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La transition agricole du café devient aussi un enjeu social et climatique

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Transformer des champs de coca ou de pavot en plantations de café : cette reconversion, soutenue par l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), ne se joue pas sur le terrain social car le café est lui-même confronté au changement climatique, alors que les programmes de substitution des cultures illicites peinent parfois à s'inscrire dans la durée. Le succès dépend en fait moins de la plante cultivée que de l'écosystème construit autour des producteurs et de la mise en place d'une agriculture vraiment régénératrice.

Remplacer la coca par du café : une équation plus complexe qu'il n'y paraît

Dans de nombreuses régions isolées, la coca ou le pavot offrent en effet des revenus réguliers, un débouché garanti et une logistique assurée par les réseaux criminels. À l'inverse, les cultures légales souffrent souvent de routes insuffisantes, d'un accès limité aux marchés ou d'une forte volatilité des prix.

Selon la FAO, près d'un producteur de café sur deux vit avec moins de 3,20 dollars par jour, ce qui explique en partie pourquoi certains agriculteurs restent vulnérables aux cultures illicites. Sachant que 70 % de la production mondiale provient de petites exploitations de moins de 5 hectares.

D'où les programmes de développement alternatif coordonnés par l'ONUDC avec des partenaires comme Malongo. Le torréfacteur français vient d'ailleurs de lancer sa gamme « Regenerative Coffee » qui propose une activité agricole légale suffisamment rémunératrice pour détourner les producteurs des cultures destinées au trafic de drogue. Pavot au Myanmar et au Laos, coca en Colombie et en Bolivie, ce sont aujourd'hui plus de 2 000 familles de producteurs qui bénéficient de cette transition agricole dans ce cadre. 

Selon plusieurs évaluations de l'ONUDC, les programmes les plus efficaces ne se limitent donc pas à distribuer des plants de café. Ils associent accompagnement technique, infrastructures, accès au crédit, sécurisation foncière, formation et débouchés commerciaux sur le long terme. Sans ces conditions, les chercheurs observent fréquemment un « effet ballon » : les cultures illicites disparaissent d'un territoire pour réapparaître ailleurs. 

Augmentation des températures, modification des régimes de précipitations, multiplication des événements météorologiques extrêmes… Le changement climatique perturbe déjà la production de café dans les principales régions productrices. © Gian, Adobe Stock

Le commerce équitable, un nouvel outil de résilience

Pour autant, produire du café ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir le vendre à un prix permettant de vivre. L'Organisation internationale du café (ICO) rappelle que les cours mondiaux restent particulièrement volatils, sous l'effet des aléas climatiques, des tensions logistiques et de la spéculation sur les marchés agricoles. Cette instabilité constitue l'une des principales fragilités des petits producteurs. 

Le commerce équitable cherche précisément à amortir ces chocs grâce à des prix minimums garantis, des contrats de long terme et des primes destinées à financer des projets collectifs. Ces mécanismes ne suppriment pas les risques économiques, mais plusieurs études montrent qu'ils améliorent la capacité des exploitations à investir dans des pratiques agricoles plus durables et à mieux résister aux crises. 

Dans le contexte des programmes de développement alternatif, cette sécurisation économique revêt une dimension géopolitique. Offrir une filière stable et rémunératrice réduit l'attractivité des réseaux criminels tout en répondant aux nouvelles exigences européennes en matière de traçabilité et de lutte contre la déforestation importée. 

Le café, une culture fragile face au changement climatique

D'autant que le dérèglement climatique réduit les zones cultivables et menace la qualité des récoltes. Une étude publiée dans PLOS One estimait dès 2015 que la surface mondiale adaptée à la culture du café arabica pourrait diminuer d'environ 50 % d'ici 2050 sous l'effet du réchauffement climatique. Des travaux plus récents de World Coffee Research et de la FAO confirment que l'augmentation des températures, la modification des régimes de précipitations et la multiplication des événements climatiques extrêmes affectent déjà les principales régions productrices. 

Une tasse de café de 125 ml mobilise en moyenne 132 litres d'eau sur l'ensemble de son cycle de production et la production agricole représente entre 40 et 70 % de l'empreinte carbone totale du café

Le Brésil et le Vietnam, qui assurent ensemble près de la moitié de la production mondiale, ont d'ailleurs connu ces dernières années une succession de sécheresse, de gels inhabituels et d'épisodes de chaleur extrême ayant fortement perturbé les récoltes. À cela s'ajoute la progression de maladies comme la rouille orangée, favorisée par des conditions climatiques plus instables. 

Le café participe de plus à ce changement climatique. D'après l'ICO, une tasse de café de 125 ml mobilise en moyenne 132 litres d'eau sur l'ensemble de son cycle de production et la production agricole représente entre 40 et 70 % de l'empreinte carbone totale du café, selon les systèmes de culture. D'où la nécessité de mettre en œuvre des pratiques culturales durables comme l'ombrage, la fertilisation des sols ou encore l'agroforesterie

L'agroforesterie, une réponse fondée sur la nature

Avec l'agroforesterie, contrairement aux plantations intensives en plein soleil, les caféiers sont cultivés sous couvert d'arbres qui recréent un microclimat plus frais, limitent l'évaporation, améliorent la fertilité des sols et favorisent la biodiversité. Les recherches menées par le Centre international d'agriculture tropicale (CIAT), World Coffee Research et la FAO montrent que ces systèmes augmentent également la résilience des exploitations face aux épisodes climatiques extrêmes. 

Les bénéfices dépassent le seul café. Les arbres stockent davantage de carbone, réduisent l'érosion, offrent un habitat à de nombreuses espèces et peuvent fournir aux agriculteurs des revenus complémentaires grâce aux fruits, au bois ou aux plantes médicinales.

Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) considère d'ailleurs l'agroforesterie comme l'une des principales solutions fondées sur la nature capables de concilier adaptation au changement climatique, préservation des écosystèmes et développement rural. D'ailleurs 48 % du café mondial est déjà cultivé sous couvert arboré.

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