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CHRONIQUE - La vague d’émotion légitime suscitée par la disparition de la petite Lyhanna n’aurait jamais pu exister au Moyen Âge. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que notre rapport à l’enfance a pris sa forme actuelle, explique le philosophe.
Depuis plus de cinquante ans que j’observe la société et la vie politique, je crois bien que je n’ai jamais vu une émotion aussi puissante et aussi partagée qu’autour du meurtre horrible de la petite Lyhanna. Tous ceux qui ont des enfants le savent, ces petits êtres nous arrachent très tôt des sentiments qui n’ont pas d’équivalent avec les adultes. On peut avoir aimé ses parents, ses frères et sœurs, ses amis, des hommes ou des femmes, rien ne ressemble à l’amour qu’on a pour eux.
Pourtant, à l’encontre de l’opinion selon laquelle l’amour maternel relèverait d’un « instinct naturel » de sorte qu’il serait, comme chez les animaux, présent de toute éternité chez nos mères, les historiens du Moyen Âge, Philippe Ariès ou Jean-Louis Flandrin, par exemple, ont bien montré combien la mort d’un petit était en général tenue pour moins grave que celle d’un adulte dans les temps anciens, voire chez des paysans pauvres, que celle d’un cochon ou d’un cheval. C’est ce dont témoignent des contes comme


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