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Ouvrir le capot des mutualités

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La Belgique compte désormais plus de 600 000 malades de longue durée si l'on additionne secteur privé et fonction publique. Le chiffre grimpe année après année, malgré les plans successifs de "retour au travail" lancés depuis le début des années 2020 par Frank Vandenbroucke. Depuis lors, les mesures de ce plan "retour au travail" se durcissent, les discours sur la responsabilisation se multiplient, mais le résultat est là : l'incapacité de travail explose et la facture sociale aussi. Dans ce dossier, chacun a trouvé son coupable idéal. Les mutualités sont accusées de laxisme. La gauche renvoie vers la dégradation des conditions de travail, l'allongement des carrières et la montée des troubles psychiques. Les médecins invoquent la complexité croissante des pathologies. Les employeurs dénoncent un système devenu incontrôlable. Tous ont une part de vérité. Mais tous passent à côté d'un scandale plus profond : la pauvreté des données disponibles pour comprendre réellement ce qui se joue. Depuis des semaines, les révélations se succèdent autour des contrôles de l'Inami. Nombre de malades pourraient reprendre le travail, a priori. Mais les mutualités dénoncent des biais méthodologiques et rappellent qu'on ne peut extrapoler ces chiffres à l'ensemble des malades de longue durée...

Le débat sur les malades de longue durée devient le procès des mutualités

Mais pourquoi en est-on encore à se battre autour d'échantillons partiels et contestés ? Comment un pays confronté à une telle dérive budgétaire peut-il accepter qu'il n'existe toujours pas de base centralisée permettant d'analyser sérieusement les trajectoires des patients, les différences d'évaluation entre organismes, les pratiques des médecins prescripteurs ou les effets réels des politiques publiques ? Le problème n'est plus seulement médical ou budgétaire. Il devient démocratique. Car sans données robustes, le débat public dérive vers la caricature : le "faux malade" d'un côté, le "travailleur broyé" de l'autre. Entre les deux, aucune vision claire. Les mutualités ne peuvent plus se réfugier derrière la seule complexité du système. Elles jouent un rôle central dans l'évaluation et l'indemnisation des incapacités. À ce titre, elles ont aussi un devoir de transparence. Ouvrir le capot n'a rien d'une croisade idéologique contre la sécurité sociale. C'est au contraire une condition de sa survie. Il faut désormais un travail indépendant et scientifiquement solide. Avec des données centralisées, anonymisées lorsque nécessaire, mais accessibles aux autorités publiques, aux chercheurs et aux organes de contrôle. Sans cela, la Belgique continuera à piloter à l'aveugle l'un des plus grands défis sociaux et budgétaires de la décennie.

"Plus de la moitié des malades de longue durée que nous avons examinés sont capables de travailler", indique un rapport contesté par les mutuelles

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