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Bernard Brault a commencé à photographier René Lévesque en 1977. Il travaillait alors pour Le Courrier du Sud de Longueuil, un hebdomadaire régional qui suivait de près les activités de son député et premier ministre. « Je suis né à Longueuil. Je travaillais alors comme pigiste pour le journal local, avant de continuer avec United Press Canada, puis La Presse. Lévesque venait dans son comté de Taillon pratiquement chaque semaine. Je le photographiais dans toutes sortes de circonstances. J’ai fini par connaître ses gardes du corps tellement j’étais habitué à les croiser. »
De cette décennie passée dans le sillage de l’homme politique est née une sélection de photographies présentée à la bibliothèque Georges-Dor, à Longueuil. L’entrée est gratuite. « J’ai sélectionné 23 photos. La majorité est en noir et blanc. Il y en a une grande, en couleur, où il tient son fameux discours, le soir du référendum de 1980. »
Dans les années 1970, Bernard Brault photographiait aussi, comme pigiste, pour le compte du Parti québécois. « J’avais même ma carte signée du parti ! Je vais la mettre parmi les artefacts qui accompagnent l’exposition. » Aujourd’hui, admet-il, ce lien direct avec un parti ne serait plus toléré pour un photojournaliste.
« À cette époque, Le Courrier du Sud était très indépendantiste. On suivait systématiquement René Lévesque, chaque fois qu’il revenait dans son comté. Souvent, c’était le lundi. »
René Lévesque occupe une place particulière dans sa carrière, dit Bernard Brault en entrevue. « C’est moi qui ai eu l’idée de cette exposition. Je me suis rendu compte que j’avais photographié Lévesque longtemps et que ça valait la peine d’être montré. » Deux jours avant le décès de René Lévesque, en novembre 1987, Bernard Brault était encore derrière son objectif pour le photographier.
Attaché au journal La Presse de 1984 à sa retraite, le nom de Bernard Brault rime d’ordinaire avec les grands rendez-vous sportifs. Pendant près d’un demi-siècle, il a couvert les jeux olympiques, le hockey, la Formule 1 et une foule d’autres compétitions. Son regard lui a valu plus de 200 prix internationaux. « Ce matin, je photographie un tournoi de golf ! Les gens se demandent pourquoi je n’arrête pas. Je n’arrêterai jamais. C’est ma passion. » L’œuvre de Bernard Brault ne se résume pourtant ni aux exploits des athlètes ni à la sueur des stades.
« J’ai fait de tout, comme les photojournalistes. Des spectacles en quantité, notamment. J’ai déjà fait une exposition de mes photos de spectacles. »
Les images de René Lévesque réunies dans cette exposition montrent moins le chef de gouvernement que l’élu dans son comté : en campagne électorale, au travail, dans l’attente d’une conférence de presse ou absorbé par une réflexion. Elles rappellent ce qui fait la force du photojournalisme : saisir, dans la fraction de seconde, un geste, un regard ou une expression qui disent parfois autant qu’un long discours.


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