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Les universités de l’Estrie subissent un recul marqué de l’intérêt des étudiants internationaux. À l'Université de Sherbrooke, on enregistre une baisse d'environ 35 % des demandes d'admission en quatre ans.
Je dirais que l'ensemble du réseau est touché par cette baisse-là, mais particulièrement les universités en région, affirme Pascale Lafrance, directrice générale de USherbrooke international et vice-rectrice associée aux relations internationales. Selon elle, le milieu fait face à une accumulation des portes qui se ferment.
Avec les annonces gouvernementales par rapport aux quotas de CAQ [Certificat d'acceptation du Québec], aux quotas de permis d'études, il y a eu beaucoup de changements d'appréciation du Québec comme une destination d'études, poursuit-elle.
Pour l'année à venir, l'Université de Sherbrooke voit ses demandes chuter à environ 2000. Il s'agit d'un recul important par rapport à 2022-2023, alors que l'université avait reçu environ 3000 demandes. En 2023-2024, un sommet exceptionnel de plus de 8500 demandes avait pourtant été atteint grâce au programme Opération main-d'œuvre, qui offrait des exemptions de frais de scolarité en région pour les secteurs prioritaires.

Demandes d'admission d'étudiants étrangers à l'Université de Sherbrooke.
Photo : Source : Université de Sherbrooke
L'anxiété gagne les campus
Pour les étudiants déjà présents, le sentiment d’insécurité est croissant. C'est le cas de Shigata Fatim Soro, une Ivoirienne arrivée en décembre 2022 pour entreprendre un baccalauréat en orientation. Si elle a d'abord été séduite par son environnement, elle craint aujourd'hui que les réformes politiques ne compromettent son projet de vie.
Quand je me suis intégrée avec des amis et tout, j'ai eu envie de rester, explique-t-elle. Aujourd'hui, la réalité est tout autre. Je suis très très très anxieuse. Ça agit sur le mental parce que tu étudies en te disant que tu avais des alternatives de rester après si tu as envie et, brusquement, tu te demandes "est-ce que je vais devoir rentrer?"
L'étudiante confie que son choix serait différent aujourd'hui. Si c'était à refaire, j'aurais réfléchi quatre fois avant d'immigrer. À la question de savoir si elle aurait choisi un autre pays, elle répond : Oui, honnêtement.
Elle ajoute avoir l'impression que nous sommes lésés, très lésés. Malgré cette angoisse, elle souligne l'importance de son réseau social : Ils sont avec nous, on sent l'amour autour de nous et ça nous donne le courage de continuer.
Des programmes essentiels en péril
Le discours gouvernemental a nui à la réputation du Québec, selon le principal de l'Université Bishop's, Sébastien Lebel-Grenier. Il soutient que certains programmes, comme celui en informatique, dépendent des étudiants internationaux pour fonctionner et sont désormais perçus comme étant en danger.
Ça met en péril des programmes qui sont absolument essentiels pour le Québec. Personne ne va dire que l'informatique, ce n'est pas important, affirme Sébastien Lebel-Grenier.

Le principal et vice-chancelier de l'Université Bishop's, Sébastien Lebel-Grenier.
Photo : Radio-Canada / Guylaine Charette
Une opération séduction tardive?
Dans ce contexte, la ministre de l’Enseignement supérieur, Martine Biron, est actuellement en mission en Belgique et en France. Son objectif est de promouvoir la venue des étudiants internationaux, alors que les récentes réformes en matière d'immigration en ont refroidi plusieurs.
Ce qu'on veut, c'est souligner l'apport inestimable des étudiants étrangers au savoir québécois. En fait, au cercle au savoir international, a déclaré la ministre Biron.
Bien que les directions d'universités saluent cette initiative, l'inquiétude demeure quant au temps nécessaire pour corriger la situation. Ce sont des changements qui vont prendre des années à rebâtir, conclut Pascale Lafrance.


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