NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
FIGAROVOX/TRIBUNE - Alors que le Japon commémore cette année les 80 ans des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki, une déclaration de la première ministre Sanae Takaïchi, appelant à l’acquisition de l’arme nucléaire, ravive un débat sensible, explique l’historien Christian Kessler.
Historien, Christian Kessler enseigne à L’Athénée Français et à l’université Musashi de Tokyo. Dernier ouvrage paru : J’étais un kamikaze, Ryuji Nagatsuka, Présentation et notes de Christian Kessler, Perrin (Tempus), août 2021.
En août 2025, comme chaque année, le pays tout entier a célébré l’anniversaire des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki. D’autant plus en 2025 qui en marque le quatre-vingtième anniversaire. Paradoxe s’il en est, le cabinet de la nouvelle première ministre, Sanae Takaïchi, vient de déclarer ce 18 décembre qu’à ses yeux l’archipel se devait de posséder l’arme nucléaire. Cette déclaration qui a mis le pays et ses voisins en émoi n’a en vérité rien de nouveau. Dès les années 1950, la politique nucléaire du Japon s’organise. La première étape a consisté à occulter le Japon comme faiseur de victimes pendant la guerre, le transformant au contraire en victime de l’ère nucléaire. Ce n’est rien d’autre que reconnaître que l’esprit japonais a dû plier devant la technologie américaine.
Ainsi, dès la fin de la guerre, le Japon est donc ramené au milieu du XIXe siècle lorsque sous la menace des canonnières américaines du Commodore Péri il découvre la puissance technologique de l’Occident colonisateur et décide lors de la restauration de Meiji de s’aligner sur cette technologie pour garder sa civilisation, voire prendre sa revanche. Il va donc agir de même face à la défaite de 1945 imputée à son retard technologique. Ainsi l’atomisation de Hiroshima et Nagasaki est réversible en facteur de puissance. Satô Eisaku, frère de Kishi Nobosuke ancien criminel de classe A et lui aussi premier ministre, reprend l’idée de son aîné en déclarant au président Lyndon Johnson en janvier 1965 que dans la mesure où la Chine possède l’arme nucléaire, il ne voit pas pourquoi ce ne serait pas possible pour son pays, mais est obligé d’atténuer sa position en proposant le 11 décembre 1967 à l’approbation de la diète les trois non au nucléaire - un non à la fabrication, un non à la possession, et un non à la détention de l’arme nucléaire (motazu, tsukurazu, mochikomaseru).
En 2006, la Corée du Nord qui s’est retirée du TNP effectue son premier essai nucléaire, suivi de cinq autres.
Ces trois non, que le Japon ne cesse de mettre en avant, ne l’empêchent pas à l’orée des années 1970 - grâce à ses capacités technologiques, financières, et aussi grâce à ses stocks de plutonium dans ses centrales nucléaires - de pouvoir fabriquer des armes nucléaires en un laps de temps très court. Le Japon devient ainsi une puissance nucléaire virtuelle, qui à côté du parapluie nucléaire américain, possède donc une dissuasion personnelle, suffisante alors pour s’en contenter. Si Satô obtient le prix Nobel de la paix en 1974 pour avoir freiné la prolifération atomique, il inaugure en même temps une imposture de plus de trente ans à laquelle une grande partie de la classe politique japonaise ainsi que les pays étrangers ont souscrit. En effet, en 1969, lors de la rétrocession d’Okinawa occupée depuis la fin de la guerre par les Américains, Nixon et Satô signent un pacte secret révélé en 1994 et confirmé en 2009, pacte qui autorise l’introduction d’armes nucléaires sur le sol japonais en cas de nécessité et le maintien des sites de stockage nucléaire déjà existants sur Okinawa. On voit donc que très tôt, l’arme nucléaire n’est pas un tabou pour certains.
Petit à petit, ces dirigeants cherchent à dépasser par des déclarations ici ou là, les non au nucléaire militaire. En 1970 toujours, Nakasone Yasuhiro alors pas encore premier ministre mais directeur des forces d’autodéfense - euphémisme pour désigner l’armée japonaise - estime que la possession d’armes nucléaires tactiques ne contrevient en rien à la constitution pacifiste. Dans les années 2000 plusieurs hommes politiques reprennent ce discours quittent à devoir parfois démissionner en conséquence. Et puis, les menaces extérieures viennent à la rescousse des tenants du nucléaire militaire. En 2006, la Corée du Nord qui s’est retirée du TNP effectue son premier essai nucléaire, suivi de cinq autres. Nombre de révisionnistes ultranationalistes qui voudraient modifier l’article 9 de la constitution pacifique, n’hésitent plus à expliquer que la guerre contre la Chine n’était pas une guerre d’agression mais une guerre de défense contre le communisme et que face à la montée en puissance de son voisin, il faut absolument fabriquer la bombe.
