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C’était en apparence un match assez significatif pour le classement, car le Canadien et les Red Wings de Detroit étaient au coude-à-coude au sommet de la division Atlantique.
Mais personne chez le CH ne perdra le sommeil à la suite de la défaite de 4-0, samedi soir.
Un match à ranger dans la catégorie on ne peut pas toutes les gagner, un match qui a pris une mauvaise tangente à partir du moment où un rebond capricieux de la bande a déjoué Jacob Fowler.
Il y a eu quelques punitions qui ont brisé le rythme du Tricolore et plusieurs séquences où les Red Wings ont forcé le Canadien à faire une passe de trop au lieu d’attaquer de façon plus directe.
Ils ont fait du bon travail pour protéger l’enclave et nous forcer à passer davantage, a noté Noah Dobson à propos de ces Red Wings, qui avaient bien appliqué ce qu’essaie d’implanter leur entraîneur-chef Todd MacLellan.
Mais pas de grande résolution à la suite de revers, aucun acte de contrition ou de sérieuse frustration.
On passe au prochain appel.
Ce qu’on retiendra davantage de ce match, c’est ce dont avait l’air la brigade défensive du Canadien à l’occasion du retour au jeu de Kaiden Guhle, qui prenait part à un match après en avoir raté 39.
Martin St-Louis l’avait initialement jumelé à Arber Xhekaj, mais les six défenseurs ont souvent changé de partenaire au gré des situations. Ce genre de jonglerie est à prévoir tant et aussi longtemps que St-Louis cherchera à donner à Lane Hutson des présences du côté gauche, là où il a été extrêmement productif dans le dernier mois.
Que Guhle se montre digne de confiance malgré la rouille de trois mois d’inactivité n’a rien de trop surprenant. L’arrière de 23 ans a joué plus de 19 minutes, samedi, aidant ses entraîneurs à bien répartir le temps d’utilisation entre ses six défenseurs.
Aucun arrière n’a atteint le cap des 24 minutes, ce qu’on a rarement vu au fil des 39 rencontres qu’a manquées Guhle.
Mais ce qui s’avère un développement plus intéressant pour le Canadien, c’est l’émergence de Xhekaj, qui joue du hockey de plus en plus assuré.
La tête à la bonne place
Depuis des mois, Arber Xhekaj et Jayden Struble participent à une course de tortues en attendant de voir si l’un ou l’autre pourra finalement s’imposer et s’approprier un poste régulier avec l’équipe.
On peut plaider que Struble est le meilleur athlète des deux : meilleur patineur, plus agile, plus prompt dans ses réactions… Le temps de quelques matchs, si la situation l’exige, il est capable d’être élevé au sein d’un deuxième duo et de ne pas avoir l’air fou.
Or, Struble n’a jamais été capable de trouver la constance nécessaire pour assurer son poste dans la formation une bonne fois pour toutes. C’est comme s’il jouait au jeu de serpents et échelles. Cela a gardé la porte ouverte à Xhekaj, dont le fréquent manque de confiance dans les deux dernières années l’a empêché de tabler sur des atouts plus rares que ceux de Struble.
Par moments, cette saison, on croyait que Xhekaj avait plafonné. Que le défenseur jadis intimidant était devenu trop nerveux avec la rondelle et trop hésitant au moment de freiner les jeux de l’adversaire pour être vraiment fiable.
Mais cette année Xhekaj a appris quelque chose de tout simple, quelque chose qu’il arrive de mieux en mieux à mettre en pratique.
Contrôle ce que tu peux contrôler, nous a-t-il dit. Cesse de te soucier de tout le reste et des choses pour lesquelles je ne peux rien faire. Je peux travailler fort, je peux bien jouer, je peux jouer avec confiance – et je sais que ça peut être difficile quand les choses ne vont pas à mon goût – mais ce que j’ai appris cette année, c’est de m’en tenir à faire ce que je peux avec ce que j’ai.
Depuis quelques matchs, on retrouve un Xhekaj beaucoup plus assuré. On retrouve un défenseur capable d’imposer sa loi physiquement, sans pour autant se mettre hors position et sans sacrifier les autres parties de son jeu.
Selon le capitaine Nick Suzuki, Xhekaj joue par les temps qui courent son meilleur hockey.
Il patine bien présentement et il déplace bien la rondelle en plus d’être robuste quand la situation le permet. Il peut se battre, mais bien plus souvent, il défend et il fait du bon travail. J’adore son jeu dernièrement.
