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Un procès historique s’est ouvert lundi à New York contre Live Nation. Le gouvernement états-unien réclame notamment à la justice le démantèlement de ce géant du divertissement, qui contrôle notamment l’entreprise de billetterie Ticketmaster — et qui occupe une grande place dans le monde du spectacle planétaire, y compris au Québec.
« C’est extrêmement difficile à ce point-ci de prédire [s’il y aura un démantèlement de Live Nation] », affirme Jennifer Quaid, professeure à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa et experte des pratiques commerciales éthiques. « Ça dépend beaucoup de la force des arguments, de la force de la preuve. »
Le gouvernement états-unien reproche à Live Nation d’abuser de sa position dominante pour forcer les artistes et les salles de spectacle à s’engager envers elle, d’écarter la concurrence et d’imposer aux consommateurs des frais trop élevés. Il réclame notamment la scission de Ticketmaster ainsi que d’autres mesures correctives.
L’entreprise californienne a organisé plus de 55 000 événements dans le monde en 2025, attirant un total de 159 millions de spectateurs. Au-delà de ses activités dans la promotion d’événements, elle possède une participation dans 460 lieux de spectacle et contrôle depuis 2010 le champion mondial de la billetterie, Ticketmaster.
Cette procédure judiciaire avait été entreprise en mai 2024, sous le gouvernement de l’ancien président, Joe Biden. Le département de la Justice des États-Unis avait alors qualifié Live Nation de « monopoliste » contrôlant « la quasi-totalité des spectacles en public aux États-Unis ».
« Il va y avoir énormément de preuves qui vont devoir être faites pour établir le degré de contrôle et quels en sont les effets », note Mme Quaid, notamment sur la façon dont les pratiques de Live Nation se déclinent et sur leurs impacts sur le marché. La professeure confirme tout de même que la justice états-unienne pourrait exiger une séparation des opérations de Live Nation et de Ticketmaster. Il s’agit toutefois de « quelque chose d’assez extrême », note-t-elle.
Le monopole de Ticketmaster sur les ventes de billets de spectacle avait notamment été mis en lumière en novembre 2022, dans le cadre de la tournée mondiale Eras de Taylor Swift. Des bogues, des pannes, des achats automatisés et des prix exorbitants avaient semé le chaos sur la plateforme.
Quelles conséquences ici ?
Osheaga, îleSoniq, LASSO, les Francos, le Festival international de jazz : au Québec, plusieurs événements sont organisés par le promoteur montréalais Evenko, qui est détenu à 49 % par Live Nation. Un reportage de l’émission Enquête diffusé le 5 février dernier avait d’ailleurs mis en lumière le grand pouvoir du géant états-unien sur la production de spectacles et de festivals, mais aussi sur les salles et les billetteries du Québec.
Selon Mme Quaid, une scission de Live Nation ordonnée par la justice états-unienne aurait des conséquences de ce côté-ci de la frontière aussi, bien que limitées. « C’est certain que, s’il y a des impacts [économiques] sur l’entreprise — dans la mesure où on affecte la société mère —, ça pourrait avoir des impacts sur les exploitations dans d’autres pays. »
Et dans le cas où le procès en cours aux États-Unis mettrait en lumière des pratiques anticoncurrentielles ne respectant pas les lois d’ici, « ce serait alors aux autorités canadiennes et provinciales de lancer des poursuites », affirme l’experte en droit.
Les prix des billets ne baisseront pas nécessairement, note-t-elle, car si de nombreux acheteurs et acteurs du milieu se plaignent de l’existence d’une « taxe Ticketmaster », le fonctionnement naturel du marché — le principe de l’offre et la demande — primera toujours. « Il faut être prudent » avant de s’avancer, affirme-t-elle.
Avec l’Agence France-Presse


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