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Passer des heures à fixer le sable à la recherche de petits trésors colorés : voilà un passe-temps qui ne semble pas se démoder sur la Côte-Nord. Pour plusieurs citoyens vivant en bordure du fleuve, la cueillette de verre de mer est un acte méditatif, familial et profondément créatif.
À Sept-Îles, l’artisane Monia Marcoux dévoile plusieurs bacs remplis à ras bord de verre poli de toutes les formes et couleurs. Ces fragments, retrouvés un peu partout sur les rives canadiennes, lui servent de matériaux pour créer des vases, des cadres, et d’autres objets colorés qu’elle offre à ses proches.

Monia Marcoux, artisane de Sept-Îles, pose fièrement derrière une table couverte de bacs remplis de verre de mer classés par couleur, sa matière première pour créer des œuvres lumineuses.
Photo : Radio-Canada / Lucas Sanniti
C’est plus fort que moi : je vois une plage et il faut que j’y aille.
Dans sa collection, des tessons lissés, des flacons d’origine inconnue, des billes colorées, des morceaux de vaisselle et même quelques coquillages fossilisés font la fierté de sa propriétaire.
Une quête intérieure
Monia Marcoux a découvert cette passion durant la pandémie, après un été passé à Longue-Pointe-de-Mingan. La paix qu’elle a découverte lors de la cueillette lui rappelait le bienfait que l’activité sportive lui procurait auparavant.

Parmi les trouvailles plus rares de l'artisane, de vieux flacons presque intacts et des goulots de bouteilles aux formes oubliées racontent des histoires d'un autre temps.
Photo : Radio-Canada / Lucas Sanniti
Courir me faisait du bien au mental parce que je ne pensais pas à autre chose. Suite à des blessures, j’ai dû arrêter la course, mais quand je vais ramasser du verre, c’est le même sentiment, explique-t-elle. Tu es au bord de la mer, tu marches, tu entends les vagues, tu es dans ton monde, tu aimes ce que tu fais.
Cet état de contemplation est bien connu d’autres artisans de la région.
À Forestville, l'Atelier Éco-Art crée des œuvres à partir de matériaux trouvés sur les berges, dont ces fameux verres de mer. Pour la cofondatrice de l'atelier, Rose-Marie Gallant, fonder un tel espace de création avec son conjoint, Michel-Caro Tremblay, était un rêve d’adolescence.

Michel-Caro Tremblay et Rose-Marie Gallant entourent l'une de leurs créations publiques à Forestville, un touret recouvert d'une mosaïque colorée en verre illustrant des paysages de la région.
Photo : gracieuseté de Rose-Marie Gallant
Plus de 20 ans après l’ouverture de cet établissement, Rose-Marie Gallant, que plusieurs surnomment affectueusement la marchande de sable, s'émerveille toujours devant l'acte méditatif de la cueillette.
Les gens qui venaient à l’atelier m’ont souvent reproché d'avoir changé leur manière de regarder les bords de mer. […] Ils me disent qu’ils ne regardent plus la nature parce qu'ils regardent par terre pour voir ce qu’ils peuvent y trouver, lance-t-elle en étouffant un rire.

Dans l'atelier, Rose-Marie Gallant assemble minutieusement les fragments de verre bleu un à un pour composer les nuances d'eau et de ciel de sa prochaine fresque.
Photo : gracieuseté de Rose-Marie Gallant
C’est vraiment fabuleux ce qu’on peut y trouver. Les bords de mer regorgent de trésors.
Les mystères de la mer
Et ces trésors mènent bien plus loin qu'à une simple rêverie. Pour les deux artisanes, c’est l’origine de ces pièces et leur passé mystérieux qui offrent un véritable voyage dans le temps.

Vue rapprochée de Rose-Marie Gallant, portant des lunettes de lecture, un haut rose et un tablier blanc, penchée sur sa table de travail.
Photo : gracieuseté de Rose-Marie Gallant
Chaque morceau que je vais me donner la peine de ramasser me fait réfléchir. C’est quoi son histoire? Qui a jeté cette bouteille-là? Est-ce que c’était un pêcheur, est-ce que c’était lors d’une soirée festive? Chaque pièce a sa petite histoire, remarque Monia Marcoux.
Pourtant, pour plusieurs de ces pièces, le mystère demeurera éternel. Ces objets perdus à la mer, polis par les vagues, les rochers et le sable pendant des décennies, voire des siècles, voient souvent leur histoire érodée par les éléments.

Parfois, des fragments de bouteilles portent encore des inscriptions, comme ce morceau portant la mention « MONTREAL », offrant de rares indices sur l'origine et l'âge de l'objet avant sa longue dérive.
Photo : Radio-Canada / Lucas Sanniti
Archéologiquement, ces verres de mer, même s’ils sont très beaux et plaisants au toucher, ont quand même une valeur limitée si on parle de données scientifiques, explique Aimie Néron, archéologue subaquatique et scaphandrière pour l’Institut de recherche en histoire maritime et archéologie subaquatique (IRHMAS).
Parfois, ces pièces ont été tellement transformées que les indices, qu'il s'agisse d'inscriptions ou de couleurs particulières, permettent rarement d'en retrouver l'origine.

Aimie Néron, archéologue subaquatique et scaphandrière pour l'Institut de recherche en histoire maritime et archéologie subaquatique. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Maxime Robert Lachaine
Souvent, les pièces perdent de leur dimension ou de leur grosseur. Donc, est-ce que ce sont de petits morceaux d’un centimètre qui appartenaient auparavant à une petite bouteille de médicament ou de vin? Possiblement qu’on ne le saura jamais.
Si la valeur scientifique et historique de ces artéfacts laisse à désirer, leur valeur sentimentale, elle, demeure inestimable pour qui prend le temps de les chercher.
Tout ce qui vient de la mer a toujours un côté mystérieux, poursuit Aimie Néron. Quand on fait de la fouille archéologique, on veut connecter avec ces objets-là. Et au-delà de cela, on est curieux de savoir d’où ils viennent, qui les a utilisés, de revivre cette histoire. La mer a toujours eu cet aspect poétique.


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