À l’instar de Struble, le temps d’utilisation de Xhekaj est limité par le fait qu’il n’est employé sur aucune unité spéciale. Son temps de glace est fréquemment resté sous la barre des 10 minutes dans les dernières semaines. Or, signe que son développement ne stagne pas autant qu’on pourrait l’imaginer, Xhekaj semble avoir surmonté le défi de sauter dans l’action et de demeurer efficace après avoir passé plusieurs minutes assis au banc.
Lui-même avouait jadis que sauter son tour à répétition le sortait de son match et lui faisait perdre son efficacité. Or, St-Louis lui a fait comprendre qu’il avait besoin d’obtenir des minutes de qualité, même s’il ne devait en avoir que huit ou neuf.
C’est cet obstacle par-dessus lequel est passé Xhekaj. Même si son utilisation est limitée, il réussit à avoir un impact sur davantage d’entre elles.
J’ai appris à le faire au fil du temps et d’un soir à l’autre, a expliqué Xhekaj. C’est dur parce que, durant l’été, tu t’entraînes en prévision de jouer plus que ça, mais certaines circonstances surviennent et des fois tu vas jouer moins. Il faut être prêt à tout ce qui peut se présenter.
Face aux Red Wings, le temps de jeu de Xhekaj a grimpé à plus 13 minutes. Même si le Canadien tirait de l’arrière et qu’il tentait de revenir dans le match, St-Louis n’a pas hésité à l’envoyer dans la mêlée en troisième période. On a beau connaître la puissance de son lancer, ce n’est pas une arme à laquelle le Canadien a souvent eu recours lorsqu’il cherchait à égaler la marque.
Il nous revient cette séquence, avec un peu plus de six minutes à faire dans le match, où Xhekaj s’est retrouvé dans une situation offensive où il a tenté trois lancers en l’espace de neuf secondes. Puis, lorsque les Red Wings ont orchestré la contre-attaque, il a sorti Patrick Kane du jeu à deux reprises grâce à son jeu physique.
Ces gestes n’ont cependant pas compté parmi les huit mises en échec dont il a été crédité.

Kaiden Guhle effectuait son retour au jeu avec le Canadien samedi, au Centre Bell.
Photo : imagn images via reuters connect / David Kirouac
À droite toutes
Dans les matchs précédant le retour de Kaiden Guhle, St-Louis a un peu préparé le terrain en demandant à Xhekaj de jouer à droite sur le troisième duo. Dans la grande valse des défenseurs au cours des dernières années, il était à peu près le seul à qui on n’avait jamais demandé d’aller à droite. Hutson, Guhle, Matheson, Struble, Jordan Harris… Ils l’ont tous fait, sauf lui.
En fait, Xhekaj n’avait pas joué à droite depuis les rangs juniors.
L'utiliser à cet endroit était une marque de confiance à un moment où le Canadien a besoin que l’un de ses défenseurs gauchers évolue à droite.
En se montrant capable de jouer sur son côté opposé, il peut offrir plus de stabilité à la brigade défensive du Canadien.
Si l’entraîneur te met là, c’est parce qu’il pense que tu es capable de te débrouiller, a convenu Xhekaj. J’utilise ma confiance pour jouer de ce côté-là. De toute façon j’aime mieux frapper avec mon épaule droite, je préfère utiliser mon lancer du côté opposé avec des tirs sur réception, et je n’ai pas de problème à contrôler la rondelle du revers.
Xhekaj a toujours été plus qu’une présence intimidante. Peut-être que le jeu plus serré en défense du Canadien aide à limiter les moments où il paraît débordé, mais l’ensemble de ses atouts ressort davantage.
Le développement d’un joueur, s’il peut parfois paraître en jachère, est parfois lié à une confiance qui a ralenti sa progression, et non au fait qu’il a plafonné dans ses habiletés. C’est peut-être ce qui s’est passé avec Xhekaj.
S’il voit la lumière au bout du tunnel et qu’il retrouve cet élan initial qui a marqué son entrée fracassante dans la ligue, un Xhekaj en pleine possession de ses moyens donnerait au Canadien un sixième défenseur aussi rare que redoutable.
Et cela changerait la donne pour l’organisation, qui a dû se demander par moments quel était vraiment son avenir au sein de l’équipe.


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