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Ce que vous prenez pour une simple graine décorative sur votre bagel contient en réalité assez d’opiacés pour créer une dépendance

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La graine qui parfume vos bagels et vos pains vient de la même plante que l’héroïne. Ce paradoxe botanique cache une réalité médicale documentée : consommées sans lavage préalable, les graines de pavot contiennent suffisamment d’opiacés pour créer une dépendance sévère. Des médecins britanniques viennent de publier les cas de 16 patients pris dans ce piège discret — et légal.


Ce que vous allez apprendre

  • Pourquoi les graines de pavot vendues en supermarché peuvent faire échouer un test de dépistage de drogues
  • Comment des graines de pavot non lavées peuvent provoquer une dépendance aux opiacés aussi insidieuse que progressive
  • Ce que les médecins réclament en matière de réglementation face à un risque encore largement sous-estimé

Une plante, deux visages

Le pavot somnifère est l’une des plantes les plus paradoxales qui soit. Ses graines agrémentent bagels, pains et pâtisseries dans le monde entier. Ses capsules, elles, produisent un latex laiteux riche en morphine, codéine et thébaïne — les mêmes molécules à l’origine de l’héroïne et des analgésiques les plus puissants de la pharmacopée moderne.

Ce latex séché, c’est l’opium. La frontière entre l’aliment banal et la substance contrôlée tient à un seul geste : le lavage.

Le bagel qui fait rater un test de dépistage

Les graines commercialisées pour la cuisine sont lavées après extraction de leurs capsules, ce qui élimine l’essentiel des résidus de latex. Aucun effet psychoactif n’est à craindre. Mais les tests de dépistage de drogues, eux, sont d’une sensibilité bien supérieure au seuil de perception humaine.

Urbah Viqar, médecin au Central and Northwest London NHS Foundation Trust, est catégorique : une à deux cuillères à café de graines de pavot suffisent à déclencher un résultat positif aux opiacés. Certaines recettes préconisent précisément cette quantité pour un seul bagel. La morphine, par ailleurs, reste détectable dans l’organisme plusieurs jours après ingestion.

Pour les professionnels soumis à des contrôles aléatoires, l’avertissement est concret : éviter les graines de pavot dans les jours précédant un test n’est pas une précaution excessive.

La dépendance qui s’installe sans qu’on la voie venir

Les graines non lavées, en revanche, constituent un tout autre problème. Sans lavage, elles conservent le latex opiacé libéré lors de la récolte mécanique. Leur consommation produit une sédation réelle, une somnolence, une détente physique — des effets recherchés dans certaines traditions médicinales depuis des générations.

C’est précisément ce qui en fait un piège. Viqar et son collègue Noah Stanton ont documenté les cas de 16 hommes, presque tous issus de la communauté indienne punjabi du Royaume-Uni, devenus dépendants aux graines de pavot non lavées. La dépendance s’est installée progressivement, bien plus lentement qu’avec un opioïde puissant — ce qui l’a rendue d’autant plus difficile à identifier.

Deux des patients consommaient 20 cuillères à soupe par jour après quinze ans de pratique. Une dose qui, chez une personne sans tolérance aux opioïdes, représenterait un risque sérieux de surdosage.

Un vide réglementaire préoccupant

Le problème est aussi juridique. Les graines de pavot non lavées sont disponibles en grandes quantités, à bas prix, au Royaume-Uni comme aux États-Unis, sans aucune restriction d’achat. Les professionnels de santé qui ne connaissent pas cette pratique culturelle ne pensent pas à l’évoquer lors des consultations de routine.

Viqar et Stanton plaident pour deux mesures concrètes : une meilleure réglementation de la vente en vrac, et l’ajout d’une question systématique dans les questionnaires de dépistage — « Consommez-vous des graines de pavot ? » — au même titre que les questions sur l’alcool ou les drogues conventionnelles.

Une substance consommée depuis des siècles dans certaines cultures, vendue librement dans d’autres, et dont on ignore encore précisément quelle dose est dangereuse. La recherche sur ce sujet reste, selon Viqar, largement insuffisante.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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