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Brandy Cooney et Becky Hamber ont été condamnées à la prison à vie sans droit de libération conditionnelle pour le meurtre prémédité de l’aîné des deux garçons qu’elles souhaitaient adopter. Elles ont été reconnues coupables sur toute la ligne au terme d’un procès qui a exposé des années de maltraitance dans leur foyer.
L’aîné des garçons est mort en 2022, à l’âge de 12 ans. Son jeune frère, de 10 ans à l’époque, avait survécu aux sévices de leurs mères adoptives.
Outre le meurtre, le juge a également reconnu les deux femmes responsables, chacune, de voies de fait avec une arme, de confinement forcé et de manquement au devoir de fournir les premières nécessités au survivant.
L’identité des deux garçons autochtones est protégée en vertu d’une ordonnance des tribunaux. La cause exacte du décès n’a jamais été établie avec certitude, mais l’autopsie a révélé qu’il était mort d’un arrêt cardiaque.

Les deux victimes du couple Cooney-Hamber ont vécu chez les deux femmes à Burlington de 2017 à 2022. (Photo d’archives)
Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario
La victime avait été retrouvée en état d’hypothermie sur le sol de sa chambre ; sa taille correspondait davantage à celle d’un enfant de six ans.
Dans ce long procès, la Couronne soutenait que le couple avait maltraité, séquestré, torturé et affamé les deux garçons à leur domicile de Burlington.
La Couronne avait précisé qu’il utilisait la nourriture comme moyen de les punir, voire de les humilier, pour leurs comportements prétendument turbulents.
Un jugement-fleuve de 286 pages
Le juge Clayton Conlan, de la Cour supérieure de l’Ontario, explique qu’il n’a pas du tout cru aux témoignages des deux femmes à la barre des témoins durant les audiences.
Leurs déclarations étaient contradictoires, incohérentes et souvent dépourvues de gros bon sens, déclare-t-il en affirmant que les deux accusées n’étaient pas crédibles.
Cette cour ne sera jamais convaincue qu’un parent ayant perdu un enfant des suites d’un trouble alimentaire, comme le disaient les accusées, choisirait de passer son temps à faire son deuil d’une mort aussi insupportable en recherchant sur Internet des termes relatifs aux homicides ou sur les façons d’effacer des vidéos de caméra de surveillance, écrit-il.

La victime de 12 ans, photographiée lors d’un séjour dans un centre de psychiatrie en 2019, alors qu’elle avait 8 ans. Radio-Canada a flouté son visage pour protéger son identité. (Photo d’archives)
Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario
Le magistrat explique qu’un parent qui choisirait d’agir de la sorte, comme les deux femmes l’avaient fait en 2022, aurait de bonnes raisons de s’inquiéter de ce qu’est un homicide et de se débarrasser d’images compromettantes qui pourraient confirmer la possibilité d’un meurtre.
Il s’interroge d’ailleurs au sujet des comportements turbulents allégués des deux enfants, puisque les accusées auraient montré de telles images à la protection juvénile si cela avait été le cas.
Je constate que les qualificatifs odieux qu’elles utilisaient pour désigner leurs enfants montrent qu’elles les haïssaient. Elles leur en voulaient profondément d’être entrés dans leur vie et de ne pas avoir été à la hauteur de leurs attentes, mentionne-t-il.
Le juge affirme que le témoignage de l’enfant survivant au procès est, au contraire, vraisemblable, pertinent, précis et crédible, malgré des imperfections qui s’expliquent par son jeune âge.

