure française).

Mais cet événement est bien moins apolitique que l’a affirmé Dana White à CNN ? En réalité, le choix du MMA est loin d’être neutre. Pour Frédérique Sandretto, enseignante en civilisation américaine à Sciences Po Paris, il faut même utiliser « trois gilles d’analyse : politique, symbolique, et médiatique. »

Sur le premier point, elle explique que Donald Trump tente, à travers cet événement, de « retrouver une posture politique, de fédérer autour du sport pour regagner en popularité » dans un contexte tendu : la guerre en Iran et les problèmes économiques qui en découlent, la polarisation qui s’accentue, l’opinion publique toujours plus critique… Une analyse corroborée par Jérôme Viala-Godefroy, docteur en civilisation américaine : « Il tente de projeter de la puissance à un moment où il est affaibli. Il va plus parler de cet événement plutôt que de la guerre en Iran ». Le gala, dont l’organisation a été décidée dès sa réélection fin 2024, tombe donc à point nommé.

Un électorat est particulièrement ciblé : les hommes de moins de 30 ans qui ont voté en masse pour Donald Trump en 2024, mais dont le soutien est chute libre. Dana White avait en effet permis à celui qui était encore candidat de capter l’attention de ces jeunes. « Il m’a présenté à des gens dont je n’avais jamais entendu parler, des jeunes. Je veux dire, je me faisais interviewer par des gamins de 20 ans ! (...) Ce sont des jeunes sympas, ils ont une large audience, et tout ça, ça aide », a reconnu Donald Trump dans le Time. Sauf qu’aujourd’hui, seuls un quart des hommes de moins de 29 ans soutiennent encore le président selon un sondage de la Harvard Kennedy School.

Des gladiateurs devant « l’empereur » Trump

Amener le MMA a la Maison Blanche revêt aussi un caractère très symbolique, et les deux spécialistes interrogés par le HuffPost font le parallèle avec les gladiateurs de l’empire romain. « Il veut s’approprier les valeurs que ça diffuse, la masculinité, le côté guerrier combattant, l’esthétique aussi avec ces corps musclés. C’est une manière de s’approprier la capitale comme un empereur, refaire le monde à son image », analyse Jérôme Viala-Godefroy. Il est vrai qu’organiser un tournoi de golf, dont il est pourtant féru, n’aurait pas eu le même effet.

Mais Jérôme Viala-Godefroy rappelle les limites de la comparaison : « Dans une arène romaine il y a du public, or là les personnes seront triées sur le volet. En plus, il veut des militaires sélectionnés sur critères physiques. » Une source a résumé auprès de la presse américaine cette sélection : « pas de gros ». Quant au reste du public, il pourra assister à la fête sur des écrans géants. Environ 85 000 personnes sont attendues.

Enfin, Frédérique Sandretto relève une dimension « médiatique » à cet événement hors norme. En professionnel de la communication, Donald Trump fête ses 80 ans ce 14 juin mais n’a pas oublié qu’il s’agit du « flag day » ou « jour du drapeau » qui commémore l’adoption du drapeau américain en 1777. Le gala de MMA, baptisé « UFC Freedom 250 », est aussi un prétexte pour lancer les festivités entourant les 250 ans des États-Unis le 4 juillet. Le podcasteur et ex-trumpiste Joe Rogan a dénoncé un « coup médiatique ». Trump ne l’a pas contredit dans le Time : « La vie, c’est un peu un coup médiatique, quand on y pense, non ? » Une chose est sûre, pointe Frédérique Sandretto : « Il y a une volonté de s’inscrire dans la postérité, de marquer l’histoire. C’est vraiment pour attirer l’attention. Et ça marche. »

Sans surprise, les critiques sont nombreuses. Une plainte jugeant illégale l’installation de la cage sur un terrain fédéral a été déposée. Des soupçons de conflits d’intérêts entourent également le président. Comme l’a révélé le HuffPost US, il aurait acheté en mars des actions de la société TKO Group Holdings, la maison-mère d’UFC qui organise le tournoi. Ces accusations ont été balayées par la Maison Blanche, qui a dénoncé « les tentatives incessantes des “Fake News” pour fabriquer de toutes pièces des conflits d’intérêts (...). Le président Trump agit uniquement dans l’intérêt supérieur du peuple américain ».

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