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Les organisations criminelles de Toronto utilisent de plus en plus les jeunes comme boucliers. Attirées par l’argent facile, ces recrues servent en réalité de remparts pour protéger les membres plus âgés des arrestations et des poursuites judiciaires.
Le chef de la police de Toronto, Myron Demkiw, estimait lors d’une conférence de presse mardi que de nombreux jeunes étaient recrutés par des organisations criminelles au moyen d’applications de messagerie instantanée.
Toutefois, le professeur au centre de criminologie et d’études sociojuridiques de l’Université de Toronto, Scot Wortley, estime que le recrutement se fait encore principalement sur le terrain et repose sur la loyauté.
Le recrutement commence dès l’âge de sept ou huit ans. […] Ils doivent prouver leur loyauté et leur engagement envers le gang. Il doivent se livrer à ces activités risquées pour faire leurs preuves.
Le constat est le même pour Jermaine Prempeh, PDG et fondateur de la R.I.T.E of Way Foundation, un organisme spécialisé dans les services destinés aux jeunes exposés à la violence armée.

Scot Wortley est professeur au Centre de criminologie et d’études sociojuridiques de l’Université de Toronto.
Photo : Avec l’autorisation de Scot Wortley
Selon son expérience, les jeunes sont davantage recrutés sur le terrain qu’en ligne.
Or, il estime que le recrutement en ligne pourrait devenir un piège majeur à l’avenir. La naïveté des jeunes face aux réseaux sociaux pourrait notamment y contribuer.
L’argent : le moteur de la criminalité
M. Wortley remet en question l’interprétation de certains signes de recrutement. Selon lui, il s’agit davantage de signes d’exploitation d’enfants et de traite de personnes. Les jeunes ciblés par ces organisations sont souvent très vulnérables.
Ils sont confrontés au racisme, à la pauvreté, et en viennent à croire qu’il n’y a aucun espoir de mener une vie décente. […] Vers 14 ou 15 ans, ils développent la conviction que la société ne se soucie pas d’eux, qu’ils sont les oubliés de notre société et qu’ils sont dévalorisés. Ce désespoir et cette aliénation peuvent contribuer à la frustration et à la rébellion, ajoute l’enseignant.
Aller dans un appartement où l’on fabrique et vend de la drogue et gagner 700 $ en une nuit, c’est très tentant pour les jeunes.
Selon lui, c’est une radicalisation laïque, une idée où la personne souhaite toujours gagner de l’argent, se considère comme un entrepreneur, aspire à l’indépendance, mais vit au sein d’un système inégalitaire et injuste.
Des ressources manquantes
M. Wortley insiste sur le besoin urgent de réinvestir les programmes de prévention de la criminalité, d’éducation publique et d’amélioration de la qualité de vie communautaire.
Il craint que les récents événements violents survenus à Toronto n’incitent la Ville à investir davantage dans les forces de l’ordre au détriment des investissements sociaux.
De son côté, M. Prempeh constate surtout un besoin criant de soutien psychologique et thérapeutique dans les quartiers les plus défavorisés.


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