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Des partis d’opposition à l’Assemblée nationale dénoncent que Québec ait investi près de 56 millions de dollars dans la formation à distance d’adultes en quête de leur diplôme d’études secondaires ayant recours à la plateforme de l’entreprise privée ChallengeU, dont le bilan est critiqué. Le Parti libéral du Québec va jusqu’à réclamer la mise sur pause du financement lié à l’utilisation de cette plateforme par des milliers d’élèves.
« C’est fâchant au niveau de l’usage responsable des fonds publics, c’est sûr, mais ça l’est aussi au niveau de la réussite scolaire, puisqu’on a des adultes qui entreprennent ce parcours-là, puis qui ont certaines attentes par rapport à un outil », dont le recours leur est offert gratuitement grâce au financement de l’État, a souligné la porte-parole de l’opposition officielle en matière d’éducation, Madwa-Nika Cadet, en entrevue au Devoir lundi matin.
Or, cette plateforme ne remplit pas adéquatement sa mission d’offrir aux élèves qui y ont recours « un tremplin vers la réussite », a-t-elle déploré. « On les laisse tomber. »
L’élue libérale réagissait à une enquête parue dans Le Devoir qui détaille le recours à la plateforme d’enseignement à distance de l’entreprise ChallengeU par cinq centres de services scolaires (CSS) depuis 2017. Ceux-ci ont remis près de 56 millions à l’entreprise au fil des années. Or, si le nombre d’inscrits à la plateforme est élevé, la majorité de ces élèves abandonnent leur cours avant de se rendre aux épreuves ministérielles, tandis que beaucoup d’autres sont inactifs sur la plateforme. Les taux de réussite relevés s’en trouvent ainsi très faibles, une situation dénoncée par plusieurs experts et par une association de directions d’école, qui associent cette situation au manque d’accompagnement offert aux élèves ayant recours à cette plateforme.
« Les révélations du Devoir au sujet de ChallengeU nous laissent perplexes. Les CSS ne peuvent pas simplement regarder des résultats décevants et des abandons, puis laisser aveuglément la situation continuer au détriment de la réussite de milliers d’étudiants », a réagi, dans une déclaration écrite, le porte-parole péquiste en matière d’éducation, Pascal Bérubé.
« Sept ans plus tard, on est à la même place »
Le gouvernement du Québec s’était pourtant engagé, dès 2019, à demander des comptes à ChallengeU et à ses CSS partenaires afin d’améliorer les résultats liés à l’utilisation de cette plateforme par compléter leurs études secondaires en ligne.
Or, « sept ans plus tard, on est à la même place. Il n’y a pas plus de résultats », a lancé Madwa-Nika Cadet, selon qui « la CAQ n’a pas fait son travail » dans ce dossier.
L’élue libérale estime, dans ce contexte, que le gouvernement devrait mettre sur pause le financement qu’il accorde, via cinq CSS, à ChallengeU, le temps de déterminer le meilleur modèle à emprunter en matière d’enseignement à distance dans le réseau scolaire québécois.
« Je pense qu’à ce stade-ci, ça peut être judicieux pour le gouvernement du Québec de mettre sur pause le financement de cette entreprise-là, le temps de revoir le modèle et d’ajuster le tir », a-t-elle déclaré.
« Les CSS concernés doivent analyser au plus vite si l’offre de service répond vraiment aux besoins des utilisateurs, car il semble que la formule proposée ne convienne pas du tout », a pour sa part indiqué M. Bérubé. Ces organisations « doivent prendre les décisions qui s’imposent quant à leur utilisation de la plateforme et la prestation de service de ChallengeU », les élèves ayant recours à la plateforme de cette entreprise étant en droit de recevoir un encadrement de qualité, « pas d’attendre des semaines pour un retour d’un enseignant », a-t-il poursuivi.
Madwa-Nika Cadet juge pour sa part intéressant le modèle pris par les écoles francophones ontariennes, qui offrent depuis des années un apprentissage en ligne uniforme à leurs élèves, avec un taux de réussite global de 97 % aux cours de jour ainsi suivis.
« La CAQ a de la difficulté à comprendre une chose : plus de privé en éducation, ce n’est pas la solution. La solution, c’est de miser sur l’expertise du réseau public, de centraliser les outils de formation à distance dans les centres de services scolaires, et de s’assurer que chaque élève adulte ait accès au même service de qualité, peu importe sa région », a pour sa part réagi par écrit le député solidaire Sol Zanetti.


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