La victime, un garçon de 12 ans (à gauche), est décédée en décembre 2022. On la voit à gauche avec son jeune frère sur une photo que la Couronne a présentée au procès des deux accusées. Radio-Canada a flouté leurs visages en vertu d’une ordonnance de non-publication. (Photo d’archives)
Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario
En outre, il souligne que les actions, ou l’inaction, reprochées aux travailleurs sociaux n’ont absolument rien à voir dans ce procès, pas plus que les agissements des médecins traitants de la victime.
Les Drs Duncan et Dhaliwal, qui comptaient sur la coopération et la franchise des accusées, lesquelles ne leur ont pas été accordées, ont peu de rapport avec l’une ou l’autre des questions à évaluer, dit-il en réfutant toute suggestion selon laquelle l’un ou l’autre aurait causé le décès de l’aîné ou y aurait contribué.
La conclusion la plus importante est qu’il est décédé alors qu’il était très mal nourri, en ce sens qu’il avait subi un apport calorique chroniquement insuffisant et inexpliqué par une quelconque affection, dit-il en rappelant que ce sont les accusées qui contrôlaient les repas des enfants.
Elles l’ont tué en ne lui fournissant pas les nécessités de la vie, une nourriture adéquate et les soins médicaux nécessaires, conclut-il.
Les parties devront se revoir le 15 mai pour fixer la date de l’audience sur la détermination de la peine, question d’entendre les déclarations d’impact des proches des victimes.
Brandy Cooney et Becky Hamber sont toutefois d’ores et déjà condamnées à la perpétuité sans droit de libération conditionnelle avant 25 ans.
Position des procureures
La Couronne était visiblement satisfaite à la sortie du tribunal. La procureure Monica MacKenzie a rappelé que ce procès avait eu un profond impact sur la communauté.
À la suite de circonstances tragiques, un enfant est mort et un autre a souffert d’une maltraitance significative durant de nombreuses années, rappelle-t-elle.
Aucune décision judiciaire ne pourra réparer à jamais les dommages qui ont été infligés au survivant, même si ce verdict revêt certaines mesures d’imputabilité, conclut-elle.

La procureure Monica MacKenzie s’adresse à la presse à l'extérieur du tribunal de Milton, le 5 mai 2026, à l'issue du verdict de culpabilité prononcé contre Becky Hamber et Brandy Cooney.
Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui
La Couronne avait expliqué lors du procès qu’il n’existait aucune preuve que les enfants souffraient de troubles alimentaires.
Elle avançait que l’aîné était mort d’hypothermie et d’un arrêt cardiaque causés par une malnutrition sévère, parce qu’il a été affamé sur une longue période, même s’il avait mangé le soir de sa mort.
La Couronne avait dit que les vidéos récupérées sur les téléphones ou les ordinateurs des accusées montraient que les enfants avaient toujours faim.
Elle avait souligné que les déclarations de l’enfant survivant avaient d’ailleurs permis de corroborer les vidéos et les messages textes des deux accusées, ainsi que les témoignages des travailleurs sociaux.

Une combinaison de plongée a été retrouvée dans la chambre de la victime de 12 ans après son transfert à l’hôpital de Burlington le soir du 21 décembre 2022. (Photo d’archives)
Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario
Le couple de femmes avait recours au confinement forcé des enfants, aux exercices physiques obligatoires et à l’usage de combinaisons de plongée pour les empêcher de faire leurs besoins dans leur chambre ou encore pour contrôler leurs sorties à la toilette.
L’utilisation d’attaches en plastique aux pieds pour empêcher les enfants de retirer leur combinaison était une forme de contrôle et de torture.
La Couronne avait mentionné que les deux femmes avaient fait des recherches sur Google pour savoir comment réchauffer un enfant souffrant d’hypothermie à l’aide d’une chaufferette d’appoint ou d’un bain chaud.
Les meurtrières savaient que l’aîné était mourant et elles ont compris qu’elles iraient en prison si elles n’arrivaient pas à le réanimer. Elles avaient d’ailleurs fait d’autres recherches sur la notion d’homicide.
Défense de Brandy Cooney
La défense de Brandy Cooney affirmait que sa cliente avait tout fait pour protéger les enfants contre eux-mêmes, parce qu’ils s’adonnaient à l’automutilation et à la destruction de biens matériels.
Les garçons étaient, selon elle, agressifs, menaçants et violents. La défense soutenait que la protection juvénile avait caché au couple l’étendue de leurs problèmes avant leur adoption.
La défense accusait la Société d’aide à l’enfance de Halton (SAEH) d’avoir failli à sa tâche de garantir le bien-être des garçons et d’assurer un suivi au sujet de leur adaptation.
Elle avait rappelé que la Société d’aide à l’enfance d’Ottawa, qui avait placé les enfants dans la région de Halton en 2017, n’avait rien fait malgré des signaux d’alerte provenant de leur premier foyer d’accueil.

