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Le paresseux, maître de la lenteur
Nous voici au cœur des forêts tropicales du Pérou. Ici, dans ce havre de biodiversité, vivent des milliers d'espèces d'oiseaux, de mammifères, de papillons et d'amphibiens. Parmi eux, il est un animal réputé dans le monde entier pour sa lenteur. Cette lenteur lui a même donné son nom, on parle bien du paresseux. Pour l'observer, il faut s'aventurer dans la forêt amazonienne, grimper aux arbres, se fondre dans le paysage. Car ce mammifère arboricole peuple les forêts tropicales d'Amérique du Sud où il vit au plus près de la cime des arbres. Tiens, en voici un, les quatre pattes solidement accrochées à une branche, il est suspendu à l'horizontale. De là, le paresseux voit le monde à l'envers, la tête en bas.
Ses petits yeux ronds nous observent avec curiosité. Ils sont entourés de taches brunes qui leur donnent l'air tombant. Son museau noir et humide et sa longue bouche étirée donnent au paresseux une bouille à croquer. Ses oreilles, elles, sont si petites qu'elles disparaissent sous son pelage. Quant à son pelage, parlons-en ! Il est dru, fouillis à la fois gris et verdâtre. Les poils du paresseux mesurent six centimètres de long et abritent toutes sortes de petites bêtes, c'est un véritable écosystème ! On y retrouve des tiques, des papillons, des coléoptères, mais aussi des champignons et des algues ! C'est à elles que le paresseux doit sa couleur verdâtre, bien utile pour passer inaperçu au cœur de la forêt amazonienne. Mais nous y reviendrons plus tard.
Autre particularité, la tête du paresseux est très mobile, elle tourne à quatre-vingt dix degrés de chaque côté car certaines espèces possèdent entre huit et neuf vertèbres cervicales, ces os de la colonne vertébrale, présents dans le cou. À titre de comparaison, nous humains n'en avons que sept ! Sa queue est courte, presque inexistante, tandis que ses pattes se terminent par de longues griffes en forme de crochets. Notre compagnon du jour qui se déplace. Lentement, il bouge une patte, puis l'autre, pour se balancer le long de la branche où il est suspendu. Chacun de ses mouvements se fait lentement, avec une grande prudence ! Les longues griffes en forme de crochets qui ornent chacune de ses pattes lui donnent une prise excellente. Mais regarde, le voilà qui lâche ses deux pattes avant et reste suspendu la tête en bas. Il essaie d'attraper une branche qui se trouve juste en dessous de lui ! Il a beau être lent, le paresseux est un véritable acrobate !
Risquer sa vie pour une pause pipi ?
Le régime alimentaire du paresseux est principalement constitué de feuilles. Elles sont à la fois toxiques et pauvres en nutriments. Il doit donc en manger une énorme quantité pour couvrir ses besoins qui sont pourtant faibles. C'est pourquoi il vit paisiblement dans les forêts tropicales, capables de lui fournir de belles feuilles, toute l'année. Le paresseux passe la majorité de son temps à dormir et à manger. Une fois par semaine, il se lance dans une longue descente, direction la terre ferme. Au sol, il est encore plus lent que dans les arbres ! Il se traîne péniblement jusqu'à trouver un endroit, où faire ses besoins. Avec sa toute petite queue, il creuse alors un trou, avant d'y déposer ses excréments. L'opération est périlleuse. Sur la terre ferme, jaguar, ocelots et autres prédateurs attendent le moment opportun pour l'attaquer. Car il est incapable de se carapater ! Ce simple tour aux toilettes coûte au paresseux un dixième de son énergie de la journée, et met sa survie en danger. Pourtant, le paresseux continue de prendre ce risque et descend une fois par semaine, quoiqu'il arrive, pour faire ses besoins sur la terre ferme.
Pendant longtemps, le paresseux a été moqué, pour son allure étrange et sa lenteur. Sa survie était un mystère pour les scientifiques. Mais derrière sa lenteur, le paresseux cache une véritable stratégie de survie : grâce à elle, il économise de l'énergie. Étonnés par les risques pris par le paresseux pour faire ses besoins, les scientifiques se sont lancés dans l'étude de cet étrange phénomène. Leur hypothèse de départ était simple : si le paresseux prend un tel risque, il doit avoir une bonne raison pour le faire ! Les chercheurs se sont donc mis à l'observer et à étudier le pelage de plusieurs paresseux. Ils ont alors fait une découverte étonnante !
Une alliance secrète avec d’autres espèces
Lorsque le paresseux parvient enfin à faire ses besoins sur la terre ferme au risque d'y perdre la vie, un acteur un peu spécial intervient : le papillon de nuit. Les femelles papillons qui vivent sur le pelage du paresseux, profitent de son petit tour aux toilettes, pour pondre leurs œufs directement sur ses crottes. Ces œufs deviennent ensuite des larves. Or, ces larves sont coprophages, ce qui signifie qu'elles vont pouvoir grandir en se nourrissant des excréments du paresseux. Une fois devenue adulte, cette nouvelle génération de papillons de nuit vole en quête d'un paresseux sur lequel s'installer ! Chaque papillon élit alors domicile sur le paresseux de son choix. Dans certains cas, les scientifiques ont compté plus de cent papillons vivant sur un seul paresseux.
Mais l'aventure ne s'arrête pas là. En s'installant sur la fourrure du paresseux, les papillons y laissent de la matière, comme celle de leurs excréments par exemple. Cette matière se mélange à l'eau qui mouille le paresseux lorsqu'il pleut. Toute cette tambouille crée les conditions idéales pour que des algues se propagent sur le pelage de l'animal ! Ce sont ces algues qui lui donnent une couleur verte : un précieux camouflage dans la forêt amazonienne. Elles lui servent aussi d'encas, car le paresseux n'hésite pas à se nourrir des algues présentes à même son poil. Ainsi lorsque le paresseux risque sa vie pour aller faire ses besoins, il permet à une autre espèce, le papillon, de mener à bien son cycle de vie. Ce papillon le lui rend bien, en aidant les algues essentielles à son camouflage à se développer à la surface de son poil. Les scientifiques ont donc découvert un arrangement, qui bénéficie à la fois au paresseux, aux papillons et aux algues. Dans cet arrangement, appelé mutualisme, chacun a quelque chose à gagner. Comme quoi on peut être petit, d'une lenteur infinie et être capable de nouer des alliances improbables avec d'autres espèces pour garantir sa survie !


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