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Réjane et Alain se retrouvent chaque mercredi au bowling de La Ferté-Bernard (Sarthe). Entre rires, strikes et habitudes, ils ont trouvé leur antidote à la solitude.
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Par Raphaël Lardeur Publié le 24 mai 2026 à 9h53
Lancer la boule, voir les quilles tomber, attendre la boule, relancer la boule. Voilà le triste résumé d’une partie de bowling, si on la réduisait à ce simple pattern. Ce serait oublier les moments de franche camaraderie, les subtils encouragements et les tapes dans le dos dont Réjane et Alain raffolent tous les mercredis soirs au Bowling club fertois de La Ferté-Bernard.
Ce nouvel épisode du podcast « Les gens du coin » propose un moment d’égarement dans la Sarthe. Un temps suspendu durant lequel seule la position de la main sur ces boules moulées aux doigts experts de nos seniors compte vraiment. Au-delà de l’apparente légèreté, le duo lutte sans le savoir face à un mal insidieux : la solitude.
« Il y a de plus en plus de femmes. »
2,5 millions de personnes âgées disent se sentir seules au quotidien ou presque. Ce chiffre effrayant, Réjane et Alain s’en moquent. « Le mercredi soir, c’est sacré », assène Réjane, tel un mantra. Au club, à la tombée de la nuit, ils débarquent comme des vedettes du lycée. Les boules dans le sac pèsent entre trois et six kilos. Réjane porte la sienne, à l’aise. « Ça fait partie de l’échauffement. » Alain éclate de rire.
Une fois à l’intérieur de l’antre des quilleuses et des quilleurs, le couple se fait accueillir par des railleries. « Alors Réjane, tu as encore ramené les paparazzis ? », « Tu ne te déplaces jamais sans un journaliste ? » Un mois plus tôt, le 12 avril très exactement, le club s’était transformé en salle des fêtes pour les 80 ans de Réjane. Notre journaliste de l’Action l’Écho, Valentin Mauduit, s’était déplacé pour l’occasion.

Bouquet de fleurs, gâteaux, champagnes et discours : « Il fallait rendre un bel hommage à celle que l’on appelle tous Maman », explique Franck Latruffe, le fantasque président du club. « Sans cette activité, on finirait devant la télé », proclame Réjane. Trêve de plaisanterie, le bowling, c’est sérieux. Il faut enfiler les chaussures, nettoyer les boules, s’étirer, envoyer quelques balles de chauffe. Puis, ça part.
Bowling mon amour
Observer une femme de 80 ans lancer à 10 km/h une boule aussi lourde qu’un chat obèse, ça impressionne. « Réjane sait profiter des beaux moments de la vie, glisse Alain, les yeux mouillés, ému. En fait, nous sommes très proches. » Au fond, qu’importent les strikes et autres spares, ce qui compte vraiment, c’est la convivialité. « C’est un moment de joie, puis depuis quelque temps, il y a de plus en plus de femmes », s’étonne Réjane, les yeux rivés sur le tableau suranné des scores.
J'oublie tous les aléas de la vie.

Le couple a découvert le bowling dans ses vies antérieures. C’était dans les années 1970, à Paris pour Réjane et à Londres pour Alain. Valéry-Giscard d’Estaing instaurait le divorce par consentement mutuel, le téléphone de Claude François pleurait à tue-tête sur RTL et les Français se pressaient dans les campings du territoire en Peugeot 204. Il aura fallu attendre 2013, plus de cinquante ans, et l’heureux hasard de la vie pour que les époux retrouvent les joies du parquet brun. Le directeur de l’association saint-maixentaise des aînés et des retraités souhaitait une activité simple et ludique pour remplacer la danse country. « En fait, sans cette association, on finirait devant la télé. »
Disponible gratuitement sur toutes les plateformes
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