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Environnement 24/06/2026 11:30 Actualisé le 24/06/2026 12:29
La climatologue, experte du Giec analyse dans une interview pour Le HuffPost la vague de chaleur historique qui touche la France depuis une semaine.

FREDERIC SCHEIBER / Hans Lucas via AFP
La canicule qui touche la France atteint des niveaux jamais enregitrés par Météo France.
Son post s’achevait par : « A vous de jouer, pour être davantage audibles ? ». Dans ce texte publié dimanche 21 juin sur LinkedIn, la climatologue Valérie Masson-Delmotte a reposé un constat clair : la canicule historique que connaît actuellement la France était envisagée par les scientifiques depuis des dizaines d’années. De rapports du Giec en débats dans les COP, les conséquences du réchauffement climatique sur les vagues de chaleur étaient en effet documentées.
« Je ne sais pas très bien ce que j’aurais pu faire pour exprimer plus clairement ce qui est en train de se passer », se désole presque l’ancienne coprésidente du groupe de travail du Giec. Quand nous l’interrogerons ce mardi 23 juin, elle est forcée de constater qu’on « est passé en gestion de crise. Donc on improvise, on bricole, on se passe des tuyaux pour survivre le moins mal possible ».
C’est parce que son analyse sur notre adaptation, sur la manière d’empêcher de nouveaux épisodes similaires, et le discours politique ambiant est précieuse que nous avons sollicité son éclairage.
Le HuffPost. Pourquoi avoir intitulé votre post LinkedIn « Gouverner, c’est prévoir » ?
Valérie Masson-Delmotte. Depuis quelques années, il y a une volonté de détourner l’attention des enjeux de transformation liés au climat ; ce n’est plus la priorité politique et d’autres sujets font la Une. En conséquence, des arbitrages sont défavorables aux moyens pour l’adaptation.
On voit par exemple que le plan national d’adaptation au changement climatique est certes bien fait, mais il n’a pas fait l’objet d’une délibération collective sur les priorités et il n’est pas associé à une évaluation chiffrée des moyens.
Le récent débat sur l’effort en matière de défense a pourtant montré que la France savait se mobiliser…
Le plus gênant, c’est une forme d’intermittence sur les politiques climatiques ; le cas de MaPrimRenov est éclairant. On a mis sur pause, on a arrêté, on recommence… Il n’y a pas de cap clair. Dans les rapports du Haut conseil pour le climat, ça fait plusieurs années qu’on souligne les vulnérabilités particulières des enfants mais ces enjeux ne reviennent que lorsqu’il y a un événement grave.
On ne considère pas le climat comme un enjeu de protection et de sécurité au bon niveau. Or, quand vous avez des vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses, qui étaient à 30 degrés puis à 35 et maintenant à 40-42 degrés, c’est un grand danger pour la santé, pour la vie. 5700 personnes ont perdu la vie lors des deux vagues de chaleur de 2025. Quand cela survient, ça crée une sorte de sursaut mais après, ma grande inquiétude est qu’une fois que l’événement sera passé, ça recommence comme avant.
Redoutez-vous que ce sujet ne soit pas central dans la campagne présidentielle ?
Quand on parle de politiser le climat, ce n’est pas au sens politicien mais pour l’intérêt général. Il faut une interpellation très large des citoyens, des journalistes, des think tanks, des syndicats pour avoir un débat minimal à hauteur des enjeux. On ne peut pas se contenter de petites phrases au moment d’une canicule.
Il faut des propositions, des projets avec des priorités et un financement pour que l’on puisse comparer et créer une émulation. Car je suis certaine que vous aurez beau parler d’un sujet, si vous n’avez pas un plan d’action qui est prêt, il ne se passera rien.

HENRIQUE CAMPOS / Hans Lucas via AFP
Valerie Masson-Delmotte, ici en avril 2025, analyse pour « Le HuffPost » la canicule historique que connaît la France.
Et cela ne vous paraît pas être le cas ?
On voit toute une construction politique pour essayer de réduire le débat à « pour ou contre la climatisation », pour faire croire que tout ira bien malgré le réchauffement climatique si on met la clim’. Alors que ça se fera au détriment de tous les autres enjeux : l’eau, les écosystèmes, les cultures, l’océan…
Ces approches empêchent un débat approfondi. Ce qui me frappe, c’est que je n’ai pas entendu les candidats à la présidentielle expliquer clairement le lien entre énergies fossiles, gaz à effet de serre, réchauffement climatique et intensification des vagues de chaleur.
Quand cela survient, ça crée une sorte de sursaut mais ma grande inquiétude est qu’une fois que l’événement sera passé, ça recommence comme avant. Valérie Masson-DelmotteParce que s’adapter ne suffira pas ?
Ce n’est pas s’adapter ou décarboner, les deux sont indispensables. Or le 11 juin, a été publiée la réactualisation des indicateurs clés de l’état du climat et de l’influence humaine. Et le constat est clair : tout monte. Nous n’avons pas encore atteint le pic des émissions, le réchauffement se poursuit à un rythme record.
Dans l’Union européenne, ces émissions ont baissé de 37 % par rapport aux années 90 et c’est le cas aussi en France. Il faut en faire une fierté même si le rythme de diminution en France a marqué le pas ces deux dernières années par rapport au rythme de 2023. Nous sommes dans une situation où des choses ont avancé mais il y a encore beaucoup à faire.
Y compris pour convaincre nos partenaires internationaux. Comment avez-vous réagi en voyant le climat absent des négociations du G7 ?
C’est une catastrophe et cela montre comment l’administration américaine exerce son influence pour nier les enjeux liés au changement climatique, pour rejeter la science qui dérange et prendre la science qui l’arrange, celle de la tech.
Tout cela sabote le multilatéralisme environnemental et demande de repenser de nouvelles alliances. En 2025, la France et plus de 140 pays ont validé un avis de la Cour internationale de justice qui a créé une sorte d’obligation de protection du système climatique. Ceux qui ne l’ont pas ratifié sont ceux, comme la Russie, les États-Unis, Iran, Israël, l’Arabie saoudite, le Yemen qui ne respectent pas le droit international. Ils ne se font pas seulement la guerre entre eux ; ils la font aussi à la protection de l’environnement et au climat. Et nous devons construire un contrepoids à cette brutalité.


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