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Pillier de la bande dessinée, Hermann est décédé à 88 ans : "Son art est à son image : appliqué, passionné, et imposant"

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Un géant de la BD s'en est allé. Hermann, de son vrai nom Hermann Huppen, a marqué le neuvième art avec des séries comme Bernard Prince, Comanche, Jugurtha, Les tours de Bois-Maury ou Jeremiah. Son style réaliste à la Giraud, son ton caustique et la richesse des détails qu'il glissait dans chaque case lui avaient valu de recevoir le Grand Prix du Festival d'Angoulême en 2016. Il avait 88 ans.

Hermann caricaturé par Boucq.Hermann caricaturé par Boucq. ©Le Lombard
L'auteur "content" qui ne voulait pas le Grand Prix

Voici le communiqué publié par les éditions du Lombard.

Il est né le 17 juillet 1938 à Bévercé, dans la province de Liège, non loin de la frontière allemande. Après un apprentissage en ébénisterie, il travaille dans un cabinet d'architecte, avant de se lancer dans la bande dessinée au milieu des années 1960. Un univers qu'il découvre par l'intermédiaire de son beau-frère Philippe Vandooren, romancier et futur rédacteur en chef du journal Spirou. En 1965, Hermann y publie ses premières planches de bande dessinée, un récit court de la collection des Belles histoires de l'oncle Paul. Dès l'année suivante, et avant de travailler sur Jugurtha, il entame une fructueuse collaboration avec un scénariste alors en pleine ascension : Michel Greg. "J'ai véritablement appris mon métier auprès de Greg", disait Hermann. Ensemble, ils créent deux séries majeures, qui sont publiées dans les pages du journal Tintin, avant de paraître en albums aux éditions du Lombard.

Le créateur de Bernard Prince

La première, Bernard Prince, évoque les aventures d'un ancien policier d'Interpol devenu baroudeur, qui parcourt le monde à bord de son navire, le Cormoran. Jusqu'en 1980, Hermann illustre 14 albums de la saga, puis cède sa place à Dany et Aidans, avant de signer son retour pour un ultime épisode scénarisé par Yves H. et sorti en 2010. Dans la foulée de Bernard Prince, Greg et Hermann lancent également Comanche, en 1969. Un western remarqué pour son réalisme et sa nervosité, qui a aussi pour particularité sa protagoniste féminine, dans un genre et un registre habituellement réservés aux héros masculins. Le dessinateur signe pas moins de dix albums de Comanche, avant que Michel Rouge ne prenne le relais. Ces deux séries proposent une approche plus réaliste et surtout plus adulte de la bande dessinée, à une époque où celle-ci est encore essentiellement destinée aux jeunes lecteurs. Elles n'hésitent pas à aborder frontalement la question de la violence. Hermann s'inscrit alors dans la lignée d'auteurs tels que William Vance, Franz, ou Dany.

Hermann, traits pour traits

Jeremiah, un incontournable de la BD

Après une décennie passée aux côtés de Greg, Hermann souhaite voler de ses propres ailes. Un rêve qu'il concrétise en créant Jeremiah en 1977, qui apparaît pour la première fois dans le magazine de bande dessinée allemand Zack, des éditions Koralle. Reprise par Dupuis en 1988, la série s'est imposée au fil des années comme un incontournable de la bande dessinée de science-fiction post-apocalyptique. Les pérégrinations de Jeremiah et Kurdy dans les ruines d'une Amérique pulvérisée en disent long sur le regard désenchanté que porte Hermann sur cette humanité qui sait tant se complaire dans la violence. Fort de ce troisième grand succès, Hermann scénarise et dessine en solo pas moins de 42 volumes de Jeremiah en près d'un demi-siècle. Le dernier épisode, intitulé Les Larbins, est paru en octobre 2025.

Hermann était un créateur insatiable. Les Tours de Bois-Maury, inaugurée en 1984 aux éditions Glénat, en est l'illustration parfaite. L'auteur cherche à se renouveler, et décide pour cela de changer radicalement d'époque. Il s'aventure pour la première fois au Moyen-Âge, déroulant les épisodes d'une fresque historique ambitieuse qui évoque la quête d'Aymar de Bois-Maury, puis de ses descendants. Hermann publie 15 volumes des Tours de Bois-Maury, étant rejoint au scénario par Yves H. à partir du tome 12.

"Ce métier est une frustration constante"

Pour Hermann, les années 1990 sont ensuite marquées par la publication de ses premiers one-shots, à commencer par Missié Vandisandi et le très émouvant et engagé Sarajevo-Tango, tous deux publiés dans la collection Aire libre des éditions Dupuis. Sarajevo-Tango marque une rupture fondamentale dans l'œuvre d'Hermann, qui a pris goût à la couleur directe, et qui ne va désormais plus que travailler selon ce procédé. Sans pour autant en être pleinement satisfait. "J'ai dessiné avec toutes sortes de techniques. Je n'arrive jamais à conjuguer tous les éléments pour que la page soit telle que je le voudrais", avait-il déclaré à ce sujet. Avant d'ajouter : "Ce métier est une frustration constante, au point que j'ai parfois l'impression de ne rien connaître du tout."

Hermann publie par la suite plusieurs nouveaux récits complets dont Caatinga et Afrika (Le Lombard) et On a tué Wild Bill (Dupuis), avant d'illustrer des scénarios de Jean Van Hamme (Lune de guerre) et surtout de son fils Yves H. À partir de 2000, le duo publie notamment Liens de sang, Manhattan Beach 1957, The Girl from Ipanema, Station 16, et Old Pa Anderson dans la collection Signé des éditions du Lombard. On leur doit aussi Le Passeur dans la collection Aire libre. En 2017, à près de 80 ans, Hermann se lance un dernier grand défi : créer une nouvelle série. Intitulé Duke, ce western est développé sur sept tomes, comme à la grande époque. Hermann et Yves H. proposent encore Brigantus, puis Cartagena, qui paraîtra le 30 avril 2026.

Hermann a publié pas moins de 120 albums tout au long de ses 60 ans de carrière. Il connaît la consécration en 2016, lorsqu'il est élu Grand Prix de la Ville d'Angoulême par ses pairs. Par sa productivité, sa longévité, son succès, et sa capacité à se réinventer, Hermann s'est imposé comme un monument du 9e art. Maître célébré de la couleur directe, gestionnaire hors pair du silence, il se démarque par son approche naturaliste. Ses personnages sont sincères et entiers, ni vraiment bons, ni totalement mauvais. Car l'art d'Hermann est à son image : appliqué, passionné, et imposant.

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