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Collège Glendon : bâtiments mal entretenus, à qui la faute?

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L’Université York à Toronto est confrontée à des défis entourant l’entretien des immeubles du Collège Glendon depuis plusieurs années. York évoque maintenant les travaux requis dans sa proposition de déménager le collège bilingue. Mais dans quel état les infrastructures se trouvent-elles véritablement?

Au mois de mai, la rectrice intérimaire de l’Université York, Laina Bay-Cheng, a rencontré le corps professoral de Glendon avec une proposition : autoriser le rapatriement des activités du Collège Glendon sur son campus principal, appelé Keele, dans le nord de Toronto.

Dans sa présentation, Mme Bay-Cheng a présenté les bienfaits d’une telle proposition. Parmi ceux-ci : la réduction des dépenses associées à l’entretien des bâtiments.

Sonny Day, président du syndicat du personnel de l'Université York (YUSA) pense, lui, qu'il n'existe pas de problème spectaculaire nécessitant la fermeture du campus [Glendon].

C'est le genre d'affaire que vous trouverez dans n'importe quel immeuble bâti dans les années 1950 ou 1960.

Aucun enjeu n'empêche les 80 à 100 membres de YUSA à Glendon de faire leur travail, dit-il.

Le manoir vu de face, à partir des tours se trouvant au pied du sentier.

Le Manoir Glendon, qui est énuméré dans le registre du patrimoine de Toronto.

Photo : Radio-Canada

La présentation de Mme Bay-Cheng en mai n'était pas la seule mention du genre de l’Université York au sujet de l'entretien de Glendon dans le cadre de ses communications avec les professeurs.

La liste des travaux d’entretien différé [...] s’allonge, a-t-elle aussi écrit dans un courriel au personnel le 18 mai. Elle énumérait alors les conséquences du déficit causé par la baisse des inscriptions au Collège.

Entretien insuffisant

L'Université York s’appuie sur un regard externe pour déterminer ses besoins en matière d’entretien. En 2023, la vérificatrice générale (VG) de l’Ontario, dans un rapport de 60 pages, s’est penchée sur le retard important en la matière à York.

La VG explique que les établissements comme York, selon les normes du secteur, doivent consacrer 1,5 % à 2,5 % de la valeur totale de remplacement de l’ensemble de leurs actifs à l’entretien différé, soit l’entretien qui a été reporté ou en retard.

Pour atteindre cette norme, York aurait à dépenser entre 56 et 93 millions de dollars chaque année.

Or, selon la VG, York a dépensé en moyenne seulement 19 millions en entretien différé chaque année pour la période de 2018-2019 à 2022-2023.

Le bâtiment vu de l'extérieur.

Le Pavillon York du Collège Glendon

Photo : Radio-Canada / Étienne Lajoie

Cela fait en sorte que le solde d'entretien différé continue de s'accumuler sur le campus. Ce dernier a plus que doublé entre 2019 et 2023. Sur le campus Glendon précisément, il atteignait 82,2 millions en 2023.

L'Université York se défend

L’Université York affirme que, comme pour toutes les universités dotées d’installations, d’équipements et de terrains plus anciens, les ressources disponibles ne sont jamais suffisantes pour mener à bien tous les travaux nécessaires aussi rapidement que voulu.

Les immeubles du campus Glendon ont en effet principalement été bâtis entre 1961 et 1964. Jusqu’à la construction du Centre d’excellence en 2012, aucun nouveau bâtiment n’a été construit sur le campus dans les 50 dernières années, peut-on lire dans un document rédigé par la société de développement de l’Université (YUDC), en 2016.

L'immeuble de deux étages vu d'un jardin. On voit une porte vitrée et plusieurs petites fenêtres, ainsi qu'un balcon au deuxième étage.

La façade est du Manoir Glendon, sur le campus du même nom.

Photo : Radio-Canada / Étienne Lajoie

Le porte-parole de York, Yanni Dagonas, affirme que l’Université a dépensé 25 millions pour l’entretien différé en 2023-2024, puis que le budget a été réduit en raison de contraintes budgétaires institutionnelles. L’Université dit que le financement sera rétabli quand l’établissement retrouvera l’équilibre budgétaire, ce qui ne surviendra que dans deux ans.

Cela dit, l'Université York est loin d'être le seul établissement postsecondaire qui est confronté à ce type de défi. À l'Université de Toronto, l'arriéré d'entretien différé a atteint 1,5 milliard en 2025. L'année précédente, l'établissement a déclaré que cela était principalement dû aux taux d'inflation constamment élevés.

À noter que les conclusions de la VG concernant l'entretien différé ont été dénoncées par certains experts du secteur postsecondaire. Dans un billet publié en réaction au rapport, le consultant Alex Usher, de la firme Higher Education Strategy Associates, écrit que la VGne semble pas avoir la fortitude mentale de proposer quel secteur académique devrait être coupé afin de prioriser l'infrastructure.

