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On pensait les visiteurs garantis par le nom de Lyon et un billet à plus de 10 € : la première année, il en est venu environ un sur trois de ce qui avait été annoncé

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Un sur trois. C’est la proportion de visiteurs réellement venus pousser la porte de la Cité Internationale de la Gastronomie de Lyon lors de sa première année d’existence, comparée aux ambitions affichées au moment de son inauguration. En neuf mois, seulement 45 000 personnes avaient visité le site, ce qui avait fini d’enterrer le projet. Un chiffre à mettre en regard des 150 000 visiteurs espérés pour cette première année pleine, eux-mêmes déjà une version revue à la baisse de l’objectif initial. Le lieu existe toujours, dans un des monuments les plus photographiés de la Presqu’île. Mais il aura vécu, sous sa forme originelle, à peine neuf mois.

À retenir

  • Un projet de 20 millions d’euros parie sur le prestige de Lyon pour attirer 300 000 visiteurs annuels
  • Seulement un tiers des visiteurs attendus se présentent en neuf mois, malgré un billet à 24 euros
  • Scénographie ratée et tarif excessif : les vraies raisons du fiasco selon les spécialistes

Sommaire

  1. Un pari à 300 000 visiteurs par an
  2. Ce que les visiteurs ont réellement trouvé
  3. Un lieu vide, puis remis en jeu

Un pari à 300 000 visiteurs par an

Le projet ne manquait pourtant pas d’ambition. L’objectif affiché était une fréquentation élevée de 300 000 visiteurs par an dans les 3 930 m² que devait compter la Cité. Un chiffre comparé, dans la communication municipale, à la fréquentation du Musée des Beaux-Arts de Lyon. Pour y arriver, la collectivité et ses partenaires n’ont pas lésiné sur les moyens : portée par la ville et la métropole, avec 2 millions d’euros chacune, et par le mécénat à hauteur de 10,5 millions d’euros, la Cité espérait recevoir 300 000 visiteurs par an. Onze mécènes privés, parmi lesquels le Groupe Seb, le Crédit Agricole Centre-Est ou l’Institut Paul Bocuse, ont mis la main au portefeuille pour boucler un budget total qui a fini par atteindre, selon les estimations, autour de 20 millions d’euros.

L’exploitation avait été confiée par appel d’offres au groupe espagnol MagmaCultura, retenu face à des concurrents comme GL Events. Le billet, lui, ne faisait pas dans la demi-mesure : douze euros la visite par personne, avec l’obligation de rajouter douze euros supplémentaires pour la dégustation indispensable pour conclure la visite. Vingt-quatre euros, donc, pour un parcours annoncé sur quatre niveaux et 4 000 m². Le pari reposait sur un postulat simple : le nom de Lyon, capitale autoproclamée de la gastronomie française, suffirait à remplir les salles. Le repas gastronomique des Français venait d’être inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO, l’écrin du Grand Hôtel-Dieu fraîchement rénové ajoutait du prestige. Sur le papier, tout semblait réuni.

Ce que les visiteurs ont réellement trouvé

Inaugurée le 19 octobre 2019, la Cité affiche très vite un décalage entre la promesse et l’expérience vécue. Le chef trois étoiles Régis Marcon, qui avait présidé le comité d’orientation du projet, ne mâchera pas ses mots après la fermeture : « le démarrage ne s’est pas bien passé ; la scénographie était loupée. Il y avait un manque de lisibilité ; l’exposition n’allait pas dans le sens populaire et manquait de ligne directrice, même s’il y avait des choses réussies comme l’espace enfants ». Il ajoutera regretter qu’il n’y ait « pas assez de cuisine, pas assez d’expérience et de communication avec le public », un espace devenu selon lui trop prétentieux et flou.

Le tarif, jugé décalé pour un parcours de cette taille, achève de dissuader une partie du public. La presse économique locale résumera ainsi les causes du fiasco : « la scénographie de la Cité de la Gastronomie, très basique s’est révélée peu enthousiasmante, malgré le cadre extrêmement valorisant du Grand Hôtel-Dieu ». Cinq mois plus tard à peine, la pandémie de Covid-19 vient porter le coup de grâce à un modèle déjà fragilisé. La Cité avait fermé une première fois le 6 juin 2020, faute de visiteurs, et de la pandémie de Covid-19. Le communiqué officiel évoque pudiquement des « lourds impacts engendrés par la crise sanitaire du coronavirus », sans mentionner que la fréquentation décevait déjà avant le premier confinement. MagmaCultura jette l’éponge et réclame, au passage, 1,7 million d’euros au titre de la résiliation de son contrat à la collectivité qui l’avait recruté. Un dénouement coûteux qui s’ajoute à la facture initiale.

Un lieu vide, puis remis en jeu

S’ensuit une longue période où le monument reste fermé au public, propriété d’une collectivité qui ne sait plus vraiment quoi en faire. Il faudra attendre le 21 octobre 2022, soit plus de deux ans, pour voir la Cité rouvrir sous une forme entièrement remaniée par un comité de spécialistes locaux baptisé comité Rabelais, avec cette fois une gestion en régie directe par la Métropole plutôt qu’une délégation de service public. Les ambitions, elles, ont été revues nettement à la baisse : pour cette première saison, la Cité ambitionne de recevoir 100 000 à 150 000 visiteurs, un chiffre bien éloigné des premières ambitions de la CIG et de l’objectif de 250 000 à 300 000 visiteurs annuels annoncé lors de la première ouverture. Même prudence sur les prix : l’entrée est rendue gratuite pendant tout le premier mois pour attirer le public.

Le second acte ne connaîtra pas de raz-de-marée non plus. Entre sa réouverture et mi-décembre 2023, seulement 61 000 visiteurs s’y sont rendus, un rythme là encore très inférieur aux objectifs revus à la baisse. La Métropole finira par resserrer les cordons de la bourse : le budget 2025 retire un million d’euros à la Cité de la gastronomie, dans un contexte de restrictions touchant plusieurs équipements culturels lyonnais. Depuis le premier trimestre 2025, le couperet tombe définitivement pour le grand public : elle n’est plus visitable ni accessible au grand public, désormais réservée aux seules privatisations événementielles.

Ce qui frappe, avec le recul, c’est la vitesse à laquelle un projet vitrine, financé à parts égales par argent public et mécénat privé, a basculé du strict fonctionnement d’exposition permanente vers la location de salles pour séminaires d’entreprise. Le bâtiment, lui, n’a rien perdu de sa superbe : les boiseries classées de l’ancienne pharmacie, la coupole du Dôme des Quatre Rangs et la monumentale cour intérieure continuent d’attirer les passants, gratuitement, sans qu’aucun billet à 12 ou 24 euros ne soit nécessaire pour les admirer. Un paradoxe qui en dit long sur ce qui a réellement fait recette au Grand Hôtel-Dieu : pas le musée payant conçu pour vendre la gastronomie lyonnaise, mais l’architecture qu’on peut encore contempler, elle, gratuitement.

Sources : lyoncapitale.fr | lyon-entreprises.com

L'équipe Sciencepost

Rédigé par L'équipe Sciencepost

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