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Dans la Première Nation de Pimicikamak, où une panne d’électricité de quatre jours, fin décembre, a causé des dommages aux infrastructures, des problèmes de plomberie et forcé l’évacuation de 4000 personnes, des résidents sont restés sur place pour tenter de sauver leur maison, celles de leurs voisins et aider leur communauté.
C’est le cas de Murray Trout. Au début de la crise, il a quitté la communauté avec sa femme, mais quand cette dernière est revenue, la fin de semaine dernière, pour reprendre son travail en soins de santé, il est rentré lui aussi.

Murray Trout montre les dommages causés par une conduite d'eau dans le vide sanitaire de sa maison. Il craint maintenant que toute cette eau n'entraîne le développement de moisissures.
Photo : La Presse canadienne / John Woods
Il faisait très froid quand la panne est survenue, ce qui a entraîné un gel des conduites d’eau. Une fois l’électricité rétablie, l’eau s’est remise à vouloir circuler dans des conduites toujours gelées, les faisant éclater. Depuis, les problèmes de plomberie sont devenus récurrents et la communauté n’a pas assez de plombiers pour s’attaquer rapidement au problème.
Cette semaine, le vide sanitaire sous la maison de Murray Trout s’est rempli d’une eau sale qui a débordé dans sa cour arrière.
Alors que les plombiers tentaient de réparer la conduite d’eau dans sa maison, Murray Trout a dû se faire à l’idée qu’il n’aura pas d’eau courante pour un moment. Il craint le développement de moisissures, mais il n’a pas l’intention d’aller vivre ailleurs. Il n’y a pas d’autre endroit où habiter, dit-il, et je resterai ici aussi longtemps que j’aurai un toit.
Il pourrait s’écouler plusieurs semaines avant que les évacués de la Première Nation située dans le nord du Manitoba puissent rentrer chez eux, et c’est aussi ce qui explique pourquoi des habitants comme Murray Trout préfèrent rester sur place.
Cela leur permet de gérer les dégâts dans leur maison, mais aussi chez leurs voisins.
Des dégâts difficiles à évaluer
Todd McConnell est un plombier qui est venu prêter main-forte à la communauté, où les travailleurs locaux font des journées de 12 heures, et parfois davantage. On a vu quelques maisons qui ont été chanceuses, dit-il, mais il n’y en a pas beaucoup.
Des centaines de maisons auraient été endommagées, mais on ignore leur nombre exact. Selon Todd McConnell, il n’y a pas assez de travailleurs pour évaluer l’ampleur des dégâts. On sait cependant que 200 maisons, au moins, sont considérées comme inhabitables.

Ce sous-sol d'une maison de Pimicikamak endommagée à la suite de la panne d'électricité est en voie d'être nettoyé par les équipes qui travaillent à réparer les maisons de la communauté.
Photo : La Presse canadienne / John Woods
Nous ne connaîtrons pas l'étendue totale des dégâts avant le dégel, a déclaré la ministre fédérale des Affaires du Nord et de l'Arctique, Rebecca Chartrand, lors d’une visite de la communauté à laquelle des politiciens et des dirigeants autochtones ont participé, mercredi.
Ça va prendre des semaines, sinon des mois, pour tout réparer, estime Todd McConnell. On commence par les clients les plus essentiels, les aînés et les enfants, et de là on continue, explique-t-il.
Protéger sa famille
Morris McKay n’a pas subi les dommages auxquels sont confrontés la plupart de ses voisins. Le poêle à bois, dans sa cave, a permis d’éviter que les conduites d’eau de sa maison ne gèlent, dit-il.
La panne d’électricité a tout de même été difficile : il n’avait qu’un radiateur d’appoint pour chauffer son salon et un seau pour lui servir de toilette.
Il est resté dans la communauté quand les feux de forêt ont forcé l’évacuation des habitants de Picimikamak l’été dernier et il est resté cette fois-ci pour aider sa famille.
Sa maison, qui a maintenant le chauffage et l’eau courante, sert de refuge aux membres de sa famille qui n’ont pas eu sa chance.
Il prend dans ses bras son petit-fils Aidan qui traverse le salon en courant. C’est une des raisons pour lesquelles je ne voulais pas partir, dit-il.
Deux maisons plus loin, où vivent ses neveux, un refoulement a fait remonter une eau sale jusqu’au bord de l’évier de la cuisine. Et comme l’eau embouteillée est rare, personne ne lave la vaisselle sale qui s’empile dans la cuisine.
C’est vraiment difficile pour nous, avoue Morris McKay. Parfois, quand je suis seul, je pleure. Je ne veux pas que ma famille le voit.

Les perronnes qui sont encore dans la communauté doivent aller chercher de l'eau potable dans un immeuble des travaux publics.
Photo : La Presse canadienne / John Woods
Aider sa communauté
Edith Blacksmith serait normalement en classe, à l’école primaire où elle enseigne. Elle supervise plutôt la distribution de nourriture aux résidents qui en ont besoin. Si sa maison n’a pas été endommagée, elle n’a pas l’impression d’être chanceuse pour autant quand elle constate à quel point la situation est difficile pour certains. Elle dit avoir une obligation d’apporter son aide.
Elle a vidé son congélateur pour aider des voisins. J’ai donné la viande et la nourriture sèche que j’avais, dit-elle. J’ai donné ce qu’elles demandaient à toutes les personnes venues me voir, je n’ai rien refusé.

Des résidents restés dans la communauté se rendent dans l'immeuble des travaux publics pour y obtenir des denrées alimentaires.
Photo : Gracieuseté Edith Blacksmith
Un appel à la patience
Quelque 7000 personnes vivent sur la réserve en temps normal. Le chef de la Première Nation, David Monias, dit que le retour des 4000 personnes évacuées n’est pas possible pour le moment, parce que les quelques logements disponibles sont réservés aux travailleurs, plombiers et autres, venus prêter main-forte, ainsi qu’aux membres des Forces armées canadiennes qui doivent arriver en fin de semaine.
Si vous venez et que votre maison n’est pas réparée, vous n’aurez pas d’eau courante, pas de chauffage et il n’y a pas d’autre endroit pour vous loger, déclare-t-il dans une vidéo sur Facebook, en demandant aux résidents évacués d’être patients. Donnez-nous le temps de faire ces réparations pour vous, leur dit-il.
Avec les informations d’Ian Froese


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