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Un chantier gigantesque est en cours dans le secteur de la santé : la réforme de la nomenclature des prestations médicales. En substance, elle vise à redéfinir l'honoraire que touche le médecin pour chaque acte qu'il pose. C'est dans ce contexte que les psychiatres ambulatoires (qui exercent en cabinet et non à l'hôpital), tirent la sonnette d'alarme. "On voit de plus en plus de jeunes partir vers le secteur hospitalier, déplore le Dr Thomas Van der Poorten, président de la Fédération belge de psychiatrie ambulatoire (FBPA). La raison de cette hémorragie est simple : elle est financière. Notre rémunération est trop faible."
Le revenu médian du psychiatre ambulatoire s'élève à 71 997 euros par an, fait-il valoir sur la base des chiffres 2024 de l'Inami (Institut national d'assurance maladie-invalidité). C'est trois fois moins que son collègue hospitalier. "J'ai 35 ans. Je reste en ambulatoire par entêtement. Mais, même moi, je commence à m'interroger sur mon avenir et à regarder ailleurs." L'activité ambulatoire serait ainsi en train de "se vider", en recul de 4 % entre 2018 et 2024.
Or, craint-il, la réforme de la nomenclature pourrait encore aggraver la situation. Les psychiatres mènent deux types de consultations : les courtes, de 30 minutes, facturées à 64,98 euros ; et les longues, de trois quarts d'heures, facturée à 98,01 euros. Selon ce que prévoit à ce stade la réforme de la nomenclature, explique Thomas Van der Poorten, ces consultations longues sont amenées à disparaître.
Une consultation longue, c'est le cœur de tout parcours psychiatrique sérieux. Le temps est le seul instrument dont dispose le psychiatre.
"Une consultation longue – qui, dans la pratique, dure souvent plus que 45 minutes –, c'est le temps qu'il nous faut pour évaluer en profondeur nos patients. C'est le cœur de tout parcours psychiatrique sérieux. En 30 minutes, on a juste le temps de parler de médication. Le temps est le seul instrument dont dispose le psychiatre, là où d'autres médecins ont des appareils. On ne veut pas réduire notre métier à la médication. La thérapie peut aider à débarrasser les patients de médicaments. La psychothérapie est une forme de traitement par la parole. Des pathologies telles que les troubles de la personnalité ou les stress post-traumatiques requièrent une psychothérapie."
La recherche des "Soins appropriés"
Thomas Van der Poorten admet que "des abus ont pu exister" – des praticiens facturant des consultations longues alors que celles-ci duraient moins d'une demi-heure – "mais ils ne justifient pas la suppression des consultations longues". Et il s'inquiète d'une politique de soins de santé qui privilégie l'hospitalisation des patients souffrant de troubles mentaux complexes, aux dépens des soins ambulatoires, pourtant aptes à prendre en charge la plupart de ces cas.
Samedi, dans La Libre, le patron de l'Inami, Pedro Facon, faisait la promotion des "soins appropriés", dont l'objectif est l'utilisation efficiente des ressources financières. "Pourtant, en Belgique, on a des soins de santé mentale structurellement inappropriés."
"Les mutualités ont un rôle à jouer auprès des patients qui demandent des soins injustifiés sur le plan scientifique"Le président de la FBPA demande "une revalorisation urgente" de son secteur. "Une injection d'un peu plus de 100 millions d'euros dans la nomenclature ambulatoire briserait la logique perverse qui rend financièrement plus rentable d'hospitaliser quelqu'un que de lui éviter l'hospitalisation". Citant une étude parue en 2016 dans The Lancet Psychiatry, il note que "chaque euro investi [en ce sens] génère un retour sociétal de 2,3 à 5,7 euros, principalement par les hospitalisations évitées et la reprise du travail [des malades de longue durée] – précisément le dossier sur lequel le gouvernement bute, alors que 37,6 % de l'ensemble de l'invalidité est d'origine psychique."
"La réforme de la nomenclature, qui devait encourager la psychiatrie ambulatoire, menace aujourd'hui de lui porter le coup de grâce", conclut-il.
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