La chambre du cadet des deux garçons que les accusées avaient adoptés en 2017. L’enfant dormait sur son lit, mais dans une tente munie d'une fermeture pour l’empêcher de sortir la nuit et de faire pipi au lit. (Photo d’archives)
Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario
La défense avait expliqué que les deux femmes s’étaient assurées de garder les enfants en sécurité dans leur chambre respective en attendant de recevoir de l’aide.
Les exercices obligatoires avaient pour but de les calmer, de structurer leur vie quotidienne et de les habituer à une routine.
L’avocate de Brandy Cooney, Kim Edwards, n’a pas parlé à la presse à l’ajournement de l’audience.
Défense de Becky Hamber
L’avocat de Becky Hamber, Monte MacGregor, affirme que sa cliente est très déçue du verdict et qu’elle clame toujours son innocence. Elle les aimait et elle s’était promis de veiller à leur sécurité et à leur bien-être, dit-il.
Me MacGregor ajoute qu’il compte étudier le jugement en profondeur pour voir si un appel est possible sur la foi d’erreurs de droit.
Il semble que le juge n’ait cru aucune des preuves que nous lui avions présentées, poursuit-il.
L’avocat dit souhaiter que ce verdict permette au survivant de tourner la page et de trouver du réconfort dans sa nouvelle famille. Personne ne peut rester insensible devant un tel drame, ajoute-t-il.

Les avocats de Becky Hamber, Nabeel Sheiban, à gauche, et Monte MacGregor s’adressent à leur tour à la presse devant le palais de justice de l’Ontario.
Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui
L’avocat en a profité pour décocher des flèches à l’endroit de la protection juvénile et des médecins de la victime.
Le gouvernement devrait expliquer les raisons pour lesquelles le système a failli à sa tâche, déclare-t-il. Comment expliquer un tel manque de surveillance de la part des responsables de la santé, de l’éducation et de la protection juvénile?
La défense de Becky Hamber avait insisté sur l’absence de preuves médico-légales, expliquant que les médecins légistes n’avaient aucune expertise en matière de troubles alimentaires.
Rien ne prouvait selon elle qu’il y ait eu meurtre et que l’aîné ait été privé de nourriture de façon délibérée.

De gauche à droite, Brandy Cooney, la victime de 12 ans, Becky Hamber et le survivant des enfants. Radio-Canada a flouté les visages des deux enfants autochtones pour protéger leur identité. (Photo d’archives)
Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario
La défense avait laissé entendre qu’un déséquilibre d’électrolytes dans le sang de la victime avait plutôt provoqué l’arrêt cardiaque.
Le procès avait montré que les électrolytes sont des minéraux chargés électriquement qui sont essentiels pour la contraction musculaire, y compris celle du muscle cardiaque.
Selon la défense, ce déséquilibre d’électrolytes a été causé par une malnutrition sévère qui n’avait toutefois rien à voir avec la façon dont les enfants étaient nourris.
Brève réaction du gouvernement
Heather Walsh, qui avait accepté les deux enfants dans son foyer d’accueil en attendant qu’un processus d’adoption soit entrepris par les meurtrières, se dit reconnaissante à l’endroit du juge.
Elle a rappelé que les garçons étaient intelligents, drôles et affectueux et que la victime aurait particulièrement aimé la décision du juge, parce qu’il était épris de justice.
Personne ne devrait traverser une telle horrible épreuve dans la vie, déclare-t-elle en affirmant que la protection juvénile a failli à ses devoirs à l’endroit des deux victimes et des communautés autochtones.

Heather Walsh, l’ancienne mère d’accueil des deux victimes (au centre) s’adresse aux journalistes, entourée de ses amis, devant le palais de justice de Milton.
Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui
Mme Walsh affirme qu’elle ne connaît pas le fond de l’affaire, puisqu’elle n’a pas eu le droit d’assister au procès en tant que témoin à charge, mais elle demande une enquête publique pour comprendre ce qui s’est passé.
La pandémie de COVID-19 a créé un parfait concours de circonstances pour que ces enfants échappent à la vigilance de notre société, mais ce n’est pas une excuse pour expliquer les ratés du système, conclut-elle.
Elle a toutefois émis des réserves sur la possibilité de changer le système après l’échec en 2013 de l’enquête du coroner sur la mort du petit Jeffrey Baldwin sept ans plus tôt.
Dans une mêlée de presse, le ministre responsable, Michael Parsa, s’est abstenu de tout commentaire puisque la cause est dans sa phase d’appel.
Il affirme néanmoins que son gouvernement travaille à tous les niveaux pour améliorer le bien-être des enfants de l’Ontario et qu’il attend un rapport d’ici l’été sur la révision des sociétés d’aide à l’enfance de la province.


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