Un demi-litre de sucre en moins dans le sang. C’est en substance ce que révèle une étude publiée dans la revue scientifique iScience par une équipe de l’université de Houston, au Texas : activer un seul muscle du mollet, sans même se lever de sa chaise, ferait chuter la glycémie de 52 % et les besoins en insuline de 60 % sur trois heures après un repas sucré. De quoi remettre en question l’idée qu’il faut forcément marcher, courir ou transpirer pour stabiliser son taux de sucre dans le sang.
À retenir
- Un minuscule muscle du mollet peut faire ce que 600 muscles combinés ne font que partiellement
- Le résultat surprend même les chercheurs : certains affirment qu’aucun médicament n’en approche l’efficacité
- La technique se pratique assis, discrètement, sans fatigue ni équipement — et elle pourrait changer la vie des diabétiques
Sommaire
- Le soléaire, ce muscle qu’on ignore mais qui travaille dur
- Des chiffres qui dépassent l’effet d’une marche digestive
- Comment reproduire le mouvement chez soi
Le soléaire, ce muscle qu’on ignore mais qui travaille dur
Le protagoniste de cette découverte s’appelle le soléaire. Niché sous le mollet, entre le genou et le talon, il représente à peine 1 % du poids corporel total. Le soléaire, un des 600 muscles du corps humain, est un muscle postérieur de la jambe qui va de juste sous le genou jusqu’au talon. Autant dire un acteur discret, que personne ne pense à muscler en salle de sport.
Pourtant, ce petit muscle cache une particularité biologique rare. Contrairement à la plupart des muscles, qui utilisent des glucides stockés (glycogène) comme carburant, le soléaire utilise un mélange d’autres carburants, dont le glucose et les graisses. Cette moindre dépendance au glycogène est ce qui lui permet de fonctionner pendant des heures sans se fatiguer, comme l’a noté le chercheur Marc Hamilton dans son rapport d’étude. En clair, là où vos biceps ou vos quadriceps s’épuisent en quelques minutes d’effort soutenu, le soléaire peut tourner indéfiniment, à condition d’être sollicité correctement.
C’est cette caractéristique que l’équipe texane a exploitée pour créer une technique baptisée « soleus push-up » (SPU), ou « pompe du soléaire ». Le principe est d’une simplicité déconcertante : assis, les pieds à plat sur le sol et les muscles détendus, le talon se soulève pendant que l’avant du pied reste posé. On répète le mouvement, encore et encore, sans effort perceptible.
Des chiffres qui dépassent l’effet d’une marche digestive
Voilà pour la théorie. Les résultats chiffrés, eux, ont de quoi surprendre n’importe quel patient diabétique ou prédiabétique. Lorsque le SPU a été testé, les effets sur l’ensemble du corps sur la chimie sanguine ont inclus une amélioration de 52 % de l’excursion du glucose sanguin et 60 % de besoins en insuline en moins pendant trois heures après l’ingestion d’une boisson glucosée. : après avoir bu une solution sucrée équivalente à un repas riche en glucides, les volontaires qui activaient leur soléaire en position assise ont vu leur pic de sucre sanguin s’effondrer, sans que le pancréas n’ait besoin de produire autant d’insuline pour compenser.
Ce n’est pas tout. La nouvelle approche consistant à maintenir le métabolisme du muscle soléaire actif est également efficace pour doubler le taux normal de métabolisme des graisses pendant la période de jeûne entre les repas, réduisant les niveaux de graisse dans le sang (triglycérides VLDL). Deux bénéfices pour le prix d’un mouvement qui ne demande ni tapis de course, ni tenue de sport, ni même de quitter son bureau.
Ce qui frappe surtout, c’est la comparaison que se permet Marc Hamilton lui-même. « L’ampleur rivalise avec ce que l’on observerait dans les heures suivant un exercice physique ou tout autre type de thérapie », affirme-t-il, ajoutant : « Nous ne connaissons aucune approche thérapeutique, même les médicaments les plus puissants, qui s’approche autant d’une augmentation du taux métabolique que l’activation d’un pour cent du poids corporel par des contractions soutenues du soléaire. » Une déclaration qui a de quoi faire tiquer, tant elle place ce mouvement discret au-dessus de traitements pharmaceutiques éprouvés.
Le contexte donne encore plus de relief à ces chiffres. L’ensemble des 600 muscles combinés ne contribuent normalement qu’à environ 15 % du métabolisme oxydatif de tout le corps dans les trois heures suivant l’ingestion de glucides. Un seul muscle, activé de la bonne façon, parvient donc à rivaliser avec l’effet cumulé de tout le reste de la masse musculaire. Voilà qui bouscule sérieusement l’idée reçue selon laquelle il faut mobiliser de gros groupes musculaires pour obtenir un effet métabolique significatif.
La technique ne demande aucun matériel. Il suffit de s’asseoir, pieds à plat sur le sol, jambe formant un angle droit avec le sol. Puis on soulève les talons le plus haut possible, sans que l’avant du pied ne décolle, avant de les reposer lentement. On recommande généralement une trentaine de répétitions pour commencer, avant d’augmenter progressivement la cadence au fil des semaines.
La grande force de ce mouvement, c’est sa discrétion. On peut le pratiquer en réunion, devant un écran, dans les transports en commun assis. Une équipe de l’université Chulalongkorn en Thaïlande a même comparé son efficacité à la marche : on peut faire des pompes du soléaire pendant des heures sans discontinuer sans fatigue. Impossible d’en dire autant d’une marche rapide de trois heures.
Des travaux plus récents ont commencé à tester la méthode sur des populations à risque. Une étude pilote menée auprès de personnes prédiabétiques a montré des résultats plus modestes mais tout de même significatifs : une réduction de 32 % des excursions glycémiques postprandiales lors d’un test de tolérance au glucose oral, même sans accompagnement en laboratoire. L’écart avec les 52 % de l’étude originale s’explique sans doute par des conditions expérimentales moins contrôlées, en dehors du cadre strict du laboratoire.
Reste une question que les chercheurs eux-mêmes n’ont pas encore totalement tranchée : combien de temps dure le bénéfice une fois l’exercice arrêté, et la dose fait-elle la différence ? Sur le site dédié au projet, l’équipe de Houston reconnaît recevoir régulièrement ce type d’interrogations de la part du public, notamment sur l’effet cumulé de plusieurs heures de pratique quotidienne comparé à une seule heure. De quoi nourrir, sans doute, la prochaine vague de publications sur ce petit muscle qui n’a pas fini de surprendre les chercheurs.
Sources : ph04.tci-thaijo.org | biorxiv.org


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