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Mohamud Farah a écopé, lundi, de 7 ans de prison pour homicide involontaire relativement à une fusillade qui a tué Shamar Powell-Flowers, en 2023, à Toronto. L’individu était accusé de meurtre non prémédité avant qu’il ne plaide coupable en mai d’une accusation réduite. Son coaccusé, Michael Bebee, connaîtra sa peine dans deux semaines.
Avant même que la juge ne prononce la peine retenue contre Mohamud Farah, la famille Powell-Flowers s’est levée en signe de protestation, en criant F*** la justice au Canada avant de quitter le prétoire.
La commotion s’est poursuivie dans le couloir et les cris et les pleurs étaient si forts que la juge a interrompu sa lecture et demandé à un policier de veiller à la sécurité juste à l’extérieur.

Shamar Powell-Flowers a été tué d’une balle lors d’une bagarre entre cinq individus la nuit du 23 juillet 2023 dans le quartier grec de Toronto. On ignore exactement qui possédait l’arme.
Photo : Avec l’autorisation du service de la police de Toronto
Les membres de la famille éplorée n’avaient pas pu se retenir lorsque la juge a signifié à la Couronne que la peine qu’elle réclamait contre Mohamud Farah, soit 10 ans, était trop sévère.
À l’extérieur du prétoire, durant la pause, la famille a invectivé celle de Michael Bebee, le coaccusé de Mohamud Farah.
Cinq policiers supplémentaires ont été envoyés en renfort sur l’étage pendant que des employées des services aux témoins et aux familles du tribunal séparaient les deux groupes.
Rappel des événements
En reprenant sa lecture, la juge Jane Kelly, de la Cour supérieure de l’Ontario, affirme que la peine de 4 ans de prison que demandait la défense de Mohamud Farah n’était pas plus convenable, car trop clémente.
Shamar Powell-Flowers a été tué alors qu’il se promenait avec deux amis, Christopher Furtado and Eid Hassan, dans le quartier grec, vers 3 h le 23 juillet 2023.
Les trois hommes ont alors eu une altercation avec deux autres individus qui se trouvaient dans une Nissan.
Une caméra a capté Shamar Powell-Flowers retourner à sa voiture pour y prendre quelque chose, mais la vidéo n’est pas nette à ce sujet, si bien qu’on ignore s’il est allé chercher une arme.

La fusillade du 23 juillet 2023 est survenue à l’intersection de la rue Carlaw et de l’avenue Danforth dans le quartier grec de Toronto. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / David Hill
Shamar Powell-Flowers est retourné rejoindre ses amis sur le trottoir. La déclaration commune des faits indique qu’une arme a été introduite dans la bagarre et que M. Farah s’en est momentanément emparée et qu’il a tiré un seul coup de feu vers la victime, qui s’approchait de lui.
La victime a été atteinte au thorax, M. Furtado a été blessé à la tête et M. Hassan dit avoir senti quelque chose le frapper dans l’œil.
La Nissan a pris la fuite vers l’est. L’arme a été retrouvée dans les Maritimes, où elle a été utilisée dans une autre fusillade à Halifax le 12 mars 2024.
Dans leur témoignage à la police, MM. Furtado et Hassan ont toutefois été incapables d’identifier le tireur.
Raisons de la magistrate
Dans sa sentence, la juge a lu les déclarations de la mère, des sœurs et du frère de Shamar au sujet de l’impact que la mort du travailleur de la construction a eu sur leur vie.
Elle ajoute que la victime était un homme calme, aimable et bienveillant. On lui a volé les plus belles années de sa vie, répète-t-elle.
Les amis de la victime l’avaient en outre décrite comme un homme extraordinaire, dynamique et déterminé qui ne se plaignait jamais.
La magistrate précise néanmoins qu’elle a les mains liées par le fait qu’on ne sait pas qui exactement a ouvert le feu cette nuit-là, puisqu’il se pourrait que la victime ait laissé tomber son arme sur la chaussée et que Farah l’ait ramassée.

