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Le Nouveau-Brunswick doit-il s’inquiéter d’une réduction de sa cote de crédit?

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Entre un déficit prévu record et un exercice budgétaire où compressions est le mot d’ordre, la situation financière du Nouveau-Brunswick est tendue. L’est-elle toutefois suffisamment pour voir sa cote de crédit, décisive pour sa capacité d'emprunt, baisser?

L’agence de notation Morningstar DBRS n’exclut ni un maintien de la cote actuelle de A (haut), ni une baisse pour sa révision fort probablement publiée au printemps.

Nous ne verrons pas une hausse dans la cote du Nouveau-Brunswick. Peuvent-ils continuer de gérer un déficit plus important pour une certaine période et une augmentation temporaire de la dette? Possiblement, dit en anglais Travis Shaw, vice-président et chef de secteur pour les notations souveraines mondiales.

Travis Shaw.

Travis Shaw de Morningstar DBRS.

Photo : Radio-Canada

Morningstar DBRS est l’une des trois agences qui évaluent le Nouveau-Brunswick. Les autres sont Standard and Poor’s et Moody’s Investors Service.

En attente du budget

Avant de se prononcer plus directement sur le cas du Nouveau-Brunswick, l’agence de notation attend le dépôt du budget provincial, le 17 mars.

Nous voulons voir le plan à moyen terme, pas uniquement les pressions d’aujourd’hui, mais vraiment comment ils vont s’en occuper, explique Travis Shaw, qui souligne que l’évaluation s’intéresse à la capacité de la province de rembourser sa dette.

Pour l’instant, le Nouveau-Brunswick affiche un déficit prévu de plus de 1,3 milliard de dollars, un record dans l’histoire de la province.

Pour corriger le tir à plus long terme, le gouvernement propose des compressions, qui doivent être annoncées dans le cadre du budget.

Une photo de l'Assemblée législative lors de l'automne 2024.

le Nouveau-Brunswick affiche un déficit prévu de plus de 1,3 milliard de dollars (archives).

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Fredericton a soumis plusieurs suggestions au public et certaines propositions pour l’avenir de l'éducation postsecondaire ont fait irruption dans l’espace public.

Mais, même si à court terme des compressions peuvent redorer l’économie d’une province, elles ne sont pas toujours synonymes du maintien ou de l’amélioration de la cote.

Des gouvernements ont tenté de réduire la taille de la dette en réduisant les dépenses en capitaux, parce que ça a un effet direct sur la dette. Mais, inévitablement, ça crée des besoins non comblés à terme qui réapparaissent et on voit le besoin de réinvestir pour combler le besoin d'entretien, combler les demandes de la population, déclare-t-il.

Pas juste une question de budget

Mais, il serait faux de penser que la révision d’une agence de notation ne repose que sur un budget.

Autre sujet sur lequel l’agence tient un œil très attentif : la société Énergie NB, dont la dette atteint un peu moins de 6,2 milliards de dollars.

De plus, Énergie NB a plusieurs projets à réaliser dans les prochaines années : une réfection de la centrale hydroélectrique de Mactaquac, le projet de fin de vie pour la centrale de Belledune et la mise sur pied d’une centrale au gaz naturel dans le Sud-Est pour augmenter sa capacité de production.

Du béton craqué

Une réaction chimique cause les fissures de la centrale hydroélectrique de Mactaquac, ce qui force des travaux.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Cammarano

Nous nous inquiétons de la manière dont ces obligations, ces investissements nécessaires en capitaux pourraient possiblement se retrouver sur le dos de la province, ou demander une certaine aide, si le coût devient trop élevé ou trop important pour le transférer aux clients [d’Énergie NB] directement , explique Travis Shaw.

Cette situation délicate a poussé le gouvernement du Nouveau-Brunswick à ordonner un examen indépendant sur l’avenir de la société de la Couronne, dont le rapport final doit être publié ce mois-ci.

Les drapeaux des États-Unis et du Canada flottent devant un ciel sombre.

Les drapeaux des États-Unis et du Canada flottent près du poste frontalier du pont Blue Water à Point Edward (archives).

Photo : Getty Images / AFP / GEOFF ROBINS

Le représentant de Morningstar DBRS dit aussi garder à l'œil les tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis.

Jusqu’à maintenant, Travis Shaw estime que l’effet est minime sur le Nouveau-Brunswick, mais les négociations canado-américaines au sujet d'un nouvel accord et des efforts de diversification du Canada pourraient venir influencer la cote de la province, dont les exportations, au début des tensions commerciales, étaient à grande majorité à destination des États-Unis.

Les conséquences d’une baisse de la cote

Si elle devait se produire, une baisse de la cote de crédit du Nouveau-Brunswick pourrait compliquer la gestion des finances, selon l’économiste Pierre-Marcel Desjardins.

Il y aura une augmentation des taux d'intérêt et, deuxièmement, certains fonds de pension, certains fonds ont des risques différents en fonction des cotes. Donc, si on perd au niveau de la cote, cette perte de cote- là ou cette diminution de la cote pourrait faire en sorte que certains fonds de pension ne pourront plus prêter à la province, explique le professeur à l'École des hautes études publiques de l'Université de Moncton.

Pour ses nouveaux emprunts, le Nouveau-Brunswick devrait donc payer plus d'intérêts et faire affaire avec un nombre de prêteurs limité.

Pierre-Marcel Desjardins.

L'économiste Pierre-Marcel Desjardins

Photo : Radio-Canada

Si on paye plus d'intérêts, on a moins d'argent pour la santé, l'éducation, pour les routes et toutes les autres choses. Donc, ça réduit notre marge de manœuvre, ajoute le professeur, au sujet des effets d'une baisse.

On ne peut avoir une baisse de plusieurs niveaux d'un coup, mais c'est terrain glissant, poursuit-il.

Le gouvernement est impatient de rencontrer les agences

Un porte-parole du ministère des Finances n’indique pas si le maintien de la cote de crédit pousse le gouvernement du Nouveau-Brunswick à étudier les compressions évoquées actuellement.

Mais il précise : Nous aurons toujours des priorités et des pressions à la hausse sur les dépenses, c'est pourquoi nous devons gérer les dépenses globales du mieux possible.

Nous sommes impatients de rencontrer les agences de notation après la présentation du budget, où nous aurons l'occasion d'expliquer notre plan budgétaire, ajoute-t-il.

Il y a quelques semaines, la Nouvelle-Écosse voyait sa cote de crédit baisser.

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