Face à la Chine, à la Corée du Nord, à la Russie et sa rhétorique nucléaire, le Japon, ses dirigeants, sa population, souhaite de plus en plus, s’autonomiser des États-Unis.
Face à ces jusqu’au-boutistes, « les faucons réalistes » qui eux reconnaissent quelque peu les erreurs de la seconde guerre mondiale - c’est le cas de Shigeru Ishiba - s’alignent néanmoins de plus en plus sur un Japon doté de l’arme atomique. Il y a donc convergence de vue d’autant que la présidence Trump avec son slogan « America First » affaiblit la fiabilité d’une alliance qui existe toujours mais paraît de moins en moins ferme. Cette volonté bien ancienne de posséder l’arme absolue, n’est plus l’apanage des ultranationalistes, mais couvre une grande partie de l’échiquier politique japonais, des centristes aux sociaux-démocrates et aujourd’hui à une partie non négligeable de la population civile.
En ne signant pas le TIAN (traité sur l’interdiction des armes nucléaires) mais seulement le TNP (traité de non- prolifération) qui reconnaît cinq puissances nucléaires de plein droit (États-Unis, Russie, Chine, Angleterre France), le Japon encourage certes à se débarrasser des armes nucléaires, mais ne se fait plus d’illusion et montre de manière crue sa volonté de posséder dans un horizon proche des armes atomiques, n’en déplaise à tous les observateurs qui se sont laissés aveugler depuis la fin de la guerre par le discours apaisant, lénifiant, d’un Japon à tout jamais réfractaire au nucléaire et avide de paix.
Oui, le Japon veut toujours renforcer le TNP, et oui, il affirme toujours haut et fort son pacifisme. Mais face à la Chine, à la Corée du Nord, à la Russie et sa rhétorique nucléaire, le Japon, ses dirigeants, sa population, souhaite de plus en plus, s’autonomiser des États-Unis et disposer d’une puissance militaire proportionnelle à sa puissance économique. Quatrième armée du monde pour ses dépenses, le Japon ne s’interdit plus une marche en avant vers l’éventualité non plus d’une dissuasion virtuelle, mais d’une dissuasion réelle. Il a donc à sa disposition deux discours : le premier consiste à respecter les « trois non » et à s’en tenir à être une puissance infra-nucléaire, ou bien, comme cela semble maintenant possible, fabriquer sa propre bombe en estimant que ce n’est pas contradictoire avec sa constitution ou plus encore pour les plus va-t’en guerre à changer carrément cette constitution pacifiste considérée comme ayant été imposée par le vainqueur de la seconde guerre mondiale.
À lire aussi 80 ans d’Hiroshima et Nagasaki : comment le Japon a forgé son récit national de la Seconde Guerre mondiale
En tout état de cause, il faudra tenir compte de la position américaine, celle d’un désengagement progressif ou au contraire, celle de la réaffirmation d’un Japon trop important face à la Chine pour s’en éloigner. De là dépendra l’orientation future du Japon qui s’il ne veut, ne peut sans doute plus s’aligner sur les très grandes puissances comme il l’avait espéré dans les années trente et quarante, estime qu’il doit rester au moins une puissance moyenne, capable de protéger les îles les plus éloignées de l’archipel ainsi que ses voies d’approvisionnement maritimes sans lesquelles il ne peut subsister.
La question est donc de savoir si le développement des capacités militaires encouragé par les Américains face à la Chine, ira un jour jusqu’à occulter la fameuse « allergie nucléaire » (genpatsu arerugi), ce pacifisme de circonstance, et faire de l’archipel une nation nucléaire militaire de plein droit. Car si la Guerre Froide lui a donné un univers géopolitique clairement hiérarchisé et stable - après l’irruption désorganisatrice des Occidentaux au XIXe siècle - la mondialisation et le bouleversement des rapports planétaires le replongent aujourd’hui à nouveau dans un environnement changeant où il n’est guère à l’aise, où il ne sait plus très bien où est sa place et qui dans le pire des cas pourrait le faire réagir agressivement.


5 month_ago
80



























.jpg)






French (CA)