Un nouveau campus dénoncé

La VG relevait que York avait affecté beaucoup plus de ressources à la construction de nouveaux immeubles et à des projets d’agrandissement qu’à l’entretien différé dans les cinq dernières années. Durant cette période, l'Université a, notamment, inauguré son nouveau campus, à Markham.

Des membres de la communauté universitaire, à qui Radio-Canada a parlé au cours des dernières semaines, s'interrogent sur la décision de financer la construction d'un nouveau campus, compte tenu des besoins de Glendon.

Nous accusons un déficit budgétaire, mais nous avons de l’argent à dépenser [pour un nouveau campus à Markham].

Le campus de 10 étages vu des airs. Il est entouré de routes passantes, de verdure et est situé dans un quartier en développement.

Le campus de Markham de l'Université York a été bâti au coût de 280,5 millions de dollars. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Patrick Morrell

La VG indique que les coûts de construction du campus de Markham étaient estimés à 260,5 millions. Le chien de garde de la province avait par ailleurs déterminé que l’établissement avait sous-estimé de six ans le temps requis pour couvrir cet investissement en capital. (Les coûts totaux sont estimés à 280,5 millions dans le plus récent budget pluriannuel de l’Université.)

Anticipant déjà des questions à l’égard du campus, l’Université s’est défendue à l’égard de Markham à la suite du dépôt du rapport. La région de York, où se situe Markham, est l’un des secteurs les plus en croissance en Ontario, a-t-elle justifié. Elle a noté que cette croissance pourrait lui permettre d’augmenter le nombre d’étudiants.

À terme, l’Université espère pouvoir accueillir plus de 4000 étudiants à Markham. Lors de la session d’hiver, le campus en comptait 823.

York a déjà songé à agrandir Glendon

Bien qu’elle envisage maintenant de déménager Glendon, il y a 10 ans, l’Université York évaluait plutôt la possibilité de construire de nouveaux bâtiments sur le campus.

Ceux-ci, disait-elle, pourraient permettre d'accueillir jusqu’à 4000 étudiants.

Dans un premier scénario, l’Université proposait la construction d’un nouvel immeuble de trois ou quatre étages, d’environ 5575 à 7432 m2 au sud du Centre d’excellence, à l’entrée du campus. Dans un second, elle suggérait aussi la rénovation d’une aile du York Hall et la création d’une nouvelle entrée dans la portion est du bâtiment.

Jusqu’à 14 492 m2 de nouveaux espaces académiques peuvent être bâtis si les deux scénarios sont construits, ce qui ferait passer à 47 937 m2 l’espace académique total sur le campus, ce qui est suffisant pour accueillir 4000 étudiants.

En réponse aux demandes de la communauté, le document proposait même la construction d’une Maison de la francophonie de deux étages adjacente à la loge de garde, qui a une protection patrimoniale de la Ville de Toronto.

Des bâtiments historiques

La loge de garde est l’un des joyaux historiques du campus, au même titre que le Manoir Glendon, qui a été construit dans les années 1920 pour l’homme d’affaires Edward Rogers Wood et son épouse Agnes Euphemia (Phemie) Smart.

Quelques décennies plus tard, le manoir et le domaine du couple ont été légués à l'Université de Toronto, qui l’a ensuite transféré à York.

Aujourd’hui, la loge de garde, le manoir ainsi que les portes du campus sont énumérés au registre patrimonial de la Ville de Toronto, un statut qui se distingue de la désignation. Une désignation offre une protection plus rigoureuse qu’une énumération.

Une porte-parole de la Ville de Toronto affirme que, si une demande de construction visant le campus est déposée, la Municipalité vérifiera si les trois structures doivent être désignées.

Une plaque en métal située tout près de la fenêtre de l'immeuble décrivant l'histoire du campus.

Une plaque commémorative a récemment été installée devant le Manoir Glendon par l'Université York, en collaboration avec la Fiducie du patrimoine ontarien.

Photo : Radio-Canada

Il y a seulement sept mois, la Fiducie du patrimoine ontarien a par ailleurs commémoré Glendon avec une plaque provinciale devant le pavillon Glendon. Dans un communiqué annonçant l’installation de la plaque, la Fiducie décrivait le Collège comme une pierre angulaire du patrimoine éducatif de l’Ontario.

Mais cette reconnaissance ne confère aucune protection formelle du site ou des bâtiments, précise David Leonard, porte-parole de la Fiducie. Pendant le processus de développement, nous n’avons eu aucune discussion avec l’Université au sujet de leurs plans pour l’avenir du Glendon, qui relève de leur compétence, précise-t-il par courriel.

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