La fusillade mortelle s’est produite quelques heures seulement après que des membres du quartier se furent rassemblés dans un parc pour commémorer les cinq ans de la fusillade, qui a fait deux morts en 2018 presque au même endroit.
Photo : Radio-Canada / David Hill
Elle a tenu compte de facteurs aggravants, comme les lourds antécédents judiciaires de l’accusé dans le trafic de drogue, les violations à ses conditions de remise en liberté, son mépris pour l’administration judiciaire et l’impact sur la famille Powell-Flowers et les deux survivants.
Une arme à feu a été utilisée cette nuit-là et M. Farah a choisi de tirer, rappelle-t-elle.
La juge a également retenu des facteurs atténuants, comme le plaidoyer de l’accusé, ses remords et ses excuses à la famille de la victime.
Elle ajoute en outre qu’un plaidoyer de culpabilité qui mène à la prison est préférable à un verdict d’acquittement qui mène à la liberté.
Un procès avec jury aurait pu acquitter M. Farah à cause de la faiblesse des preuves de la Couronne, dit-elle en soulignant qu’il n’existe aucune preuve que MM. Farah et Bebee étaient armés.
C’était une attaque cruelle qui a eu des conséquences tragiques et aucun châtiment ne pourra ramener la victime à la vie ni atténuer les souffrances de sa famille, conclut-elle.
Audience du coaccusé
Mohamud Farah a été arrêté en Ontario en août 2023 et Michael Bebee, à l’Île-du-Prince-Édouard en avril 2024. Ils étaient accusés au départ de meurtre non prémédité.
M. Bebee a figuré sur la liste des fugitifs les plus recherchés au Canada par le programme Bolo (Soyez vigilants). Il a plaidé coupable d’une accusation de complicité après le fait en lien avec la mort de Shamar Powell-Flowers.
La Couronnea exigée 6 ans et demi et la défense, 4 ans et demi. La défense soutient toutefois que son client a déjà purgé sa peine en détention préventive et qu’il devrait seulement soumis à une période de probation.
Il n’en fallait pas moins pour provoquer à nouveau la colère de Shamar Powell-Flowers, qui était revenue dans le prétoire après la pause. Il va s’en tirer sans avoir purgé sa peine, a crié l’une des sœurs de la victime.
La procureure Minu Walia rappelle que Michael Bebee a fui la scène du crime, qu’il a transporté son arme à feu dans une autre province où il s’en est débarrassé et laquelle a été utilisée dans une autre fusillade.

Michael Bebee est filmé par une caméra de surveillance près de l’intersection des rues Carlaw et Danforth dans le quartier grec de Toronto la nuit du 23 juillet 2023.
Photo : Avec l’autorisation du service de la police de Toronto
Elle cite le lourd passé criminel de l’individu pour vol, conduite dangereuse d’un véhicule motorisé, possession d’armes à feu, trafic de drogue et plusieurs violations d’ordonnance des tribunaux.
L’avocat Monte McGregor affirme que son client de 37 ans a le soutien inconditionnel de sa famille, qu’il a choisi de plaider coupable alors qu’un jury aurait pu l’acquitter, qu’il a présenté des excuses et qu’il n’a pas pu assister à la naissance de son fils lorsqu’il a été appréhendé.
Me McGregor ajoute que son client doit endurer des conditions de détention difficile dans une prison surpeuplée qui fait souvent l’objet de confinement et de verrouillage, parce que la direction de l’établissement est incapable de bien gérer son personnel.
Mon client n’a droit ni à une douche, ni au téléphone pour appeler son avocat, ni à une attention médicale, son lit est infesté de punaises et il est soumis à de nombreuses fouilles, dit-il.
En comptant le temps qu’il a passé en détention préventive et la sévérité de son incarcération, l’avocat affirme que son client a déjà fini de purger sa peine.
La sentence contre Michael Bebee sera rendue le 15 juin.
Une nouvelle vocation
À l’extérieur du tribunal, Charmaine Flowers a vivement dénoncé la peine prononcée contre Mohamud Farah, en affirmant que la justice au Canada est une comédie et qu’elle ne sert aucunement les victimes.
Je suis moi aussi condamnée par mon chagrin et mon fils n’aura jamais droit à une libération conditionnelle, il n’aura jamais de famille, il ne me verra jamais vieillir, dit-elle.
Elle soutient que la peine est disproportionnée et qu’il aurait dû être condamné à la perpétuité. Quand une personne ouvre le feu sur une autre, cela devrait être la prison à vie, poursuit-elle.
Mme Flowers a décoché une flèche également à l’endroit de la police qui n’a pas bien fait son travail et des deux amis de son fils qu’elle a traités de lâches pour ne pas s’être rappelée de quoi que ce soit cette nuit-là.
Elle affirme qu’elle s’est donné pour objectif dans la vie de défendre son fils et les mères qui sont dans la même situation qu’elle.
Mme Flowers compte à ce sujet faire pression sur les gouvernements pour qu’ils durcissent les peines contre les utilisateurs d’armes à feu et suppriment les libérations sous caution.
Au moment de la fusillade, M. Farah avait été libéré sous caution en attendant son procès pour trafic de drogue.


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