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Bombées, charnues, généreuses… Chez les femmes, la mode est aux fesses rondes et plantureuses. Cela n'a pas échappé à Erell Hannah, autrice de bande dessinée et essayiste féministe. Cet automne, elle a cosigné avec l'illustrateur Fred Cham Derrière – Une étonnante histoire de fesses (éditions JC Lattès), un essai illustré qui décortique la dimension symbolique des fesses à travers le temps et la manière dont elles sont devenues l'objet de nouveaux diktats.
Pour Erell Hannah, le fait que des fesses plantureuses soient aujourd'hui considérées comme un attribut féminin de premier plan révèle bien la manière dont le corps des femmes ne cesse de faire l'objet de nouvelles injonctions au fil des époques.
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À l'origine, les fesses n'intéressaient pas grand monde
Aujourd'hui, les fesses des femmes sont scrutées, travaillées à la salle de sport ou par le biais de la chirurgie esthétique. Elles sont aussi largement sexualisées par la publicité et dans la culture populaire. Pourtant, jusqu'au XVIIe siècle, personne ne se souciait vraiment de cette partie du corps.
«Il semble qu'en Europe, pendant plusieurs siècles, on accordait peu d'importance esthétique aux fesses, indique Erell Hannah. Les travaux de l'historien Georges Vigarello démontrent que le bas du corps était, pendant plusieurs siècles, décrit comme une zone sans intérêt esthétique, qui servait de piédestal au buste. Les choses ont évolué au XIXe siècle, ce qui correspond au moment où les grands miroirs se sont démocratisés.»
Si dans un premier temps, les miroirs étaient des objets rares, réservés à une élite, l'apparition des armoires à glace dans les foyers a changé la donne, offrant au plus grand nombre la possibilité jusqu'alors inédite de se voir en entier.
Cette évolution transparaît dans la littérature de l'époque, où les parties basses du corps féminin commencent à être décrites. C'est notamment le cas dans le roman Nana d'Émile Zola, en 1881, qui s'attarde sur la forme des cuisses et des fesses de son héroïne éponyme, ou plus tard, en 1919, dans l'œuvre de Proust À l'ombre des jeunes filles en fleurs.
Le regard sur les fesses évolue
À cette époque, les représentations de postérieurs se multiplient dans l'espace public car, concomitamment à l'arrivée des miroirs dans les foyers, les vêtements que portent les femmes raccourcissent. On découvre également les bains de mer et les loisirs de plage. C'est aussi à la moitié du XIXe siècle que les music-halls font leur apparition, mettant en scène des corps féminins dénudés et érotisés.
Au tournant du XXe siècle, la presse, le cinéma et l'industrie publicitaire explosent. Les images de corps de femmes à la taille de guêpe, répondant aux nouveaux diktats esthétiques prônant la minceur, deviennent monnaie courante dans les représentations populaires.
«Au XXe siècle, on s'est mis à traquer de plus en plus le gras et à le dévaloriser sur les corps féminins, précise Erell Hannah. C'est ainsi qu'on a commencé à notamment pathologiser la cellulite, qui n'avait jusqu'alors jamais été considérée comme anormale ou disgracieuse. Les industriels et les éditeurs, réalisant combien complexer les femmes pouvait être un business juteux, ont largement participé à cette pathologisation.»
En parallèle, la société, encore profondément imprégnée d'imaginaires coloniaux attribue exclusivement «les grosses fesses» aux femmes noires, comme l'explique Janell Hobson, professeure états-unienne spécialisée en études de genre, dans Venus in the dark: blackness and beauty in popular culture, publié en 2005. D'après la chercheuse, on a longtemps opposé le corps des femmes non blanches, à la fois objet de sexualisation, de fascination et de rejet, à celui des femmes blanches, considéré comme respectable et normatif.
Une fin de siècle qui prône le culte de la minceur
Au fil des décennies suivantes, les fesses restent un attribut secondaire, les seins semblant catalyser le potentiel érotique des femmes. Il n'y a qu'à penser aux sex-symbols de la seconde moitié du XXe siècle, Marilyn Monroe, Sofia Loren, Elizabeth Taylor ou encore Brigitte Bardot, dont on admirait particulièrement la taille de guêpe et le décolleté généreux.
Dans les années 1980, l'idéal féminin se mue en un corps de plus en plus mince, élancé, sportif, la minceur devenant un canon de réussite sociale, comme le décrit le sociologue Yves Travaillot dans Sociologie des pratiques d'entretien du corps.
À ce titre, Erell Hannah note que «dans les années 1990, les femmes considérées comme les plus sexy étaient Kate Moss, Victoria Beckham ou encore Britney Spears. Elles étaient très minces et arboraient un petit fessier. C'est une époque où la priorité était d'être menue et de ne surtout pas avoir de grosses fesses.»
L'avènement des formes plantureuses et l'essor de nouveaux complexes
Dans les années 2010, Kim Kardashian, suivie par des millions de personnes sur les réseaux sociaux, mais également des célébrités comme Beyoncé ou encore Nicki Minaj popularisent un nouvel idéal corporel «curvy», centré sur des courbes beaucoup plus marquées: hanches larges, fesses volumineuses et taille fine. Ces formes, présentées comme naturelles, sont censées être plus représentatives de la diversité des corps existants et revendiquées comme une reprise de pouvoir sur les représentations du corps féminin.
Sauf que ces nouvelles normes contribuent à la marchandisation et l'hypersexualisation du corps des femmes, quand elles ne la renforcent pas. Aujourd'hui, en dépit de tendances prônant le body positive ou la diversité des corps, ces codes esthétiques qui valorisent les fesses généreuses mais fermes, dépourvues de gras et accompagnées d'une taille très fine sont rarement réalistes…
Il faut dire que souvent, ces corps sont savamment construits par les célébrités au moyen de retouches, mises en scène ou coups de bistouri. En réaction, les femmes ont à leur tour recours à diverses techniques (chirurgie, filtres, maquillages, etc.) pour transformer leur corps à l'image du canon de désirabilité actuel qui nécessite discipline et artifices.
Pour Erell Hannah, l'attention portée à l'apparence des femmes et en particulier à leurs fesses est un puissant révélateur de la persistance des inégalités de genre dans la société: «On va dans la bonne direction à de nombreux niveaux, mais concernant les diktats qui entourent les corps des femmes, force est de constater qu'ils ne faiblissent pas. Les théories des philosophes états-uniennes Susan Bordo et Sandra Bartky sont très éclairantes sur le sujet: elles ont remarqué que dès que les femmes gagnent en liberté et en droits sur certains aspects, elles se voient imposer par ailleurs des normes esthétiques de plus en plus contraignantes.»





























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